Parapluie grand ouvert sur Versailles

Comme ils étaient haut perchés, ces hommes en bleu de travail, passant avec agilité d’une plateforme à l’autre ! À califourchon sur les poutres à plus de 50 mètres du sol, ils ont, cette semaine, atteint un sommet : celui de l’échafaudage monumental qui va abriter la Chapelle royale du Château durant sa restauration.

La résille de l'échafaudage au-dessus de la Chapelle royale du château de Versailles. © Didier Saulnier

Le grutage du « parapluie » géant qui coiffe l’ouvrage s’est passé sans encombre. Quatorze fermes en aluminium ont été préfabriquées au pied de l’aile du Midi, côté jardin, puis hissées, trois par trois, à l’aide d’une grue GTMR parmi les plus performantes.  Cette grue à tour mobile – c’est-à-dire que le grutier peut faire monter et descendre sa cabine afin de suivre les mouvements au plus près – pèse 58 tonnes. Elle a été installée à un emplacement bien précis de façon à éviter de surcharger le réseau souterrain des canalisations irrigant les fontaines du parc. Avec pour caractéristique de pouvoir transporter sa cargaison loin de son axe grâce à une flèche de plus de 60 mètres de long, elle était très adaptée à la Chapelle royale qui se trouve enclavée sur toute sa longueur entre deux bâtiments.

Implantation de la grue à tour mobile qui va monter les fermes du parapluie en haut de l'échafaudage. © Didier Saulnier

La Chapelle a ainsi pour singularité de s’élever depuis plusieurs niveaux : celui de la cour d’honneur, à l’entrée du Château, celui de la « cour basse », cour intérieure de l’aile du Midi en contrebas, et, enfin, celui des jardins, à l’arrière. L’échafaudage enveloppant l’ensemble du monument prend donc appui à des niveaux différents pour atteindre un seul et même alignement en pied de toiture. Cette implantation « à l’aveugle », à partir d’endroits qui ne sont pas visibles depuis les autres emplacements, a rendu le montage de l’ouvrage particulièrement délicat. Il aura fallu quatre mois (jusqu’en janvier 2018), avec une moyenne de onze personnes sur le chantier, pour mettre en place l’ensemble de la structure d’un poids d’environ 370 tonnes.

Modélisation 3D de la structure de l'échafaudage. © Layer

La conception même de l’échafaudage présentait de nombreux défis. La restauration du monument nécessitait de mettre complètement à nu sa charpente en déposant toutes ses ardoises et ses ornements en plomb. Or, sa voûte intérieure compte des peintures insignes d’Antoine Coypel, Charles de La Fosse et Jean Jouvenet, sans compter tous les chefs-d’œuvre qui composent cette chapelle exceptionnelle. Le bâtiment devait donc être entièrement protégé, sans qu’il soit possible de s’appuyer sur les rampants de toiture, mais de façon à ce que les artisans puissent  évoluer et travailler sans entrave, sur des planchers de taille confortable.

Transport d'un "caisson" de trois fermes en haut de la structure. © Didier Saulnier

La structure déborde donc largement de l’emprise du monument, avec toute sa partie haute en porte-à-faux. L’articulation au niveau du bas de la toiture a été particulièrement travaillée, l’échafaudage devant être réduit aux façades une fois la partie haute terminée. Sur toute la longueur de l’édifice, une plateforme centrale et un système de palan ont été aménagés pour déplacer, puis gruter les groupes sculptés en pierre qui devront être restaurés en atelier.

Autre critère à considérer pour la conception de l’échafaudage : la prise au vent – très impétueux en ces lieux découverts sur de longues étendues – d’autant plus importante à prendre en compte qu’elle sera bientôt amplifiée par la présence de la toile monumentale qui viendra par-dessus l’échafaudage. Cette toile tout à fait spectaculaire, réalisée en trompe-l’œil par l’artiste plasticien Pierre Delavie, devrait être installée dès février prochain.

Lucie Nicolas-Vullierme, rédactrice en chef des Carnets de Versailles

 

© Didier Saulnier

 

 

 

 

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