Chapelle royale : patience d'artisan

Les vastes baies qui rythment les façades de la Chapelle royale contribuent pour une grande part à leur élégance. D’autant plus par la sobriété de leurs menuiseries métalliques que les Ateliers Saint-Jacques, dans le cadre de la restauration de la Chapelle royale, sont en train de terminer de restaurer.

Détail de l'armature métallique de l'une des baies qui éclairent la Chapelle royale. © Château de Versailles / Didier-Saulnier.

Quarante-six baies, dont les plus grandes - une douzaine au total - font plus de 8 mètres de haut et 2,70 mètres de large : la Chapelle royale laisse largement entrer la lumière, qui plus est naturelle, à travers ces larges fenêtres. Pour les maintenir, elle comporte un système original de menuiseries dont la restauration mobilise, depuis bientôt trois ans, une partie des équipes des Ateliers Saint-Jacques. Celles-ci voient enfin le bout de ce chantier extraordinaire, mais épuisant : démonter, sabler, réparer et restituer, puis remonter les milliers de pièces qui forment cette armature métallique a mis à l'épreuve les plus endurants.

Un travail rendu difficile par le confinement © Château de Versailles / Didier-Saulnier.

 

Des menuiseries originales, très élégantes

Tous ceux qui s’en sont approchés, depuis le début des études, puis du chantier, ont été éblouis par le souci du détail et la technicité de cette ossature unique en son genre, traitée comme une menuiserie de bois, bien différente de celle adoptée généralement pour les vitraux.

L’assemblage des pièces a été assuré par un système particulièrement heureux de croix ouvragées à faux rivets et de parcloses. « Je reste impressionné par la qualité de cette structure, d’autant plus au regard des moyens dont les gens disposaient à l’époque. Quand je me représente le poids de ces pièces, l’épaisseur de leur section, la précision de ce travail… même auparavant, avec les méfaits de la rouille, cet ensemble donnait une impression de totale perfection », confie Lionel Rocard, le chef de chantier qui supervise la restauration depuis juin 2018.

La lumière entre généreusement par les hautes fenêtres de la Chapelle royale (avant restauration) © Château de Versailles / Thomas Garnier.

Une lumière blanche à travers les glaces

Ces vastes baies cintrées, rendues possibles par le péristyle qui soutient, depuis l’intérieur, la structure de la Chapelle en l’encombrant au minimum, font partie des caractéristiques notables de la Chapelle royale. Elles laissent d’autant mieux pénétrer la lumière qu’elles ont été dotées non pas de vitraux, mais en grande partie de glaces (verre épais et transparent), courbées et polies, sans aucun réseau de plomb ni rehauts de grisailles. Un véritable luxe pour l’époque, grâce à la Manufacture royale créée par Louis XIV en 1665.

Les Ateliers Saint-Jacques en plein travail © Château de Versailles / Didier-Saulnier.

La sobriété de cette structure a son revers : la stricte régularité de ses assemblages - même si ceux-ci ont un peu varié suivant les périodes de construction des différentes façades - a rendu le travail des serruriers particulièrement monotone. Sans parler des difficultés de mouvement dans des espaces restreints, confinés pour cause de plomb et d’amiante. « Il a fallu démonter des pièces complètement grippées par le temps, déformées et recouvertes d’épaisses couches de peinture. Défaire cette ferraille à la force des bras a été très éprouvant ! », raconte Lionel.

© Château de Versailles / Didier-Saulnier.

Les ouvrages sont loin, néanmoins, d’avoir été intégralement déposés. Par mesure de précaution, de peur d’altérer certains éléments d’origine en les déplaçant, le maximum d’entre eux a été conservé tel quel. Pour les Ateliers Saint-Jacques, ce chantier de vaste ampleur a eu ainsi la particularité de se dérouler en grande partie sur place, contrairement à nombre de ses opérations de restauration, habituellement réalisées pour 80 % dans les ateliers.

Sur les échafaudages, au pied des baies, les parcloses, qui tiennent la vitre entre les traverses, forment des brassées de fer dispersées. Au regard des épais montants des fenêtres, ces cornières, qui couvriraient, mises bout à bout, plus d’un kilomètre, paraissent bien minces : sur ce chantier où tout est d’exception, il faut à la fois savoir être David et Goliath.

Lucie Nicolas-Vullierme, rédactrice en chef des Carnets de Versailles


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Et plus d'information sur la restauration de la Chapelle royale
sur le site du château de Versailles.