Les carnets de Versailles

Le blog de Catherine Pégard

26 février 2013

L’Effet Galerie des Glaces

Je me souviens de Cecilia Bartoli rayonnante et médusée regardant tomber le soleil sur le Grand Canal pendant qu’elle chantait, en juin dernier.
J’observe Patricia Petibon pétillante et troublée, regardant la neige qui redessine lundi, les broderies des jardins. La magie d’une voix. La magie du lieu. Patricia Petibon le dira en coulisses, tandis que s’éteignent les rappels. Elle est prête à recommencer, et même à chanter « partout » dans Versailles.
Alors, on se dit que dans les reflets de ses glaces, la légèreté est plus insolente, le chagrin plus lourd, la passion plus profonde. A côté de moi, Jean-Pierre Marielle qui, il y a vingt ans, dans le merveilleux film de Corneau « Tous les Matins du Monde », a fait redécouvrir la musique qui se jouait ici à la cour de Louis XIV, bat des mains. Emerveillé. Emu.

© Photothèque Vinci

Plus d’informations sur la saison 2012-2013 du château de Versailles

26 février 2013 par Catherine Pégard
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15 février 2013

Pistache, gazon, céladon

Un article dans le Monde me fait sursauter : 2013 sera l’année du Vert, décliné sur tous les tons dans les salons du design. Pistache, gazon, céladon… partout dans la maison. Comment ne pas y voir un écho à l’année Le Nôtre. L’exaltation de la couleur de la nature pour fêter le 400ème anniversaire de la naissance d’André Le Nôtre ! Mais rien, pas une allusion au jardinier du Roi. Il est question de Napoléon qui aurait pu mourir de son goût pour le vert obtenu par un colorant à base d’arsenic dont l’ex-Empereur aurait respiré les vapeurs nocives à Sainte-Hélène. Mais pas des bosquets de Versailles.C’est que, nous indique l’historien médiéviste Michel Pastoureau spécialiste de la symbolique des couleurs, l’idée que le vert évoque la nature date de l’époque romantique : « Avant la nature était représentée par les quatre éléments que sont l’air, la terre, l’eau et le feu… La vraie nature du vert, c’est l’instabilité, le désordre, le coup du sort… »

Comme quoi, il faut se méfier parfois des évidences. Et des correspondances…

15 février 2013 par Catherine Pégard
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18 décembre 2012

Dîner chez Delacroix

Ce soir-là, Jean-Michel Othoniel recevait ceux qui le collectionnent et ses amis dans l’atelier d’Eugène Delacroix. Une exposition discrète et parfaite dans « l’enclos secret » du peintre où pour la première fois sont rassemblés ses tableaux de fleurs peu connus mais qui ont touché des générations d’artistes. Othoniel noue un dialogue particulier avec Delacroix à travers les planches enluminées de son « Herbier Merveilleux », mais aussi avec deux pièces créées à l’invitation de Christophe Leribault, commissaire de l’exposition et jusqu’à il y a peu, directeur du Musée Eugène Delacroix.

Ce sont des nœuds en boule de verre miroité de Murano qui aujourd’hui fondent son travail, en résonance avec sa passion d’adolescent pour les fleurs et les jardins.

Les jardins ? Tout à coup, on parle de Versailles. On ne parle plus que de Versailles, de la fontaine mystérieuse que Jean-Michel Othoniel a inventée pour le Bosquet du Théâtre d’Eau que va réinterpréter le paysagiste Louis Benech en 2013. On évoque les pas de danses de Louis XIV qui vont inspirer les arabesques de verre d’Othoniel, les jets d’eau qui ressuscitent les rigaudons…
Othoniel parle du bonheur pour les artistes d’intervenir là où on ne les attend pas, de son attrait pour les jardins parce qu’ils sont « porteurs d’histoires ».
Et voilà comment ce soir-là, Delacroix nous a emmené à Versailles.

18 décembre 2012 par Catherine Pégard
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27 novembre 2012

Le Tilleul n°96

Le ciel bas et gris, quelques rares feuilles ocres encore… Comment imaginer qu’en ce jour pluvieux, on reproduise exactement le geste de ceux qui tracèrent l’allée royale qu’empruntait Louis XIV venant de Versailles pour rejoindre l’intimité de son pavillon de Marly ?

Depuis qu’il lui a été rattaché en 2009, l’Etablissement public de Versailles s’est engagé dans un vaste programme de requalification du Domaine de Marly, d’abord végétale. A terme, il s’agira d’une campagne de replantation de 5 000 arbres d’essences variées pour rendre au jardin qui faisait la fierté du roi son architecture, et effacer les lourds stigmates de la tempête de 1999. Dans un premier temps, 1 500 arbres recomposeront les alignements du parc.

Mais ce matin-là, avec Alain Baraton, nous plantions le tilleul n°96 tel qu’il est situé sur le précieux plan de 1714 qui nous accompagnait.
Il y en a 240 à adopter pour reconstituer la double rangée d’arbres qui, fièrement, bordait l’Allée Royale.

Cette nouvelle campagne succède à celle qui a permis de replanter les 446 arbres de l’Etoile Royale.

Le tilleul n°96 © EPV/ Christian Milet

27 novembre 2012 par Catherine Pégard
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26 novembre 2012

Souvenirs

Pendant trois jours, du 22 au 24 novembre, à l’initiative de la Fédération des sociétés historiques et archéologiques des Yvelines et du Centre de recherche du château de Versailles que dirige Béatrix Saule, les plus grands spécialistes des rapports entre les Habsbourg et la France se sont retrouvés à Versailles. Pas moins de vingt-cinq communications ont apporté un éclairage nouveau, parfois inattendu, sur les alliances matrimoniales et politiques, les amitiés et les conflits qui ont marqué quatre siècles de notre histoire européenne commune.

Mais ce colloque international était aussi l’occasion de rendre hommage à Otto de Habsbourg, fils aîné du dernier empereur d’Autriche et roi de Hongrie qui aurait eu 100 ans, le 20 novembre.

Au milieu d’interventions d’une extrême érudition, on n’oubliera pas celle de Charles de Habsbourg-Lorraine. Quelques minutes. Mais un témoignage précieux comme les souvenirs partagés. Celui d’un fils qui raconte comment, enfant, il découvrait l’engagement européen de son père, sur « la route des vacances ». La Bourgogne, la Lorraine… On évoquait l’héritage familial, les richesses des cultures, l’influence de l’histoire et de la géographie… Et puis, Otto de Habsbourg livrait à ses enfants quelques maximes pour la vie. Celle du chasseur qu’il était, par exemple, qui fit sourire l’assistance plus rompue peut-être au jeu politique qu’à l’art cynégétique : « Si vous ne tirez pas, vous avez déjà manqué le gibier ! » Ou encore celle de l’homme politique qu’il fut : « Si vous ne savez pas d’où vous venez, vous ne savez pas où vous allez parce que vous ne savez pas qui vous êtes ».
A méditer.

26 novembre 2012 par Catherine Pégard
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22 novembre 2012

Coulisses

Magnifique succès au Théâtre des Bouffes du Nord avant l’été, le Bourgeois Gentilhomme, mis en scène par Denis Podalydès, s’arrêtait cette semaine à l’Opéra Royal. Après le spectacle, ambiance de troupe dont Molière n’aurait pas renié la jeunesse, l’énergie, l’humour.
Tous venaient de jouer pour la première fois sur cette scène-là, certains découvraient Versailles. Ils en étaient encore ébranlés.

Pascal Rénéric n’aurait jamais dû être ce Bourgeois mais il l’est merveilleusement, dévoilant sans jamais sur-jouer, un talent de comique qui en fait une des révélations de l’année. Il raconte la sidération qui s’est emparée de lui et de ses camarades le premier soir : « On ne parvenait pas à jouer. On regardait cette salle ». Le troisième soir, elle est entrée dans leur jeu : l’acteur savoure ce « il est là » lancé le doigt pointé vers le public, qui fait qu’on se retournerait presque pour voir si Louis XIV est bien ce soir dans sa loge oubliant que l’Opéra royal n’existait pas sous son règne !

Pascal Rénéric - Le Bourgeois Gentilhomme (photo © Pascal Victor - ArtComArt)

Pascal Rénéric - Le Bourgeois Gentilhomme (photo © Pascal Victor - ArtComArt)

Pascal Rénéric confie que pendant l’après-midi avec Julien Campani (Dorante) ils se sont faufilés dans l’appartement du roi et qu’ils y ont répété la scène où Dorante fait croire à M. Jourdain qu’on a parlé de lui « chez le roi ». Chez le roi ? Ils y étaient et nous, nous regrettons de ne pas y avoir été aussi pour assister à ce moment unique.

22 novembre 2012 par Catherine Pégard
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20 novembre 2012

Fêtes royales

Lundi soir, Lully, Rameau – revus par Dauvergne et Gossec pour affronter Glück et séduire Marie-Antoinette – faisaient vibrer Versailles. Ces fêtes royales ressuscitées par le Centre de Musique Baroque de Versailles - servies par des instruments anciens et des musiciens d’aujourd’hui conduits par François-Xavier Roth – se paraient de l’ampleur, de l’éclat, de la magie que seule la galerie des glaces peut leur apporter.
Et puis soudain, un moment de grâce. Un solo de flûte de l’Orphée de Gluck d’une poésie et d’une virtuosité parfaites. Le temps est suspendu. Le silence absolu. Et l’artiste, le regard égaré dans les miroirs, comme Cecilia Bartoli dans cette même galerie des Glaces, l’été dernier, semble elle-même l’espace d’un souffle, surprise par une émotion nouvelle qui n’appartient qu’à ces lieux…

Fêtes royales à Versailles, concert dans la galerie des Glaces © EPV/ Christian Milet

La saison musicale du château de Versailles

20 novembre 2012 par Catherine Pégard
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13 novembre 2012

Une visite de l’exposition Versailles et l’Antique…

La semaine dernière, tandis que j’allais voir le montage de l’exposition, j’ai croisé Alexandre Maral, co-commissaire de l’exposition, qui regardait les statues sortir des caisses qui les amenaient du Louvre et il m’a dit : « Elles reviennent à Versailles après 214 ans. C’est émouvant » !
Et puis, j’ai vu Pier Luigi Pizzi. Il était assis, seul, au milieu de la galerie de pierre basse. « J’attends, me dit-il, je les attends. 214 ans après. Vous imaginez ! C’est émouvant » !
Les mêmes mots… et une émotion bien réelle, palpable, partagée par tous ceux qui s’affairaient, ce matin-là, autour de la Diane de Versailles ou de la Vénus d’Arles.

Par-delà le caractère scientifique absolu de cette exposition, je voudrais m’arrêter un instant sur ce mot, « l’émotion », qui traduit ce qui en fait à mes yeux, l’alchimie. Ce mot introduit la vie et nous introduit, nous, dans une histoire qui pourrait apparaître lointaine, abstraite, académique.

La Diane chasseresse, collections du Musée du Louvre © EPV/ Thomas Garnier

Cette histoire nous émeut parce que, ressuscitée par le travail exceptionnel de ceux qui l’ont conçue, elle s’anime en nous. Il faut imaginer ces chefs-d’œuvre expédiés au Louvre après les grands tumultes de la Révolution ; le château qui se vide ; la volonté effacée d’un roi, homme politique et esthète… Et l’histoire qui, finalement, ne passe pas. Car les chefs-d’œuvre des collections royales reprennent aujourd’hui leur place, justifiant les efforts constants que nous faisons pour faire revivre cette résidence royale, dans l’esprit voulu par son créateur.

Cette rétrospective inédite, écrasante – il s’agit de quelques deux cents œuvres – n’a été possible que grâce aux prêts insignes qu’a consenti le Louvre à Versailles.

Ce partenariat renouvelé, justifié par l’histoire, trouve une raison d’être renforcée par les temps difficiles que nous traversons. Je crois en effet que la crise nous incite à défendre ensemble l’exception culturelle que nous incarnons.
C’est ainsi que, dans la suite de cette collaboration, j’ai souhaité que nous puissions envisager demain d’exposer ensemble à la Petite Écurie les moulages de la gypsothèque du Louvre et les plus belles sculptures des jardins de Versailles.

Ce sera un prolongement au magnifique travail qu’ont réalisé les conservateurs de Versailles, Alexandre Maral et Nicolas Milovanovic, avec ceux du Louvre, Jean-Luc Martinez et Geneviève Bresc-Bautier, pour reconstituer, par-delà les soubresauts des siècles, l’Histoire qu’avait voulu réinventer Louis XIV pour sa propre gloire.
Mais en même temps, il lançait une mode qui dura bien au-delà de son règne. Pour qu’elle apparaisse de façon éclatante à nos yeux, comme une source d’inspiration, j’oserai dire, actuelle, il y fallait une magie particulière.

Vue de l'exposition © EPV/ Thomas Garnier

Cette magie c’est celle de Pier Luigi Pizzi. Modèle de rigueur dans la conception de ses décors, Pier Luigi Pizzi ôte tout carcan au déroulé de cette exposition. Ce n’est pas une exposition, c’est un théâtre où dialoguent les personnages de pierre, dans leur univers familier, recréé.
On ne distingue plus le vrai du faux d’une porte, d’un miroir ; les murs se sont déplacés ; la topographie a changé. Et en même temps aucune des œuvres n’est absorbée, vampirisée, par ce décor. On est dans l’appartement du roi, dans l’intimité du collectionneur qu’il fut.
On sait que s’est écrite ici une philosophie du pouvoir et une philosophie de la beauté. Le premier choc dans cette exposition, la première émotion, c’est la beauté, à portée de nos regards d’aujourd’hui.

Plus d’informations sur l’exposition

13 novembre 2012 par Catherine Pégard
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22 octobre 2012

Salon de l’Abondance, visite de chantier

Salon de l'Abondance, les restaurateurs travaillent sur les peintures du plafond. © EPV/ Thomas Garnier

22 octobre 2012 par Catherine Pégard
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25 septembre 2012

Versailles, petits et grands moments

Versailles, depuis sa création, a toujours été en chantier. Rien n’y est figé. Chaque jour, le Château s’anime. Pas tout à fait comme la veille. Un meuble retrouve sa place. Un tissu copié à l’identique par les soyeux de Lyon vient habiller une fenêtre. La voix d’un contre-ténor s’envole dans l’Opéra royal. Les couleurs changent dans les jardins de Trianon.

C’est une histoire qui se déroule avec ses petits et ses grands moments, qui se tisse d’anecdotes et de rendez-vous inédits, insoupçonnés.
C’est cette histoire que je me propose de vous raconter. Vous montrer ce que vous n’aurez pas pu voir. Vous annoncer ce que vous ne savez pas encore. Vous faire découvrir d’autres regards. Partager la vie quotidienne mais exceptionnelle de Versailles.
Et parce que, selon un dicton, la vérité sort de la bouche des enfants, je commencerai par un dialogue entendu hier qui, un an après ma nomination à la tête de l’Etablissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, fait pièce à un débat récurrent, celui de la présence de l’art contemporain dans le palais du grand Roi.
Deux enfants sages viennent de visiter les appartements royaux pendant deux heures et demie. Ils n’ont marqué aucun signe d’impatience. Ils ont posé les bonnes questions. Vifs, intéressés, ils ont onze ans tous les deux. A la fin de leur périple historique, le conférencier les interroge : « De quoi vous souviendrez-vous en premier ? »
La réponse de Gabriel fuse : « De l’hélicoptère ! » (L’hélicoptère de Joana Vasconcelos).
Aussitôt, son compère Elias le corrige :   « Oui mais quand-même, il y a la galerie des Glaces !!…

Dans cet échange et dans ces choix, il me semble qu’il y a, en réduction, toute la compréhension de ce qu’est Versailles : le lieu de la démesure, de l’exception, de la création. Nos deux visiteurs, mieux qu’en un long discours, avaient fait la synthèse entre passé et présent qu’on cherche si souvent à opposer et de façon si stérile. Ils comprenaient que le présent tel que Joana Vasconcelos l’a représenté cette année à Versailles – et pour quelques semaines encore (l’exposition s’achève le 30 septembre) – peut faire un clin d’œil au passé sans l’altérer.

Et dans leurs souvenirs, Versailles resterait Versailles.

Les activités Jeune public du Château de Versailles : http://www.chateauversailles.fr/espace-pedagogique

25 septembre 2012 par Catherine Pégard
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