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Chapelle royale : Ors divins

Rien n’était assez beau pour la Chapelle royale que Louis XIV avait voulue telle qu’un reliquaire, coiffée d’un ensemble grandiose d’ornements dorés. Nous la découvrons comme elle fut conçue et comme on la trouve décrite jusqu’au début du XIXe siècle.

Vue du château de Versailles du côté de la place d’armes, 1722 [détail], par Pierre-Denis Martin le Jeune, 1722. Cette vue d’ensemble du château de Versailles montre la Chapelle royale peu de temps après son édification. Elle est encore dotée de son lanternon qui sera détruit dès 1764. © Château de Versailles, Dist. RMN / © Jean-Marc Manaï.

L’apparence ancienne de nos monuments n’est pas toujours celle que l’on croit ou celle que l’on voit. Il arrive que l’usure du temps, une mise au goût du jour ou des travaux de réparation aient eu raison d’ouvrages de second-œuvre ou de finition – enduits, ornements de toiture, finitions peintes – qui sont pourtant une composante essentielle de l’architecture. Ainsi, un château purgé de ses enduits extérieurs est un monument tronqué, au même titre qu’une église privée de son clocher.

Une dorure documentée par de nombreuses archives

La restauration de la chapelle du château de Versailles, dont les travaux sont en voie d’achèvement, n’a pas reconstitué son lanternon sommital, démonté dès le règne de Louis XV pour raison de vétusté. Elle a permis, en revanche, de rétablir la dorure extérieure de ses menuiseries métalliques et des ornements et sculptures en plomb de sa toiture.

Élévation de la Chapelle [détail], réalisée entre 1837 et 1841 par l’agence de Frédéric Nepveu, architecte du palais de Versailles. © Archives du château de Versailles.

« Les représentations graphiques de la même époque, quand elles sont en couleur, montrent l’effet spectaculaire de cette dorure, qui participait à la prédominance de la Chapelle au sein du Château.»

Cette dorure est abondamment documentée par les archives écrites et graphiques. Les mémoires de travaux du début du XVIIIe siècle indiquent les noms des doreurs qui participèrent à ce travail : Guillaume Desauzières pour la dorure extérieure, tandis qu’Antoine Dieu réalisa la dorure intérieure.

Les représentations graphiques de la même époque, quand elles sont en couleur, montrent l’effet spectaculaire de cette dorure, qui participait à la prédominance de la Chapelle au sein du Château. En témoignent le grand tableau de Pierre-Denis Martin montrant le Château vu depuis la place d’Armes (1722, château de Versailles) ou encore le dessin de Sébastien Le Clerc, qui représente la Chapelle vue depuis l’aile des Ministres Sud (vers 1714, Montréal, Centre canadien d’architecture). La vue de la démolition du pavillon du bout de la « vieille aile », par Pierre Drahonet (1814, château de Versailles), et les premiers relevés de l’architecte Frédéric Nepveu (années 1830, château de Versailles), prouvent que la dorure du comble, ou au moins sa préparation jaune, subsista jusqu’au début du XIXe siècle.

Les feuilles d’or sont posées sur une préparation grasse qui permet leur adhérence au support. Ici, le faîtage de la toiture de la Chapelle royale. © EPV / Didier-Saulnier.

 

Mise en œuvre traditionnelle à la mixtion

La réfection de la dorure s’est déroulée entre novembre 2018 et juin 2020 pour les menuiseries en fer, et de juillet à octobre 2020 sur les plombs du grand comble. La mise en œuvre a suivi le même protocole dans les deux cas : après la mise à nu des supports par les entreprises chargées de leur restauration (Ateliers Saint-Jacques pour la serrurerie, Le Bras et Socra pour le plomb), plusieurs couches de peintures destinées à protéger le métal de la corrosion et à assurer un bon maintien de la finition ont été mises en œuvre (entreprise Lacour).

En pleine dorure des plombs de la Chapelle royale selon la technique de la mixtion. © EPV / Didier-Saulnier.

 

Enfin, l’or a été appliqué de manière traditionnelle, à la mixtion. Les feuilles d’or de 23,5 carats, livrées dans des carnets de 84 mm de côté, d’une épaisseur de 0,2 μm et d’un poids de 0,023 g chacune, ont été posées une à une par les doreurs de l’entreprise Gohard. Parallèlement à ces travaux extérieurs, la dorure intérieure des fenêtres a été restaurée en conservation.

Une œuvre plus fidèle au projet de Jules Hardouin-Mansart

La dépose du parapluie et de l’échafaudage, en ce mois de novembre 2020, révèle donc au public une œuvre d’un aspect très différent de ce qu’il connaissait, mais bien plus conforme au projet conçu par Jules Hardouin-Mansart dans les années 1690-1700. L’intervention, dûment validée par les services de l’État chargés des Monuments historiques (Drac d’Île-de-France, après avis favorable de la Commission nationale des Monuments historiques), s’inscrit dans la continuité de celle réalisée précédemment sur les toitures du corps central du château.

Les ornements dorés se déploient sur la couverture en ardoise de la Chapelle tout juste restaurée. © EPV / Didier-Saulnier.

Alors que les plombs et l’ardoise de la toiture, mais aussi les fers et les verres des fenêtres se confondaient naguère dans des teintes grisâtres, le rétablissement de la dorure extérieure a permis de retrouver l’effet de résille des baies et le contraste des plombs dorés sur les versants en ardoise de teinte sombre. Il rend également justice aux têtes de chérubins ornant le faîtage de la toiture et aux groupes sculptés amortissant les croupes, chefs-d’œuvre de Guillaume Coustou et Pierre Lepautre, dont les visages gercés de coulures d’oxydation du plomb ont retrouvé la netteté et la fraîcheur voulues par les plus grands sculpteurs de la fin du règne de Louis XIV.

Thomas Clouet,
Architecte du Patrimoine en charge du projet de restauration de la Chapelle royale auprès de Frédéric Didier, agence 2BDM

Groupe sculpté de l’extrémité est de la toiture après restauration. © EPV / Didier-Saulnier.


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