magazine du château de versailles

Entre-soie

Rien ne se livre d’emblée au château de Versailles, pas même les lieux les plus intimes. Laurent Salomé nous entraîne dans le dédale des petits appartements de la Reine, récemment restaurés. Il nous fait part de sa fascination, au gré des espaces et de leurs arrangements successifs.

Détail de la banquette du Cabinet doré. © EPV / Thomas Garnier.

Secrètement nichés au cœur du Château, les petits appartements ou cabinets intérieurs de la Reine en concentrent le mystère et le pouvoir évocateur. Ces lieux exigus, peu accessibles, compliqués, voire labyrinthiques malgré leur faible superficie, aiguisent la curiosité telle la cellule de la reine des abeilles, au centre de la ruche, ou la chambre funéraire enfouie au plus frais d’une pyramide égyptienne.

Marie-Antoinette en vestale [détail], par Charles Leclercq, 1776-1778. Cette huile sur toile de petit format (41 x 32,5 cm) a été acquise par le château de Versailles en 2018. © Château de Versailles / Christophe Fouin.

À Versailles, tout concourt à laisser galoper l’imagination. D’un côté, un nombre suffisant de témoignages somptueux, préservés miraculeusement sur place ou retrouvés les uns après les autres, permettent de mesurer l’importance accordée par la souveraine à ces petits espaces protégés. De l’autre, les terrible lacunes, dans l’architecture comme dans les archives, et globalement dans notre connaissance de l’usage de ces pièces, entretiennent la réflexion, le fantasme parfois, en tout cas la floraison des hypothèses. Ce que nous ne savons pas vient renforcer le magnétisme de ce que nous avons sous les yeux.

Il n’y a pas de vérité simple à Versailles. Comme dans tout le Château, l’aspect actuel de ces appartements est une tentative, une approche qui progresse constamment. Il faut jongler avec les états successifs en fonction des possibilités offertes par les objets conservés. Le principe rassurant d’un état du 6 octobre 1789 n’est, on le sait, qu’une orientation générale à laquelle le parcours à travers le Palais n’apporte que des exceptions et des contradictions.

L’empreinte de Marie-Antoinette

Tout au moins peut-on, dans le cas de ces appartements, procéder à une première simplification en supprimant le R majuscule de « Reine » et en considérant que l’on ne parle que de la reine Marie-Antoinette. Elle les a tant modifiés en effet, à partir de 1779, que l’on peine à se représenter leur apparence au temps de Marie Leszczyńska. Celle-ci avait pourtant donné à ces cabinets intérieurs toute leur importance et leur raffinement. Mais c’était compter sans le déchaînement de celle qui, sous le règne de Louis XVI, dans sa recherche éperdue de raffinement et de nouveauté, ordonna en permanence des transformations, non seulement pour des raisons de goût, mais aussi de confort et d’organisation de sa vie quotidienne1.

Détail du lampas broché à médaillons dessiné par Gondoin, aujourd’hui dans la salle du Billard. © EPV / Thomas Garnier.

Des escaliers s’ouvrent et se ferment ; les meubles textiles se succèdent, plus somptueux les uns que les autres, balançant entre la profusion fleurie et l’épure glacée ; le mobilier voyage sans cesse. Au moins cette valse effrénée nous a-t-elle laissé la chance, rare, de pouvoir contempler deux démonstrations successives du goût de la reine : le décor conçu pour le grand cabinet intérieur, ou Cabinet doré, avec son sublime lampas broché à médaillons dessiné par Gondouin et ses imposants sièges de Foliot ; il fut réutilisé dès 1787, au deuxième étage, dans la salle du Billard, constituant un salon de compagnie avec des compléments commandés à Georges Jacob ; le grand cabinet, lui, avait été doté en 1783 de ses magnifiques boiseries à la grecque et d’un nouveau mobilier de Jacob. Les deux ensembles font aujourd’hui partie des merveilles que découvrent les petits groupes disciplinés qui ont eu la bonne idée de s’aventurer au-delà des grands appartements. Quelques chefs-d’œuvre provenant de Saint-Cloud ou de Marly sont néanmoins nécessaires à l’enchantement.

Boiseries du Cabinet doré, grand cabinet intérieur dans les petits appartements de la Reine. © EPV / Thomas Garnier.

Plus intimes encore : la bibliothèque de la Reine et le cabinet de la Méridienne

Mais les pièces les plus pures et les plus magiques sont certainement celles que l’on a redécouvertes aujourd’hui après toutes ces années de travaux : la bibliothèque de la Reine, avec ses ors de différentes couleurs, ses crémaillères aux mécanismes sophistiqués2, les ouvrages que le musée réunit peu à peu3 … et le mythique cabinet de la Méridienne, lieu de l’intimité par excellence, où le merveilleux décor des boiseries se prolonge en guirlandes de bronze doré sur les vitres, avec ces cœurs transpercés qui ne peuvent laisser indemnes ceux des visiteurs.

La projet de remeublement de la Méridienne se poursuit, avec le retissage du dernier meuble d’été, fruit de longues recherches. Les archives ont également fourni des clés pour restituer les extravagantes toiles de Jouy à motifs exotiques du deuxième étage. Nous n’avons pas fini de courir après les caprices de la reine, ni de rêver au monde parfait qu’elle cherchait à recréer, bien cachée derrière les murs écrasants de l’appartement de parade.

Laurent Salomé,
Directeur du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

La restauration des petits appartements de la Reine a bénéficié
du mécénat de la Société des Amis de Versailles.

1. Lire l’interview de Jean-Christian Petitfils, « Marie-Antoinette en ses demeures » en ligne.
2. Lire l’article de Frédéric Didier et Jérôme Léon, « Montage éclair pour une bibliothèque de reine » en ligne.
3. Lire l’article d’Élisabeth Maisonnier « Les lectures de Marie-Antoinette » en ligne.


À SUIVRE :

Découvrez ces espaces grâce à la visite guidée « Marie-Antoinette en privé ». Sur réservation par téléphone au 01.30.83.78.00 ou en ligne sur chateauversailles.fr

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