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Les lectures de Marie-Antoinette

Marie-Antoinette disposait, à Versailles, de nombreux ouvrages. Contrairement à une idée répandue, ses livres étaient aussi bien historiques et scientifiques que destinés au délassement.

Détail de l’une des façades de la bibliothèque de Marie-Antoinette, composée de faux livres. © Château de Versailles / Didier-Saulnier.

Dès l’arrivée en France de la jeune Dauphine, l’abbé de Radonvilliers, sous-précepteur des Enfants de France, compose à son intention une bibliothèque ; la gestion en est confiée à Jacob-Nicolas Moreau. Devenue reine, Marie-Antoinette témoigne un intérêt réel pour ses livres et fait modifier à plusieurs reprises les lieux qui leur sont destinés dans ses appartements. La bibliothèque que nous connaissons aujourd’hui, achevée en 1781, est complétée deux ans plus tard par une pièce de service transformée en « supplément de bibliothèque ». La Reine fait également installer des bibliothèques dans son appartement du rez-de-chaussée, mais aussi à Trianon, où un petit cabinet d’entresol accueille une « bibliothèque de campagne », vouée à la distraction plus qu’à l’étude.

Des lectures éclectiques, une prédilection pour la musique

Plusieurs catalogues manuscrits, rédigés entre 1781 et 1792, recensent les livres de la Reine : près de 500 titres, pour un ensemble de 1 800 volumes environ1. On trouve sur les étagères de Versailles tous les grands auteurs, les classiques latins et grecs comme les écrivains français et étrangers. Les anciens – Le Tasse, l’Arioste –, mais aussi La Fontaine, Boileau, Corneille, Molière, Racine, Regnard, Crébillon, Destouches, Madame de Sévigné, Madame de La Fayette, Lesage y côtoient les contemporains – Voltaire, Rousseau, Beaumarchais, Goldoni, Defoe, Mme Riccoboni, Fielding, Richardson…

Marie-Antoinette, reine de France (1755-1793), par Élisabeth Vigée-Lebrun, 1788. © Château de Versailles (dist. RMN-Grand Palais) / Christophe Fouin.

Marie-Antoinette a une certaine prédilection pour la littérature romanesque, les ouvrages divertissants, le théâtre et la musique. Elle possède par ailleurs une importante bibliothèque musicale (partitions et livrets) alimentée par les Menus Plaisirs.

Les livres plus austères, moins goûtés par la souveraine, ne sont pas négligés pour autant : théologie (Pascal, Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Massillon, Nicole), histoire (Mézeray, Montfaucon…), sciences (Buffon, Nollet, Duhamel du Monceau…) sont présents sur les étagères. Y figurent également les grands volumes de voyages, d’archéologie, illustrés de magnifiques gravures.

Reliés aux armes de la souveraine

Les nouveautés sont achetées auprès de libraires parisiens ou versaillais, tel Pierre Blaizot, offertes par des délégations officielles ou présentées à la famille royale par leurs auteurs.

« Les annotations dans les catalogues indiquent en effet régulièrement des prêts, précisent des déplacements, relèvent des manques ou des disparitions. »

Bien gérée, la bibliothèque sert à la souveraine et à son entourage. Les annotations dans les catalogues indiquent en effet régulièrement des prêts, précisent des déplacements, relèvent des manques ou des disparitions. Excepté quelques cas exceptionnels, les livres de Marie- Antoinette à Versailles sont reliés à ses armes, sobrement mais richement, en maroquin rouge ou vert, parfois en veau, voire en carton moucheté pour les ouvrages plus légers, notamment à la fin du règne.

En 1789, après le départ de la famille royale pour Paris, la Reine fait transférer une importante partie des livres de sa bibliothèque de Versailles aux Tuileries, où ils sont utilisés par l’ensemble de la famille royale. Dans leur grande majorité, ils ont été saisis, envoyés à la Bibliothèque nationale, ou dans quelques autres institutions publiques, où ils sont conservés aujourd’hui. Quelques-uns se trouvent encore sur le marché du livre ancien : le Château a ainsi pu acquérir, en 2019, deux volumes aux armes de la Reine, qui seront présentés dans sa bibliothèque récemment restaurée.

Élisabeth Maisonnier,
conservateur en chef au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.

1. Les bibliothèques de Mesdames, grandes lectrices, étaient bien plus riches : 6 000 volumes environ pour chacune à Versailles en 1789, sans compter la bibliothèque du château de Bellevue.

Les armes de Marie-Antoinette sur l’une des reliures en maroquin rouge qui caractérisent les livres de la Reine. © Château de Versailles / Christophe Fouin.


Des livres aux armes de la Reine

Comme beaucoup des collections du Château, les livres rangés autrefois dans la bibliothèque de la Reine ont été dispersés. Les étagères accueillent aujourd’hui un dépôt de la Bibliothèque nationale de France, composé d’ouvrages du XVIIIe siècle, de provenance royale, retenus pour leur reliure en maroquin rouge.

Quelques livres aux armes de la reine Marie-Antoinette ont pu néanmoins réintégrer les lieux, notamment les deux acquisitions réalisées en 2019 : un Office de la Vierge, imprimé en 1771 par Michel Lambert, et Les Lacunes de la philosophie, par François Louis d’Escherny, publié en 1783.

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