magazine du château de versailles

Joëlle Broguet
(1954-2020)

Elle nous quittait prématurément il y a exactement un an. Enthousiasme et force de conviction n’étaient pas de vains mots au sujet de la trésorière et membre fondatrice de l’ADOR, l’association des Ami(e)s de l’Opéra Royal.

Portrait de Joëlle Broguet, trésorière de l’association des Ami(e)s de l’Opéra Royal. © Gauthier Brunner.

Infatigable promotrice des activités de l’Opéra royal, Joëlle Broguet nous a quittés le 25 mai 2020, après une courte lutte contre la maladie. « Figure exemplaire et particulièrement attachante du mécénat musical », comme l’a souligné le ministère de la Culture dans un communiqué annonçant son décès, elle accompagnait Château de Versailles Spectacles depuis ses tout débuts.
Femme d’affaires avisée, Joëlle Broguet avait créé avec son époux, Jean-Claude, la société JCB, entreprise de travaux publics spécialisée dans la signalétique. Le couple s’était pris de passion, il y a vingt ans, pour la musique baroque. Il s’était alors rapproché du CMBV (Centre de Musique Baroque de Versailles) et de sa Maîtrise à laquelle il apporta son soutien pour des productions, des projets d’enregistrement et des tournées.
Dès la création de la saison musicale de CVS (Château de Versailles Spectacles)1, en 2010, Joëlle et Jean-Claude ont demandé à me rencontrer. Je garde le souvenir d’un premier rendez-vous plein de propositions d’avenir, et l’entreprise JCB se fit mécène de l’Opéra royal.

Artaserse, de Vinci, donné en mars 2014
à l’Opéra royal. © Julian Laidig.

Une présence chaleureuse à tous les spectacles

Très vite, leur présence à presque tous nos spectacles créa une complicité rare entre les Broguet et CVS, depuis les hôtes d’accueil jusqu’aux artistes, en passant par les techniciens et l’administration. L’immense empathie de Joëlle fédérait spontanément autour d’elle des amitiés de toutes parts. Aussi, quand la saison musicale de l’Opéra royal eut atteint sa maturité et que la possibilité se fit jour de réunir un cercle de fidèles au sein d’une association de soutien, j’ai naturellement proposé à Joëlle et Jean-Claude d’en être les membres fondateurs et les premiers animateurs, épaulant l’avocat Wilfried Meynet qui en prenait la présidence.

Premiers membres de l’ADOR

La naissance de l’ADOR, en septembre 2014, s’est faite sous les auspices d’une autre grande dame : Cecilia Bartoli. La diva italienne m’avait proposé de lancer son album sur les airs baroques de la Russie tsariste2 lors d’une soirée d’exception, dans la galerie des Glaces, réservée à une centaine de spectateurs.
La condition pour en avoir l’insigne privilège ? Devenir donateur de l’Opéra royal en adhérant à cette nouvelle association dont je proposai aux Broguet d’annoncer la création lors de la présentation au public de notre saison sur la scène de l’Opéra.
Intimidée par le plateau, Joëlle lut avec émotion un texte décrivant la passion qui les avait poussés, son mari et elle, à devenir les premiers membres de cette association de donateurs individuels. Puis elle s’occupa, ce soir-là, avec Jean-Claude, de recevoir, à une petite table, les premières adhésions…
À ce jour, l’ADOR compte plus de 330 membres. Elle a soutenu une trentaine de projets artistiques dont des productions d’opéra d’envergure qui contribuent à faire figurer l’Opéra royal dans la liste des grandes scènes musicales internationales. L’ADOR a également contribué à la renaissance d’œuvres musicales patrimoniales rares et aux débuts de jeunes artistes, de renommée aujourd’hui nationale et internationale (lire encadré).

Les Fantômes de Versailles, de John Corigliano, donné en décembre 2019 à l’Opéra royal. © Karli Cadel / Glimmerglass Festival.

L’âme de l’Opéra

La longue liste des personnes qui, sans vraiment la connaître, se sentaient proches de Joëlle témoigne de sa force de conviction et de l’amitié sincère qu’elle offrait à toute personne accueillie au sein de l’ADOR. Auprès des siens, Joëlle était une âme généreuse et prévenante, joyeuse et affective. À Versailles – ce château qui ne vit que de la passion de ceux qui l’admirent et s’évertuent à lui redonner son éclat – Joëlle fut l’âme de l’Opéra, une âme sans diplômes de conservateur, sans mandat de propriété, sans autre obligation que la joie de le faire découvrir et de le partager avec le plus grand nombre.
Quelle ne fut pas sa fierté, cette saison passée, lors du succès des deux grandes productions, très soutenues par l’ADOR, la première production lyrique de CVS, Richard Cœur de Lion, d’André Grétry, puis les Fantômes de Versailles, de l’Américain John Corigliano ! Joëlle Broguet a été élevée à titre posthume au grade de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par la ministre de la Culture. Dans ces lieux qu’elle a assidûment fréquentés durant les six dernières années de sa vie, ne manquant quasiment aucun spectacle, sa mémoire reste vive, intense comme l’était sa passion.

Laurent Brunner,
Directeur de Château de Versailles Spectacles.

1. Lire « Les dix saisons » par Laurent Brunner.
2. Cecilia Bartoli – St-Petersburg, direction Diego Fasolis à la tête de l’ensemble I. Barrochisti.


L’audace d’un jeune musicien et la joie de le révéler

Le jeune chef d’orchestre Valentin Tournet lors d’un concert. © Pascal Le Mée.

Musicien alors inconnu et sans aucune référence, Valentin Tournet eut le culot de me proposer par mail, il y a quelques années, d’interpréter la Passion selon saint Jean, de Bach, à la Chapelle royale. Sa demande n’avait aucune chance d’aboutir, les meilleurs interprètes internationaux étant choisis pour jouer ce répertoire. Elle piqua néanmoins ma curiosité et je découvris avec stupéfaction sur Internet cet adolescent de 19 ans et ses concerts de viole de gambe en solo !

Quelques mois plus tard, je conviai Joëlle et Jean-Claude à une rencontre dont je n’avais pas dévoilé les détails. Dans un salon de l’Opéra, ils firent la connaissance du jeune violiste qui joua devant nous plusieurs pièces de son instrument. C’était beau ! Valentin était rayonnant de simplicité et sûr de lui. Puis nous sommes allés déjeuner, et il nous a parlé de son projet, assurant, sans avoir encore un sou de soutien financier, qu’il obtiendrait les interprètes adéquats.

Si l’ADOR devait trouver un sens à son action, c’était à travers des projets qui n’auraient pas existé sans elle : voilà ce qu’inspira à Joëlle cette rencontre impromptue, provoquant chez elle une bouffée d’enthousiasme qui nous mena très loin : un an plus tard, le 31 mars 2017, Valentin dirigeait la Passion selon saint Jean à la Chapelle royale, dans le cadre de la saison musicale de CVS. Le concert fut magnifique, l’auditoire littéralement subjugué. À 20 ans, Valentin Tournet était lancé. Le bonheur ressenti par tous durant ce concert et la générosité de chaque membre de l’ADOR permettant à ce jeune artiste de franchir une étape décisive dans sa carrière plongea Joëlle dans une excitation sans bornes.


Une fondation pour l’Opéra Royal

Les 250 ans de l’Opéra Royal seront à jamais marqués par la création de la Fondation des Amis de l’Opéra Royal. Créée le 10 mars 2021 par l’ADOR (les Amis de l’Opéra Royal) et l’Académie des beaux-arts, cette Fondation a pour vocation première de pérenniser la saison de concerts et de spectacles du château de Versailles.

« En créant cette fondation dans des temps si incertains, les Amis de l’Opéra Royal nous disent leur détermination à ce que la musique continue à vivre à Versailles, où Louis XIV voulait qu’elle accompagne tous les moments du jour. »

Catherine Pégard, Présidente de l’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles.

Avec votre soutien et votre générosité, la Fondation pourra assurer durablement le maintien et l’excellence d’une programmation musicale internationalement reconnue à l’Opéra royal et à la Chapelle royale. Elle est habilitée à recevoir vos donations et legs – dons en numéraire, biens immobiliers, mobiliers, titres et actions – qui donnent droit à des réductions d’impôts.

Richard Cœur de Lion, d’André Grétry, donné en octobre 2019 à l’Opéra royal. © Agathe Poupeney / Divergence.

Nous contacter : Fondation des Amis de l’Opéra Royal

fondationoperaroyal@academiedesbeauxarts.fr /
+33 (0)1 30 83 70 92
chateauversailles-spectacles.fr/onglet Soutenir

La Fondation des Amis de l’Opéra Royal est sous l’égide de l’Académie des beaux-arts. Cette dernière est garante de sa gestion comptable, financière et juridique.

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