Messa Solaris,
ballade lumineuse

Son nom, le compositeur de musique électronique Saycet l’a emprunté à une statuette conservée aux Antiquités égyptiennes du musée du Louvre. Sa signature sonore, il l’a façonnée en créant des mélodies au fort pouvoir d’émotion, souvent empreintes de nostalgie. Pour le château de Versailles, Saycet a composé « Messa Solaris », une adaptation acoustique et lumineuse de « Solaris », un titre électro vibrant qui dévoile un monde aux lueurs crépusculaires.

Saycet devant l'orgue de la Chapelle royale. © Château de Versailles / Thomas Garnier.

Comment s’est déroulé l’enregistrement de « Messa Solaris » au château de Versailles ?
Saycet : Très vite après le premier contact avec les équipes du château, j’ai été invité à passer une journée à Versailles, en juillet 2020. Pendant des heures, j’ai arpenté ses espaces connus et moins connus, les grands et petits appartements, les galeries, les jardins, Trianon... Le théâtre de la Reine, avec son ambiance feutrée de maison de poupée, m’a particulièrement séduit. J’ai été saisi par l’immensité et la variété des lieux. La chapelle royale, surtout, m’a impressionné : penser que j’allais jouer là, avec cet instrument ancien qu’est l’orgue, c’était fou. L’enregistrement s’est fait huit mois plus tard, en mai 2021. On a d’abord enregistré la composition pour orgue avec Alexandra Bartfeld, puis le chœur de chambre Les Métaboles, dirigé par Léo Warynski, et différents sons dans le château : claps, toms... On a travaillé de jour et de nuit, dans un château désert et silencieux. C’était magique.

© Château de Versailles / Thomas Garnier.

© Château de Versailles / Thomas Garnier.

Comment avez-vous conçu cette adaptation acoustique de « Solaris », issu de votre album Layers ?
Saycet : Quand j’ai été contacté par le château de Versailles, je venais de sortir « Solaris ». C’est en visitant la chapelle royale que j’ai voulu adapter ce morceau au titre solaire. « Messa Solaris » est un clin d’œil à la chapelle : ce n’est pas une œuvre religieuse, mais l’émotion qu’elle diffuse est spirituelle. J’ai d’abord écrit, à partir des arpèges de « Solaris », la partition pour orgue qu’Alexandra Bartfeld a adaptée aux possibilités de l’instrument et à sa tonalité singulière. L’orgue constitue vraiment la colonne vertébrale du morceau. Puis j’ai composé les lignes mélodiques pour soprane, alto, basse et ténor. Benoît Walter a ensuite fait un travail formidable d’arrangement pour le chœur des Métaboles, six chanteurs que l’on a vêtus à la manière du gospel.

© Château de Versailles / Thomas Garnier.

© Château de Versailles / Thomas Garnier.

En créant « Messa Solaris », quel dialogue musical avez-vous noué avec le château de Versailles  ?
Saycet : L’environnement acoustique du château m’a offert des possibilités infinies. La réverbération, c’est-à-dire la manière dont se propage le son, est très variée dans les différents espaces du palais. La galerie des Glaces, notamment, a une acoustique incroyable. Un claquement de doigts, quand on se place au milieu du salon de Mercure, se multiplie et rebondit à une allure sidérale dans toute la pièce. Dans la chapelle royale, conçue pour que résonne l’orgue, la réverbération est au contraire floue et diffuse. Cette variété a constitué une richesse incroyable pour concevoir « Messa Solaris ». J’ai voulu l’exploiter en captant les empreintes sonores du château. « Messa Solaris », c’est en quelque sorte une archive musicale des lieux. Dans dix, vingt ans, j’aimerais qu’on y entende un vestige de ce que la musique d’aujourd’hui peut nous dire du Château.

Propos recueillis par Clotilde Nouailhat.

 

 

 

 

 

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