Dernières pièces royales

De l’Ancien Régime à la Révolution, les monnaies frappées sous Louis XVI illustrent symboliquement le basculement de l’histoire de France.

À noter, une curiosité apparue en 1786, à Strasbourg dont le cardinal de Rohan, impliqué dans la fameuse affaire du collier de la Reine, était l’archevêque : sur le louis, le front du Roi était affublé d’une petite corne, voire de deux ! Malgré une rafle de la police, les rares spécimens subsistant attirèrent les collectionneurs, recherchant, par ailleurs, les pièces de 1785 produites en petit nombre par certains ateliers : Metz, Limoges, Bordeaux et Nantes.
1786 BB : Strasbourg. © cabinet Vinchon.

À la différence de ses prédécesseurs, qui avaient connu de nombreuses tribulations économiques, Louis XVI n’a pas innové en matière de système monétaire. Les dernières guerres menées par Louis XIV, celle de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697) et celle de la Succession d’Espagne (1701-1714), avaient ruiné le pays, entraînant des dévaluations répétées, poursuivies sous la Régence qui eut à gérer une situation de faillite. Le règne de Louis XV avait été marqué par la guerre de Sept ans (1756-1763), à l’issue désastreuse1.

La Guerre d’indépendance américaine (1778-1783), elle, pesa sur le déficit de l’État, mais sans que l’économie de la nation en fût durement affectée. C’est pourquoi la valeur de référence de la livre par rapport au métal, fixée en 1726, un peu ajustée en 1785, sera confirmée – après la parenthèse révolutionnaire – par le franc germinal en 1803. Elle durera, avec le système décimal, jusqu’en 1914.

Tout ce que l’on peut constater au temps de Louis XVI, c’est la réduction, par mesure d’économie, du nombre d’ateliers de frappe qui étaient alors déconcentrés sur le territoire français. De vingt-neuf sous Louis XV, ils n’étaient plus que dix-huit (Marseille s’étant substitué, en 1787, à Aix-en-Provence) sous son successeur.

L’événement majeur que représente la Révolution conduit néanmoins à distinguer deux périodes : celle, « royale », qui correspond au règne du dernier roi de l’Ancien Régime, de 1774 à 1792 ; celle, « constitutionnelle », à partir de 1791 (la sanction royale de la loi fondamentale datant du 13 septembre) jusqu’en 1793, avec des frappes posthumes, postérieures à l’exécution de Louis XVI, le 21 janvier.


La période royale

Entre 1774 et 1785, on relève trois types successifs de louis d’or, caractérisés par un avers représentant l’effigie du monarque et un revers où figurent les armes de France :


La période constitutionnelle

Conséquence de la Révolution : elle voit les légendes en latin remplacées par des textes en français.

* abréviation : a pour avers, r pour revers. Quoique les photos présentées soient de même module, il faut signaler que la taille effective des pièces varie beaucoup, dans la réalité, d’un type à l’autre. Ainsi le diamètre est-il de 41 millimètres pour l’écu d’argent et de 22 pour le liard.

Dès l’été 1789, l’Assemblée constituante faisait du Roi de droit divin le simple chef du pouvoir exécutif du nouveau régime à qui les fonctions législative et judiciaire avaient été retirées. Il n’était plus désormais que le premier représentant de la Nation souveraine. La numismatique se fait incontestablement le miroir de l’histoire et son révélateur : passer de la titulature « Roi par la grâce de Dieu » au faisceau inspiré par la République romaine et couronné d’un bonnet phrygien, c’était assurément une révolution.

Patrick Devaux,
conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, membre de la Société française de numismatique.

1 P. Devaux, «Les monnaies des rois de Versailles», revue Château de Versailles nº14, p. 46 à 51.


Espèces sonnantes et trébuchantes

L’unité de compte était alors la livre (ou franc, définitivement adopté sous le Consulat) divisée en vingt sols, et le sol en douze deniers. Les « espèces sonnantes et trébuchantes » se déclinaient selon le louis (« en » or, disait Saint-Simon), s’élevant à 24 livres depuis 1726, l’écu d’argent, correspondant à 6 livres, et, en cuivre, le sol, puis le liard, la plus petite monnaie en circulation, valant trois deniers.

La date et la marque de l’atelier de frappe figurent à l’avers ou au revers du coin, séparément ou simultanément. La date correspond à celle du calendrier grégorien à laquelle s’ajoute celle du calendrier révolutionnaire après 1789. Exemple : « l’An III de la liberté » pour 1791. La marque de l’atelier est, pour la plupart, un signe alphabétique : A pour Paris, D pour Lyon, H pour La Rochelle, K pour Bordeaux, BB pour Strasbourg, mais 9 pour Rennes ou & pour Aix-en-Provence, etc.

 


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