Le bon roi Henri

Le château de Versailles conserve des trésors des siècles passés, y compris de ceux qu’il n’a pas traversés. Le partenariat avec le Centre des monuments nationaux lui donne l’occasion de sortir de ses réserves des œuvres précieuses pour évoquer la vie, le règne, puis la légende du roi Henri IV (1553-1610).

Henri IV, tête laurée, en cuirasse et écharpe, attribué à Barthélémy Tremblay, XVIIe siècle. © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Franck Raux.

Héritage des Galeries historiques au sein desquelles Louis-Philippe accorda une place de choix au premier roi Bourbon, les collections versaillaises sont d’une grande richesse et permettent d’évoquer tant la vie et le règne du Béarnais que sa légende, développée dès le XVIIIe siècle. Cette exposition permettra de découvrir des œuvres actuellement conservées en réserve, restaurées pour l’occasion, qui seront révélées au public. De précieuses huiles sur bois du XVIe siècle évoqueront ainsi la jeunesse d’Henri de Navarre, ses premiers pas à la cour des Valois et son chemin vers le trône. Le règne sera ensuite abordé par le biais de portraits de sa famille et de ses familiers.

La seconde partie de l’exposition abordera la question de la fortune posthume d’Henri IV, élaborée dès le XVIIIe siècle. Louis XV et Louis XVI l’encouragèrent, conscients de l’intérêt de célébrer le fondateur de la dynastie. La figure du roi bienfaiteur, pacificateur et remarquable administrateur de son royaume se développa ensuite tout au long du XIXe siècle. Une grande variété d’œuvres de premier plan permettra de comprendre comment, sous l’Empire, la Restauration et la monarchie de Juillet, chaque régime tenta de récupérer à son profit l’aura du « bon roi Henri » qui, de son panache à son cheval blanc, est devenu iconique.

Henri de Lorraine, troisième duc de Guise (1550-1588), École française du XVIe siècle, vers 1570. © RMN-Grand Palais / Gérard Blot.

Les guerres de Religion en toile de fond

L’adolescence et la jeunesse d’Henri de Navarre seront retracées par des œuvres fortes qui, telles les Noces du duc de Joyeuse, illustrent les années qu’il passa à la fastueuse cour des derniers Valois dans le contexte troublé des guerres de Religion. L’exceptionnel portrait du duc de Guise jeune et celui de l’amiral de Coligny illustrent les deux partis, catholique et protestant, bientôt opposés dans des luttes tragiques avec la Saint-Barthélémy et, un peu plus tard, les troubles de la Ligue. Réfugié en Navarre après le massacre de 1572, Henri deviendra rapidement le chef de file des Réformés. Après l’assassinat d’Henri III en 1589, le Béarnais n’aura de cesse de reconquérir le royaume dont il était le légitime souverain, ainsi que l’évoquent deux scènes de bataille, huiles sur bois probablement exécutées pour un cycle célébrant le nouveau monarque.

Ayant affermi son pouvoir après son entrée dans Paris en 1594, Henri IV se montre soucieux de son image, comme le montreront les portraits exposés. Le buste en marbre exécuté par Barthélémy Tremblay représente le souverain portant une cuirasse d’apparat et ceint d’une couronne de laurier, tandis que le portrait peint par Frans II Pourbus le campe en grand-maître de l’ordre du Saint-Esprit : triomphale, l’iconographie henricienne tend également à s’inscrire dans une continuité légitimatrice. Outre ses filles Élisabeth de France et Henriette de France, respectivement reine d’Espagne et reine d’Angleterre, les familiers du roi seront présents à travers plusieurs portraits du XIXe siècle, commandes de Louis- Philippe pour les galeries historiques de Versailles. En 1610, l’assassinat d’Henri IV conduisit à la Régence de Marie de Médicis durant la minorité de Louis XIII, évoqué ici par un rare buste en marbre du roi encore enfant.

Statue équestre d’Henri IV, par François-Frédéric Lemot, 1818. © Château de Versailles, dist. RMN / Christophe Fouin.

La fortune du « bon roi Henri »

Les successeurs du premier Bourbon s’emparèrent de l’image positive et populaire de leur prédécesseur afin de souligner la continuité dynastique et, notamment sous Louis XVI, de valoriser l’image de la monarchie à travers cette figure paternelle. Ainsi, Louis XV tourna lui-même un médaillon en ivoire à l’effigie de son ancêtre, tandis que Mme de Pompadour en exécuta le portrait gravé. Indissociable d’Henri IV, Maximilien de Béthune, duc de Sully, connut également une remarquable fortune iconographique. Napoléon Ier commanda ainsi à Louis-Philippe Mouchy le buste en marbre du grand ministre, incarnation de l’homme d’État probe et efficace.

La Restauration fit d’Henri IV une référence. La statue équestre en bronze commandée par Louis XVIII en 1818 pour le Pont-Neuf à Paris est riche de symboles. Outre la célébration de la monarchie restaurée après la période révolutionnaire et le Premier Empire, le mécénat royal entendait affirmer un certain retour à l’ordre après le vandalisme révolutionnaire qui avait abattu la statue originale commandée par Marie de Médicis. La réduction autographe, en bronze, de la statue équestre d’Henri IV exécutée par François-Frédéric Lemot et transférée à Versailles sous Louis-Philippe sera présentée au côté des dessins, livrets et peintures montrant la permanence de la représentation du roi à cheval et l’importance de la cérémonie d’inauguration du monument équestre sur le Pont-Neuf à Paris, véritable événement politique que servait la légende henricienne.

Lionel Arsac,
conservateur au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Henri IV à la bataille d’Arques, 21 septembre, Entourage de Jacob Bunel (1558-1614), Premier quart du XVIIe siècle. © Château de Versailles, dist. RMN / Christophe Fouin.


Le château de Cadillac, à la gloire d’Henri IV

Dans le cadre du partenariat avec le Centre des monuments nationaux, le château ducal de Cadillac constitue un magnifique écrin pour les collections du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Bâti à partir de 1598 par Jean-Louis de Nogaret, seigneur de La Valette et de Caumont (1554-1642), ce château imposant témoigne de la puissance de ce cadet de Gascogne, grand militaire et homme d’État qui servit successivement Henri III, Henri IV, la régente Marie de Médicis et Louis XIII. Favori d’Henri III, qui le fit duc d’Épernon, il se rallia à Henri de Navarre et demeura l’un des personnages forts du règne du premier Bourbon.


À VOIR

Exposition Henri IV, un roi dans l’Histoire - Collections du château de Versailles
au château ducal de Cadillac

4, place de la Libération
33410 Cadillac-sur-Garonne

Du 12 juin au 29 septembre 2019

Commissariat

Raphaël Masson, conservateur en chef au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon,
et Lionel Arsac, conservateur au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.

En partenariat avec le Centre des monuments nationaux

Horaires : Ouvert tous les jours : 10 h-13 h 15 / 14 h-18 h

Droits d’entrée :
Plein tarif : 6 €
Tarif réduit : 5 €
Gratuit : Moins de 26 ans ressortissants de l’Union européenne, personnes handicapées et accompagnateurs.
Plus d’informations et liste complète des gratuités sur chateau-cadillac.fr