Prix du livre d’histoire :
le vrai visage de Molière

Ce 22 mai, était désigné le lauréat 2019 du Prix château de Versailles du livre d’histoire : Georges Forestier pour sa biographie consacrée à Molière et publiée par les éditions Gallimard. Plus de cinq cents pages qui redessinent le portrait de l’un des plus fameux personnages de la cour du Roi Soleil.


Molière, de Georges Forestier, aux éditions Gallimard


« Le plus difficile pour un prix est de survivre à sa première année. Je suis heureuse que, pour sa deuxième édition, le Prix château de Versailles du livre d’histoire soit devenu une référence grâce à un jury engagé et éclectique »1 , a commencé par confier Catherine Pégard, Présidente de l’Établissement public du Château, qui remettait ce prix. « Alors que l’on imagine déjà le 400e anniversaire de la naissance de Molière, son biographe Georges Forestier a recomposé magnifiquement sa vie à travers son théâtre », poursuivait-elle.

La Grande Migration d'Alain Hugon, aux éditions Vendémiaire

Georges Forestier l’a emporté d’une voix devant Alain Hugon dont La Grande Migration, de l’Espagne à l’Amérique 1492-1700 a frappé le jury par son originalité et son exhaustivité. Molière, néanmoins, avait tant de choses à dévoiler : il ne subsiste de lui ni lettres, ni notes, ni manuscrits, et Georges Forestier est allé retrouver des documents méconnus, voire complètement oubliés, pour confondre la légende. Du mari jaloux et malheureux, du malade chronique, de l’acteur condamné au jeu comique, de l’auteur laborieux, l’historien révèle l’aisance, l’audace et la séduction de celui qui devint le favori de Louis XIV, parfaitement intégré à la vie de Cour et entraînant sa troupe derrière lui. « L’œuvre de Molière a traversé le temps et paraît tellement universelle, mais elle s’avère très contextualisée. L’ouvrage de Georges Forestier donne toutes les clés pour décrypter chaque tirade de ces pièces », s’enthousiasme Mathias Le Galic, chef du Service des programmes culturels et scolaires du Château. Avis aux professeurs de lettres et aux acteurs de théâtre !

La rédaction des Carnets de Versailles

1. Jury présidé par Catherine Pégard et composé de : Yves Carlier, conservateur général du patrimoine, en charge de la gestion des collections au château de Versailles, président du comité de lecture ; Joël Cornette, historien ; François de Mazières, maire de Versailles ; Emmanuel de Waresquiel, historien ; Emmanuel Laurentin, journaliste, producteur de La Fabrique de l’Histoire, France Culture ; Olivier Magnan, blogueur Arts et Culture « Scribe accroupi » ; Christine Orban, romancière ; Erik Orsenna, de l’Académie française ; Laurent Salomé, directeur du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.

En partenariat média avec le Magazine L’Histoire et la chaîne Toute L’Histoire.


Ce prix a été lancé l’an dernier par le château de Versailles pour soutenir et mettre en lumière la recherche historique avec, comme cadre chronologique, les XVIIe et XVIIIe siècles. Pour cette deuxième année, 45 ouvrages provenant de 21 maisons différentes ont été reçus par le service des éditions du Château. Cinq ouvrages avaient été sélectionnés pour être présentés au jury lors de la réunion du comité de lecture, le 9 avril dernier :

  • Molière de Georges Forestier, aux éditions Gallimard
  • La Grande Migration d'Alain Hugon, aux éditions Vendémiaire
  • La Famille royale au Temple, le remords de la Révolution, 1792-1795, de Charles-Eloi Vial, aux éditions Perrin
  • Le Tribunal révolutionnaire, punir les ennemis du peuple, d'Antoine Boulant, aux éditions Perrin
  • Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV, de Elisabetta Lurgo, aux éditions Perrin

Écritures d’historiens

Comment le style interfère-t-il dans un livre d’histoire ? Peut-il entraîner l’auteur loin de la vérité qu’il tente de restituer ? Les traits d’esprit, métaphores et autres procédés sont-ils souhaitables ? Existerait-il finalement un langage propre à l’histoire ? La table ronde intitulée « Écrire l’histoire aujourd’hui » organisée pour les abonnés à la carte « 1 an à Versailles » à l’occasion de la remise du prix a été animée. Les questions du journaliste Nicolas Carreau ont quelque peu décontenancé les cinq auteurs présents, en lice pour la sélection finale. C’est l’éditeur qui est apparu, à travers ce débat, souvent prépondérant, prodiguant des conseils, supprimant les notes superflues, exigeant des longueur de texte précises. « C’est en étant obligé de le réduire que j’ai travaillé mon premier livre : par coupures, par rognure, par polissage », a raconté Georges Forestier tandis que Charles-Eloi Vial renchérissait en comparant le livre à « un meuble où il y a forcément des échardes ». Son éditeur l’avait encouragé à lire son ouvrage à voix haute pour en détecter les trop grosses aspérités.

D’autres se sont montrés plus circonspects. « L’historien est toujours tenté d’administrer la preuve, en s’appuyant sur les notes », explique Alain Hugon, soulignant qu’ « il est si facile de maquiller avec des mots » les faits qui vous résistent. Une petite pirouette, et l’omission peut passer inaperçue. Antoine Boulant, qui avoue détester la fiction, admet néanmoins que le style est indispensable pour rendre l’histoire accessible au lecteur. La fluidité ne peut pas suffire à « assurer une médiation ». Quant à Elisabetta Lurgo, l’Italienne du groupe, elle a déploré que les historiens français ne cherchent plus à écrire des biographies pour un large public. « Conjuguer l’accessibilité et la rigueur » est, en effet, une gageure, mais certainement l’une des clés du succès.

Lucie Nicolas-Vullierme

« Écrire l’histoire aujourd’hui » fait partie de la programmation culturelle réservée aux détenteurs de la carte d’abonnement « 1 an à Versailles ».