Intérieur d'impératrice pour la Maison de la Reine

La Maison de la Reine était vide depuis la fin du XIXe siècle. La voici de nouveau meublée et habillée de tentures et d’étoffes comme au temps de l’impératrice Marie-Louise. Le conservateur général nous fait partager son projet, vision éblouie de jaune d’or et de blanc.

Feu à grenades du salon blanc aux liserons (détail) © Château de Versailles-Christophe Fouin.

La Maison de la Reine, tout comme le reste du Hameau, a été conçue et occupée par Marie-Antoinette. Comment votre choix s’est-il porté sur un état 1810, constitué pour Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon ?
Jérémie Benoît : Tout simplement parce qu’il ne nous reste quasiment aucun des meubles datant de l’épouse de Louis XVI, les collections royales de Versailles ayant été en grande partie dispersées lors des ventes révolutionnaires. Seulement quelques chaises, six fauteuils, une console et une encoignure, présentés au Petit Trianon, subsistent aujourd’hui, ainsi qu’une petite table de bureau exposée au sein du Château. Mis à part quatre autres encoignures et un feu en bronze doré, conservés aux États-Unis, nous ne savons rien d’autre sur l’aménagement de Marie-Antoinette au Hameau. En revanche, le mobilier destiné à Marie-Louise, pour la plupart du grand ébéniste parisien Jacob-Desmalter, a été relativement préservé. Il est, en outre, bien identifié grâce à un inventaire établi précisément en 1810. Nombre de ces pièces ont donc pu être réunies – et quelques autres retrouvées – si bien que les meubles d’origine forment environ les trois quarts de cette nouvelle présentation.

Accotoirs en cuivre des fauteuils du salon blanc © Château de Versailles -
Christophe Fouin

Et les meubles que vous n’avez pas pu retrouver, comment les avez-vous remplacés ?
Jérémie Benoît : Par chance, dans les réserves se trouvaient des objets très similaires – et cités exactement la même année dans les textes – qui provenaient des communs du Petit Trianon, tout à côté du Hameau. Cette proximité, dans le temps et dans l’espace, permettait une équivalence quasi exemplaire. Elle a permis d’équiper les petits cabinets de la Maison de la Reine de buffets et de commodes ainsi que de flambeaux en bronze doré de la manière la plus appropriée. Par ailleurs, un ensemble splendide de sièges offert en 1965 par la duchesse de Massa ressemblait fort à ce qui était détaillé dans l’inventaire pour le grand salon, pièce majeure de la Maison de la Reine. Je n’ai pas souhaité, en revanche, de reconstitution : des dessins, aux Archives nationales, conservent le souvenir des motifs de fleurs qui ornaient les sièges d’origine, mais nous nous sommes bien gardés de les reprendre. J’ai toujours l’espoir, en effet, que ce canapé, ces fauteuils, ces chaises nous reviendront un jour, par le biais d’une vente par exemple. Enfin, nous avons pu bénéficier du dépôt de quelques œuvres qui correspondaient, de manière sensible, aux descriptions dont nous disposions. La table de salle à manger en acajou ainsi que de nombreuses chaises à dossier en forme de lyre proviennent du Mobilier national. En effet, ces chaises avaient été fabriquées à l’époque pour plusieurs endroits, le Hameau de la Reine, mais aussi le palais de l’Élysée d’où nous avons récupéré plusieurs exemplaires.

Avec ce mobilier datant de l’Empire et ces descriptions dans les inventaires des années 1800, dans quelle mesure avez-vous pu rétablir l’atmosphère des différentes pièces de la Maison de la Reine ?
Jérémie Benoît : Il m’a fallu, parfois, faire des choix. Pour la soierie de la petite chambre située au-dessus de la pièce du billard, deux textes proposaient des version  différentes : un document, établi à la livraison du tissu, évoquait un « cannelé de soie vert d’eau » tandis que l’inventaire citait un « cannetillé ». J’ai donné la préférence au premier texte, convaincu que ceux qui avaient fourni la soie devaient être beaucoup plus fiables que toute autre personne. Un inventaire ultérieur a confirmé qu’il s’agissait d’un cannelé, appelé alors un reps. Il faut d’ailleurs préciser que le remeublement de la Maison de la Reine a porté autant sur le mobilier que sur les tissus, les galons, les quinquets [1], mais aussi toutes sortes de détails comme les tringles à rideaux et leurs embrasses ou les accessoires de cheminée, pinces et pelles à feu. À force de travailler dessus, depuis 2013, j’imagine exactement aujourd’hui à quoi pouvaient ressembler ces pièces, et comment elles apparaîtront bientôt, en fonction de leurs proportions et de leurs harmonies colorées, grâce aussi à la lumière qui viendra les inonder depuis les nombreuses fenêtres. Seront sublimés les tons clairs, blancs et bouton d’or, des deux magnifiques salons. Les tentures, peintes sur soie, du grand salon avaient été refaites en 1957 d’après les modèles livrés par Vauchelet, mais jamais posées. Le public va donc pouvoir les admirer dans les lieux mêmes auxquels elles étaient destinées. Les tentures du petit salon blanc ont été retissées à partir des soies d’origine, très abîmées, et ce sera un enchantement de pénétrer dans cette pièce extrêmement raffinée.

À l’intérieur, tout sera donc à redécouvrir ?
Jérémie Benoît : Tout sera à découvrir, puisque personne n’aura jamais vu la Maison de la Reine meublée, celle-ci ayant été rapidement vidée, dès la fin du XIXe siècle. Cet aménagement offrira de belles surprises sur un luxe, qualifié de « rustique » dans les textes anciens, où l’acajou, le bronze, l’amarante rivaliseront avec le velours de soie et le maroquin. Le Hameau apparaîtra comme un palais d’été tout à fait original, éclaté dans la verdure en plusieurs édifices, selon l’esprit fantasque de Versailles : une révélation totale qui en accentuera le caractère théâtral, autour de ce lac formant une scène derrière laquelle les maisons apparaissent comme autant de coulisses.

Comment ce remeublement s’inscrit-il dans ce qui est appelé désormais le Domaine de Trianon ?
Jérémie Benoît : La Maison de la Reine va s’imposer comme un véritable petit musée. Après la restauration du Petit Trianon en 2008, puis le remeublement du Grand Trianon qui se poursuit [2], cette opération contribue à faire mûrir l’idée d’un domaine propre, tel qu’il existait à l’époque de Napoléon, c’est-à-dire autonome. En effet, Napoléon, en 1810 justement, a séparé administrativement les sites de Trianon et de Versailles qui se sont organisés chacun de leur côté, avec une intendance et un budget spécifiques, durant presque cent ans. Ce domaine clos, par sa configuration, pourrait apparaître un jour comme un ensemble de châteaux de campagne où se promener, durant la belle saison, comme le faisait Marie-Antoinette, sans aucune obligation vis-à-vis du grand Château.

Propos recueillis par Lucie Nicolas-Vullierme

NOTES

[1]  Lampe à huile à réservoir.
[2]  L’aile de Trianon-sous- Bois ayant été restituée selon les aménagements du général de Gaulle en 2016.


Simple mais tellement chic

Guéridon en amarante du salon blanc © Château de Versailles-Christophe Fouin.

Sobriété et extrême élégance caractérisent le mobilier conçu pour l’Impératrice par le célèbre ébéniste Jacob-Desmalter. Chaises, fauteuils, tables adoptent les lignes épurées du style Empire. Les pieds sont droits et effilés, commodes, consoles et guéridons tripodes couverts de plateaux de marbre. Dans ce petit château de campagne qu’est, en réalité, la Maison de la Reine, on veut rester simple avec des matériaux d’époque : bois d’acajou, d’amarante, voire d’érable, quelquefois de citronnier. Tout le raffinement réside dans les détails comme ces filets dorés soulignant la structure d’une console et d’un guéridon du petit salon blanc. Un raffinement qui tient aussi à l’occupation féminine des lieux, comme l’indiquent les chaises lyre, aux pieds tournés, égayant la salle à manger. La Maison de la Reine présente également quelques fauteuils gondoles, aux dossiers enveloppants, ainsi que des flambeaux en forme de carquois, typiques de ces années 1810. Plus étonnant est ce motif tout à fait original de bouquets de liserons qui agrémente le satin blanc, bordé d’un galon de soie ponceau, de ravissants fauteuils.

Ci-dessous : Palette des différentes essences présentes dans le mobilier de la Maison de la Reine.

Chêne © Château de Versailles-Christophe Fouin

Noyer © Château de Versailles-Christophe Fouin

 

Citronnier © Château de Versailles-Christophe Fouin

Hêtre © Château de Versailles-Christophe Fouin

 

Acajou © Château de Versailles-Christophe Fouin

 

 

 

Amarante© Château de Versailles-Christophe Fouin

 

 

 

 

 


Les dessous et les dessus de la Maison de la Reine

Fauteuil du salon blanc © Château de Versailles-Christophe Fouin.

D’apparence extérieure champêtre et pittoresque, la Maison de la Reine présentera, à l’intérieur, deux aspects très distincts : au rez-de-chaussée, des pièces domestiques ou communes, comme la pièce de billard et la salle à manger avec un mobilier d’acajou ; au premier, l’étage noble doté de somptueuses pièces d’apparat : le grand salon jaune, orné de tentures de soie « peintes en arabesques représentant divers sujets » (Inventaire des tentures de 1811) dont des motifs antiques et des paysages, et le petit salon blanc tendu de damas qui aura recouvré l’ensemble de son mobilier d’amarante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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