Grandes et petites histoires

Le témoignage d’une donatrice particulière rappelle que l’histoire du château de Versailles se poursuit à travers celles et ceux qui s’engagent pour ce lieu, à la fois prestigieux et accessible à tous.

Le château de Versailles bénéficie, depuis plus de 30 ans, de l’engagement de grandes entreprises, mais il ne faut pas oublier celui des particuliers qui sont nombreux, aujourd’hui, et qui s’inscrivent, par leur action bien réelle, dans la grande Histoire.

Leur nom, indiqué sur un cartel, en devient la marque visible, mais traduit aussi l’invisible : l’attachement, immédiat ou plus progressif, pour un endroit bien précis, le moment de la décision, les contacts pris avec le service du mécénat du Château, les échanges vécus avec les conservateurs, les restaurateurs, les jardiniers, les fontainiers etc., les battements du cœur, enfin, devant l’espace sublimé, la pierre éclatante au soleil, les bronzes luisants sous le jet des fontaines, ou un banc, logé dans un recoin du parc, devenu presque à soi. C’est une autre histoire, plus intime, qui fait aussi celle de Versailles, se mêlant discrètement à la grande dans un cercle vertueux et durable, solidement arrimée par les liens très forts qui peuvent se tisser entre les équipes du Château et ces donateurs anonymes.

Ainsi des Morau dont le véritable engouement a, de statue en statue, ponctué leur vie à deux. Ils s’étaient mis d’accord pour n’en parler à personne, pas même à leurs enfants, mais aujourd’hui, c’est un mécénat de 10 années dont Danièle a voulu témoigner à la mémoire de son mari Jacques, brutalement décédé l’été dernier.

Persée et Andromède (copie), de Pierre Puget (1679-1684).

Quand ces deux professeurs ont répondu à un appel à contribution, en 2005, ils ne savaient pas qu’ils allaient être les premiers «particuliers» à se manifester pour cette campagne de mécénat qui ciblait d’abord les PME. Les premiers, et les plus assidus: plus de dix vases et statues du Petit Parc de Versailles ont retrouvé leur allure d’antan grâce à leur soutien financier. «Cela ne nous a pas empêché de vivre, bien sûr, mais nous a quand même coûté. En réalité, cette action a largement dépassé le seul aspect financier », raconte Danièle avec les yeux brillants de joie du souvenir.

La véritable aventure commence avec une invitation du Château à rencontrer les restaurateurs de la belle Artémise. Le couple est saisi d’émotion, et Danièle se lance dans des recherches sur cette figure de la fidélité qui lui parle tant. Fidèles, les Morau vont ainsi le devenir, adoptant chaque année une œuvre, à tour de rôle, dans un dialogue plein de prévenance qui a pour scène le bassin de Latone et le haut du Tapis vert. C’est à cet endroit précis du Petit Parc qu’ils ont jeté leur dévolu, «bouleversés » par le calme de la foule immense, visiblement heureuse de pénétrer dans la profondeur des bosquets.

Des correspondances commencent à s’établir entre les sculptures restaurées ou copiées par leur soin: entre deux cratères antiques, Borghèse et Médicis, ou, plus tard, les Vases aux Tournesols, placés l’un en face de l’autre. Et les coïncidences s’accumulent, comme ce jour béni de juin où, quasiment par hasard, ils ont pu assister à la mise en place, sous leurs yeux ébahis, du groupe monumental de Persée et Andromède. La vive curiosité et la capacité d’émerveillement de Danièle ont certainement entraîné les Morau sur ces chemins qu’elle décrit avec passion, faits de rencontres et de découvertes inattendues. L’accueil du service mécénat du Château et toutes ses petites attentions au fil des restaurations sont restés très vifs dans sa mémoire.

Les statues elles-mêmes, avec chacune leur mythe, et les symboles qui leur sont attachés, y ont aussi été pour quelque chose. Ainsi de ce Prisonnier barbare auquel Jacques, venu de la lointaine Réunion avec une bourse d’études, s’est immédiatement identifié. « Jacques avait un désir profond de s’intégrer en métropole, confie Danièle, contribuer à ces restaurations, et par là-même à la grandeur de notre pays, c’était une manière d’y parvenir ».

Mais le hasard fait encore bien les choses: Danièle voulant absolument adopter Diane chasseresse part sur ses traces jusqu’au château d’Anet. Là, elle découvre le premier jardinier du roi, Claude Mollet, qui s’avère être… un ancêtre de son mari! Dernière, et délicieuse, surprise grâce à la déesse de la lune, annonciatrice du soir.

Lucie Nicolas-Vullierme, rédactrice en chef des Carnets de Versailles


La restauration du grand décor sculpté des jardins de Le Nôtre permet à chacun d’y associer son nom, mais aussi des moments de sa vie qui, à leur tour, fabriquent l’histoire du Château. Le décor de marbre blanc qui ponctue, depuis trois siècles, les jardins de Le Nôtre fait de Versailles l’un des plus grands musées de sculpture en plein air du monde. 253 œuvres, issues de l’Antiquité et du génie des plus talentueux artistes du XVIIe siècle, se côtoient dans une évocation allégorique aux références multiples. Depuis 2005, près de 160 d’entre elles ont bénéficié du soutien de généreux mécènes. Les plus fragiles, après restauration, ont été installées à l’intérieur du Château et remplacées au sein du Petit Parc par des répliques en poudre de marbre. Diogène, Isocrate, Syrinx ou La Renommée du Roi… elles sont encore une quinzaine de statues à avoir besoin que l’on prenne soin d’elles.


Informations Pratiques

La restauration d’une sculpture coûte entre 10 000 € et 12 000 €, la réalisation d’une copie 45 000 €. Le mécène bénéficie d’une réduction d’impôt à hauteur de 66 % du montant engagé s’il est un particulier et 60 % s’il s’agit d’une entreprise. Par ailleurs, le château de Versailles offre un certain nombre de contreparties : mention du nom de la personne sur place, visites de chantier, carte d’abonnement « 1 an à Versailles », droits photographiques, invitation à une réception dédiée… Pour adopter une statue, n’hésitez pas à contacter le service du mécénat : serena.gavazzi@chateauversailles.fr .

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