Nous vieillirons bien ensemble

Mieux vaut prévenir que guérir. L’adage vaut pour les hommes, mais également pour les collections d’un musée. Depuis 2015, le château de Versailles et d’autres résidences royales européennes se sont engagés dans un vaste programme de « conservation préventive » appelé « EPICO » (European Protocol In Preventive Conservation), afin de protéger les trésors qu’ils abritent.

Le succès d’un musée ne se mesure pas seulement à l’aune de ses chiffres de fréquentation. Il doit aussi savoir préserver et transmettre le patrimoine qui lui est confié afin que celui-ci puisse affronter victorieusement – osons le mot – l’éternité. Parmi les professionnels qui se consacrent à cette cause, les spécialistes de la conservation préventive sont placés aux avant-postes de ce combat vertigineux contre le temps. Le sujet n’est pas nouveau. Déjà au Ier siècle avant J.-C., l’architecte Vitruve notait que « les livres ne se gâtent pas si facilement dans les bibliothèques [tournées au soleil levant] que dans celles qui regardent le midi ou le couchant, lesquelles sont sujettes aux vers et à l’humidité qui fait moisir les livres. » À partir des années 1970, les institutions muséales améliorent drastiquement leurs méthodes de prévention. Le sujet devient un véritable enjeu que le Conseil international des Musées, l’ICOM, définit comme « l’ensemble des mesures et actions ayant pour objectif d’éviter et de minimiser les détériorations ou pertes à venir ». La nouvelle profession qui émerge alors s’exerce sur un nombre de sujets qui donne le tournis : l’inventaire, le stockage, la manipulation, l’emballage, le transport, la sécurité, le contrôle environnemental (lumière, humidité, pollution, infestation), les plans d’urgence, la formation, la sensibilisation du public. Mais les châteaux-musées comme Versailles, du fait de leur âge et du respect de leur configuration historique, ont quelques difficultés à appliquer la totalité de ces normes, plus simple à mettre en œuvre dans des institutions purement muséales. Dès qu’on quitte l’univers ordonné des salles et des vitrines de musée, le casse-tête commence. Plafonds peints, stucs dorés, marbres, boiseries, miroirs, mobilier, tentures, parquets… Tous d’époques différentes et placés dans des pièces dont pas une ne ressemble à l’autre : comment, face à cette profusion, hiérarchiser les actions ? Faut-il protéger d’abord les bronzes du cabinet de travail ou ceux de la bibliothèque ?

L’architecture ancienne ne facilite pas les choses. Dans une chambre à hautes fenêtres, comment empêcher la lumière de se poser sur les étoffes ? Comment stabiliser les conditions climatiques dans un appartement visité par des milliers de personnes ? Afin de passer à une gestion systémique de ces menaces, le Château et d’autres sites européens ont pris le sujet à bras-le-corps. Ils ont fondé en 2015 le partenariat EPICO, un programme sur trois ans qui renouvelle l’approche préventive en visant la mise au point d’une méthodologie simple et reproductible, destinées à toutes les demeures historiques, quelles que soient leurs époques et leurs tailles. Après une année 2016 consacrée à des tests opérationnels en France, en Pologne et en Italie, un colloque international diffusera fin 2017 les résultats du programme. Une initiative croisée ambitieuse, qui montre que l’Europe des musées se porte bien et qui donnera enfin aux résidences anciennes les moyens métho­dologiques pour aborder sereinement leur grand voyage dans le temps.


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