magazine du château de versailles

Reims, la fabrique
des rois de France

À Reims, le château de Versailles et le palais du Tau unissent leurs collections pour entraîner le visiteur dans une exposition qui met en scène de manière spectaculaire des sacres célébrés dans la cathédrale de Reims, de Louis XIII (1610) à Charles X (1825). Avant de découvrir cet événement, bref rappel sur l’histoire de cette cérémonie.

La Cavalcade le lendemain du Sacre à Reims, le 26 octobre 1722. Louis XV se rendant à l’abbaye Saint-Rémy de Reims, par Pierre-Denis Martin (1663-1742). © Château de Versailles, Dist. RMN / © Christophe Fouin.

Des grands portraits de monarques en provenance de Versailles associés aux précieux ornements et regalia conservés dans le palais archiépiscopal du Tau, vont rendre bien présente la réalité matérielle d’un événement qui, depuis Pépin le Bref au VIIIe siècle, marque l’avènement des rois de France. C’est à Reims, qu’est scellé le contrat coutumier qui unit « le souverain à son Dieu, à son peuple et aux grands ». Mais derrière des allures immuables, des évolutions sensibles se produisent.

Au début du XVe siècle, Charles VI annule la valeur légale du rite dans la transmission du pouvoir. Sous l’influence des Lumières, Turgot, contrôleur général des Finances de Louis XVI, propose – sans succès – de supprimer la formulation du serment où le roi promet de bannir « tous les hérétiques ». Par souci d’économie, il suggère aussi de déplacer la cérémonie à Paris. Mais Louis XVI veut un sacre hors du commun.

Victor Hugo (1802-1885), par Léon Bonnat, 1879. © RMN-GP (Château de Versailles) / © Gérard Blot.

Le 11 juin 1775, le chœur de la cathédrale est métamorphosé en salle de spectacle, avec colonnes corinthiennes et baignoires de théâtre… Un tour de force architectural alimenté par le réemploi d’éléments qui avaient déjà servi à habiller l’Opéra royal de Versailles lors des fêtes du mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette. À côté de cette magnificence, le toucher des écrouelles, pendant lequel le roi guérit les tuberculeux, se déroule presque imperturbablement comme aux premiers temps de la monarchie, même si le rituel commence à susciter la perplexité. Il survit même jusqu’en 1825, pendant le sacre de Charles X. Un couronnement qui, malgré sa magnificence – habile « copier-coller » du cérémonial de 1775 – ne déclenche pas l’enthousiasme. De jeunes thuriféraires, comme Hugo ou Lamartine, en chantent les louanges avant, quelques années plus tard, de s’engager sur les chemins de la Révolution et de la République. Assez cruellement, Vigny écrit à Hugo : « Je vous plains […] [d’] aller voir nos cérémonies de carton et de papier peint, et toutes les grandeurs étriquées de notre temps. » De son côté, Chateaubriand confie : « Croira-t-il qu’un sacre mette à l’abri du malheur ? Il n’y a plus de main assez vertueuse pour guérir les écrouelles, plus de sainte ampoule assez salutaire pour rendre les rois inviolables. » Ainsi s’achève, dans un dernier éclat d’artifice, un cérémonial qui pendant plus de mille ans, aura défié le temps. Le chapitre est-il clos ? On peut s’amuser à reconnaître dans les cérémonies d’investiture de nos Présidents – comme la remise du Grand Collier de la Légion d’honneur – et dans d’autres célébrations républicaines de lointains écho du rituel de Reims et de sa grande fête populaire et magique.

François Appas,
Responsable des visites conférences au Château


À VOIR

Splendeurs des sacres royaux, de Louis XIII à Charles X
Palais du Tau, à Reims
À partir de mai 2014


INFORMATIONS PRATIQUES

Site Internet : palais-tau.monuments-nationaux.fr

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