magazine du château de versailles

Planète Mercure

En juin 2012 s’achève la restauration du plafond du salon de Mercure, entièrement peint par le trop méconnu Jean-Baptiste de Champaigne. Une opération de sauvetage qui redonne toute sa puissance à ce joyau de la peinture du XVIIe siècle et de Versailles.

Plafond du salon de Mercure en cours de restauration. © EPV / Christian Milet

Dans les Grands Appartements de Louis XIV, le courtisan était invité à lever les yeux au plafond. Dans chacune des pièces se trouvaient des allégories incarnées par des divinités antiques tournant autour de leur astre, le Roi-Soleil. Mercure, Mars, Vénus, Hercule…transforment les hauteurs du palais en une voûte céleste qui représente, selon Félibien (1619-1695), « les actions des Héros de l’Antiquité qui auront rapport à chacune des planètes et aux actions de Sa Majesté ». On donne ainsi parfois à ces salons, le nom d’« appartement des planètes ».

Les peintures du plafond du salon de Mercure ont été réalisées par Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681), le neveu du célèbre peintre d’origine flamande, Philippe de Champaigne. Jean-Baptiste s’est formé auprès de son oncle, apprenant à imiter son style à la perfection. Mais il développa sa propre sensibilité en épurant les formes avec un souci particulier d’ordre et de symétrie dans les compositions. L’art raffiné de Jean-Baptiste est aujourd’hui mieux connu grâce, notamment, à deux expositions, au musée d’Évreux (2007) et au musée national des Granges de Port-Royal (2009).

Voussure sud du plafond : Ptolémée II Philadelphe s’entretenant avec des savants juifs et se faisant expliquer la bible des Septante dans la bibliothèque d’Alexandrie, par Jean-Baptiste de Champaigne. © RMN-GP (château de Versailles) / Hervé Lewandowski

Le panneau central du plafond montre le char du dieu, tiré par des coqs, accompagné des allégories de la Vigilance (avec pour attribut une grue) et de l’Éloquence (tenant un texte). Rappelons que Mercure préside à la Science et aux Arts, en tant que divinité de l’intellect, et aux Ambassades, en tant que messager des dieux. Sur ces deux thèmes, les peintures des voussures (ces parties courbes du plafond qui surmontent les portes et les fenêtres) mettent en scène des grands hommes de l’Antiquité dont la représentation allégorique reflète la grandeur du roi : Alexandre recevant une ambassade d’Éthiopiens, Auguste recevant une ambassade d’Indiens, Alexandre apportant des animaux à Aristote et Ptolémée Philadelphe discutant avec des savants dans la Bibliothèque d’Alexandrie. Ces sujets ont des significations cachées : les ambassades reçues par le roi de France, le développement de la Bibliothèque du Roi et la publication de l’Histoire naturelle de Claude Perrault dans le cadre du Cabinet du Roi en 1671. Les angles du plafond, appelés écoinçons, montrent des allégories très subtiles sur les thèmes des arts et des sciences.
Les stucs dorés autour des différents panneaux du plafond ont été modelés par les frères Gaspard et Balthazar Marsy, à qui l’on doit aussi le groupe sculpté du bassin de Latone, dans les jardins. En leur sein, on distingue des Putti, ces bébés potelés et rieurs qui semblent célébrer la vie, la joie et l’amour du monde de Mercure.

Nicolas Milovanovic,
Conservateur au château de Versailles, codirecteur du chantier de restauration.

Le plafond du salon de Mercure, avec ses stucs dorés. © EPV / Thomas Garnier


Merci aux équipes de restauration !

L’équipe des restaurateurs intervenant sur les peintures a été dirigée par Florence Delteil. La restauration des stucs et des dorures a été dirigée par Frédéric Didier, architecte en chef des Monuments historiques, assisté de Séverine Queuille et Fabien Passavy. L’ensemble des aspects techniques du chantier ont été suivis par la Direction du patrimoine et des jardins (Raphaël Guérin et Gérard Recordon).


Pourquoi restaurer le plafond de Mercure ?

L’objectif est de retrouver la qualité de la touche originale de Jean-Baptiste de Champaigne en grande partie masquée par les restaurations anciennes, en 1814 et en 1977. À plus long terme, cette intervention vise à assurer la bonne conservation d’un ensemble fragile constitué d’une coque de plâtre décorée soit de toiles collées, soit, directement, de peintures à l’huile.


Le lit du roi dans le salon de Mercure. © EPV / Thomas Garnier

Le salon de Mercure, une vraie fausse chambre

Le salon de Mercure devait être l’antichambre de Louis XIV, mais dès l’installation du roi à Versailles, en 1682, il devient chambre d’apparat. Louis XIV, en effet, préfère dormir dans l’intimité de ses petits appartements. Dans ce lieu, vidé de sa fonction pratique, le lit prend un rôle purement symbolique : richement orné, il manifeste l’exercice du pouvoir lorsque le roi y tient audience. En 1700, Philippe d’Anjou, le petit-fils de Louis XIV, devenu roi d’Espagne sous le nom de Philippe V, y dort durant deux semaines. Durant les soirs d’appartement, le salon de Mercure abritait différents jeux de cartes.


À LIRE :

Nicolas Milovanovic, Les Grands Appartements. Catalogue des décors peints, Paris, RMN, 2005.

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