Écrin au buste de Louis XIV par Le Bernin, le salon de Diane,
dans l’enfilade des grands appartements, vient d’être restauré.
Son plafond a retrouvé toute la vivacité de ses coloris et la lisibilité
de ses formes, illustrant magistralement le désaccord qui divisa
les artistes peintres de la fin du XVIIe siècle.

Détail de Jason abordant en Colchide, par Charles de La Fosse, où jouent les tonalités tantôt monochromes tantôt vibrantes.
© EPV / Thomas Garnier
Cette restauration offre l’occasion de redécouvrir, dans toute leur singularité, les styles des trois artistes appelés à concevoir cet ensemble : Claude II Audran (1639-1684), Charles de La Fosse (1636-1716) et Gabriel Blanchard (1630-1704). À travers leurs interventions respectives dans les voussures et le tondo central, le plafond du salon de Diane se révèle comme une véritable leçon d’histoire de l’art. Il reflète l’un des débats théoriques majeurs du XVIIe siècle, la querelle du coloris. Au sein de l’Académie royale de peinture et de sculpture s’opposent alors, en effet, deux conceptions antagonistes de la peinture : la primauté du dessin, défendue par les poussinistes, et celle de la couleur, soutenue par les rubénistes.
Primauté du dessin…
Les poussinistes s’inscrivent dans une tradition classique et intellectuelle de la peinture. Héritiers revendiqués de l’Antiquité et de Raphaël, ils considèrent le dessin comme le fondement même de l’art. Activité de l’esprit avant d’être celle de la main, celui-ci repose sur la connaissance de l’anatomie, de la perspective et des proportions idéales. Par le dessin, le peintre atteindrait une beauté universelle, affranchie des séductions passagères du sensible et des variations du goût. Dans cette perspective, la couleur est souvent perçue comme un élément secondaire, relevant du plaisir immédiat et du sensible, donc possiblement trompeur.

Voussure sud du plafond de Diane avec César envoie une colonie à Carthage, par Claude II Audran, tenant des poussinistes.
© EPV / Christophe Fouin

Détail du groupe de personnages disposé à gauche dans Cyrus et la chasse au sanglier.
© EPV / Christophe Fouin
Claude II Audran incarne cette position. Proche collaborateur de Charles Le Brun, il adopte une écriture picturale fondée sur la rigueur de la composition et la lisibilité du récit. Dans Cyrus à la chasse au sanglier, le groupe de personnages disposé à gauche évoque directement les soldats des Batailles de Le Brun conservées au Louvre. De même, dans la voussure sud représentant César envoie une colonie à Carthage, la composition dense et solidement ordonnancée se déploie en frise, offrant au regard une narration claire et maîtrisée.
… ou supériorité de la couleur ?
À l’opposé, les rubénistes, nourris de l’exemple de Rubens et de la peinture vénitienne, affirment la supériorité du coloris comme moyen privilégié d’imitation de la nature. Considérant que la peinture s’adresse d’abord à l’œil et aux sens, la couleur devient le vecteur principal de l’émotion. Charles de La Fosse et Gabriel Blanchard, chacun selon sa sensibilité, affirment ici cette primauté du coloris. Dans Jason abordant en Colchide, les figures aux demi-teintes monochromes se détachent avec force du groupe de Jason et les Argonautes, animés de tonalités chaudes et vibrantes.
Cette œuvre de La Fosse manifeste l’influence directe de Titien, que l’artiste a découvert lors de son long séjour à Venise : le personnage casqué, vêtu de blanc lumineux et rehaussé de cangianti rosés1, en est une magnifique illustration. Alexandre à la chasse au lion puise dans les célèbres scènes de chasse de Rubens ; le tumulte du combat, rendu avec une grande virtuosité, confère à la scène une tension dramatique intense.
« La scène se déploie dans une harmonie subtile de nuances grisées, dominée par la présence majestueuse d’une lune immense,
qui surplombe silencieusement l’ensemble. »
Dans le tondo central, Gabriel Blanchard, le plus théoricien des trois artistes, livre l’une de ses compositions les plus accomplies autour de Diane. La scène se déploie dans une harmonie subtile de nuances grisées, dominée par la présence majestueuse d’une lune immense, qui surplombe silencieusement l’ensemble.
Esthétique de la règle versus celle de la sensation
Loin de se réduire à une simple question technique, le débat entre dessin et couleur engage une réflexion plus profonde sur la nature même de l’art : son rapport à la raison et aux sens, à la norme et à l’effet, à la connaissance et à l’émotion. La querelle du coloris cristallise ainsi une opposition essentielle entre une esthétique de la règle et une esthétique de la sensation.

Vue sur Diane et Endymion par Gabriel Blanchard, dans le salon de Diane restauré. © EPV / Christophe Fouin
Elle s’inscrit pleinement dans le contexte culturel du règne de Louis XIV, où l’Académie joue un rôle central dans la normalisation des arts. Si les poussinistes dominent longtemps l’institution, les thèses rubénistes finissent par s’imposer progressivement – comme en témoigne, quelques années plus tard, le décor peint de la Chapelle royale, où Charles de La Fosse déploie sa vision coloriste dans le cul-de-four avec la Résurrection du Christ.
Béatrice Sarrazin,
conservateur général du patrimoine au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
1 Effet obtenu par le passage d’une couleur à une autre grâce à des transparences ou des variations de valeurs claires.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).
Diane sous toutes ses facettes

Détail du tondo central du plafond montrant Diane présidant à la Chasse et à la Navigation, peint par Gabriel Blanchard.
© EPV / Thomas Garnier
Décoré entre 1673 et 1680, le salon de Diane constitue, avec le salon de Vénus qui lui est attenant, l’entrée du grand appartement du Roi.
C’est par ces deux salons que le visiteur accédait à cet espace après avoir emprunté le prestigieux escalier des Ambassadeurs, aujourd’hui disparu. Sous le règne de Louis XIV, le salon de Diane faisait office de vestibule, mais aussi de salle de billard, un jeu particulièrement apprécié du souverain, qui s’y distinguait par son habileté.

Tondo central du plafond, après restauration.
© EPV / Christophe Fouin
Chasse et navigation
Le décor peint du plafond occupe une place monumentale. Au centre, le tondo exécuté par Gabriel Blanchard est consacré à Diane, sœur jumelle du dieu du soleil, Apollon, une figure dont l’association symbolique ne pouvait que séduire Louis XIV. La déesse, entourée des Heures du jour et de la nuit, y préside à la Chasse et à la Navigation. Ces deux thèmes sont déclinés sur le mode historique dans les voussures. La chasse est illustrée par Alexandre à la chasse au lion de Charles de La Fosse et par Cyrus à la chasse au sanglier de Claude II Audran. Les écoinçons peints sur enduit, exécutés en camaïeu doré, prolongent cette iconographie par des motifs allusifs tels que trophées et cors de chasse. Le thème de la navigation est, quant à lui, évoqué par Jason abordant en Colchide, de Charles de La Fosse, et par César envoie une colonie à Carthage, de Claude II Audran, qui célèbrent les conquêtes lointaines de Louis XIV tout en faisant écho à ses ambitions politiques et militaires.
Sur les murs
La figure de Diane ne se limite pas au décor du plafond, mais investit également les murs du salon. Peints en camaïeu d’or, les dessus-de-porte la représentent recevant des sacrifices (Claude II Audran) et des offrandes (Gabriel Blanchard). La déesse s’apprête à transformer Actéon en cerf, pour l’avoir surprise au bain, et à changer en source la nymphe Aréthuse, poursuivie par le dieu-fleuve Alphée (Gabriel Blanchard). Enfin, deux grandes compositions, déjà restaurées, se faisant face – Le Sacrifice d’Iphigénie de Charles de La Fosse et Diane et Endymion de Gabriel Blanchard – achèvent cet hommage à la déesse.
La restauration du plafond du salon de Diane a été rendue possible grâce au mécénat de DIOR et The American Friends of Versailles, avec le concours de la Société des Amis de Versailles.
À REDÉCOUVRIR
Le salon de Diane restauré, dans le parcours de visite libre.
À SUIVRE
Deux vidéos sur le chantier de restauration sur la chaîne YouTube du château de Versailles.