magazine du château de versailles

Tendre
vers l’état d’origine

Cinzia Pasquali, sous l’autorité d’un comité scientifique,
a mené la restauration du plafond peint du salon de Diane à la tête
de l’équipe Arcanes. Elle nous détaille une démarche qui montre
la prudence avec laquelle ce type d’opération est mené.

Traces des tests effectués dans le cadre de la restauration sur un détail de la voussure est du plafond de Diane.
© Mathieu Lombard

Aménagé à partir de 1671 sous la direction de Louis Le Vau et de Charles Le Brun, le salon de Diane conjugue architecture, peinture et symbolique monarchiques. Les décors peints participent pleinement de la mise en scène du pouvoir royal et illustrent la richesse du programme décoratif du Grand Siècle.

Le plafond de Diane en pleine restauration.
© EPV / Thomas Garnier

Une lisibilité altérée
Au fil des années, les peintures du salon de Diane ont subi de nombreuses altérations, principalement liées à des désordres structurels et à des infiltrations d’eau répétées. Ces phénomènes ont affecté la stabilité des toiles marouflées1 du plafond et des voussures ainsi que la cohésion des couches picturales. Plusieurs campagnes de restauration, notamment au XIXe et au XXe siècle, ont permis de préserver les œuvres, mais au prix d’interventions invasives, telles que des repeints étendus, des mastics discordants et des consolidations structurelles inadaptées. La lisibilité des compositions en a été ainsi progressivement altérée.

Double regard, « micro » et « macro »
Le chantier de restauration, mené entre novembre 2024 et septembre 2025, s’est inscrit dans une démarche globale de conservation et de valorisation des décors. L’intervention a reposé sur un double regard : une approche « micro », attentive aux détails matériels et à la sauvegarde de chaque fragment pictural, et une approche « macro », visant à restituer l’harmonie de l’ensemble décoratif. Une phase d’étude approfondie, associant recherches historiques, analyses stratigraphiques et imagerie scientifique (ultraviolet, réflectographie infrarouge, infrarouge fausse couleur, lumière rasante), a permis de mieux comprendre les techniques d’exécution originales des œuvres ainsi que l’histoire de leur conservation.

Des actions sous contrôle
La restauration a prioritairement visé la stabilisation des supports et des couches picturales. Les soulèvements et pertes d’adhésion ont été consolidés avec des matériaux compatibles et réversibles, tandis que les décollements des toiles marouflées ont fait l’objet de traitements spécifiques afin de rétablir leur planéité. Le nettoyage, conduit de manière progressive et contrôlée, a permis d’alléger les surfaces picturales en retirant vernis oxydés et repeints discordants, révélant ainsi la richesse chromatique et la subtilité des glacis d’origine.

La voussure nord du plafond de Diane, représentant Alexandre à la chasse au lion, avant et après restauration. © Mathieu Lombard

La phase de réintégration picturale a été menée avec mesure, dans le respect de l’authenticité des œuvres. Les lacunes et usures ont été traitées de façon à rester discernables : il s’agit de faciliter la lecture des scènes sans masquer la matière originale. Enfin, un vernissage adapté a redonné cohérence et profondeur aux décors, tout en assurant leur protection à long terme.

Dessus-de-porte et écoinçons
La restauration a également concerné les quatre dessus-de-porte et les écoinçons peints sur enduit, éléments essentiels de la logique décorative du salon. Les toiles des dessus-de-porte, fragilisées par des tensions du support et des repeints anciens, ont fait l’objet de traitements de consolidation, de nettoyage et de réintégration mesurée. Les écoinçons, marqués par des fissurations et des repeints altérant la chromie d’origine, ont été stabilisés, nettoyés et harmonisés afin de rétablir le dialogue visuel avec les décors du plafond.

« Le salon de Diane retrouve une lisibilité et une unité visuelle proches
de celles conçues par les artistes du XVIIe siècle. Cette restauration
met en lumière la complexité technique et la richesse artistique
de ces décors monumentaux.
»

Aujourd’hui, le salon de Diane retrouve une lisibilité et une unité visuelle proches de celles conçues par les artistes du XVIIe siècle. Cette restauration met en lumière la complexité technique et la richesse artistique de ces décors monumentaux, tout en illustrant l’importance d’une approche respectueuse et raisonnée dans la conservation du patrimoine versaillais.

Cinzia Pasquali,
restauratrice d’œuvres d’art

1 C’est-à-dire fixées sur le support solide du plafond ou des voussures à l’aide d’une colle.

Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

La restauration du plafond du salon de Diane a été rendue possible grâce au mécénat de DIOR et The American Friends of Versailles, avec le concours de la Société des Amis de Versailles.

Le plafond du salon de Diane entièrement restauré. © EPV / Christophe Fouin


À REDÉCOUVRIR

Le salon de Diane restauré, dans le parcours de visite libre.


À SUIVRE

Deux vidéos sur le chantier de restauration sur la chaîne YouTube du château de Versailles.

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