Ces portraits des rois de France ont longtemps illustré les manuels scolaires, leurs gravures au temps de Louis-Philippe ayant été égayées
par des colorisations. L’intégralité des peintures originales est, pour la première fois, présentée dans un ouvrage qui ressuscite une salle oubliée du château, mais aussi des images enfouies dans les mémoires d’enfants.

Restitution numérique d’une paroi de cette salle des rois de France, avec sa succession de tableaux, tous au même format : celui qui avait été adopté pour le portrait de François Ier, aujourd’hui conservé au musée du Louvre. © DPJ Sandrine Pallandre assistée de Paul Gourmel-Rouger
Avec plus de six mille peintures et trois mille sculptures, le musée inauguré en 1837 dans le château par Louis-Philippe allait devenir la principale source iconographique de l’histoire de notre pays. En ont subsisté des pans entiers, comme les salles des Croisades, la galerie des Batailles ou les salles de l’Empire. Certaines parties ont néanmoins disparu, telle la salle dite « des rois de France », portant le numéro 29 de ces Galeries historiques.

Childebert II, dit le Juste, roi d’Austrasie
(570-596), par Raymond-Auguste-Quinsac Monvoisin, 1837, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
En effet, en 1835, en vue de l’installation de ce musée voulu par le nouveau monarque dans les appartements désertés de l’Ancien Régime, les démolitions opérées en 1815 dans l’ancienne garde-robe furent étendues à la totalité de ce qui avait été, sous Louis XIV, l’appartement de son grand maître. Il en résulta que tout le côté sud de la cour de Marbre offrit, au lieu d’un dédale de petites pièces et de corridors obscurs, plusieurs grandes pièces éclairées et bien ouvertes. La plus vaste d’entre elles – qui avait été jadis la salle des Gardes de la duchesse de Berry, fille du Régent, puis la salle de bains de la reine Marie-Antoinette – fut consacrée à la thématique des monarques français.
Soixante-sept tableaux des rois de France
Cette « salle des rois de France » fut garnie de soixante-sept portraits, souvent idéalisés, alignés et superposés sur trois registres. Faisant l’économie des premiers rois légendaires comme Pharamond, le récit commençait avec Clovis. Étaient ensuite déclinés tous les souverains, des rois mérovingiens au roi citoyen, excepté Carloman Ier, Robert Ier, Jean Ier le Posthume et Louis XVII, mais comptant parmi eux l’empereur Napoléon Ier. La majorité d’entre eux étaient dépeints par des artistes commandités par Louis-Philippe1 qui avait imposé le même format pour tous : celui du portrait de François Ier par Clouet, pièce maîtresse de cet ensemble issue des collections royales2. Sous le Second Empire, fut ajouté l’empereur Napoléon III d’après Winterhalter.
Présentation démodée et mensongère
Plus tard, sous la direction de Pierre de Nolhac, des travaux importants furent entrepris pour restaurer les appartements royaux et d’autres parties du château. Pour cela, Nolhac réorganisa les collections du musée en privilégiant les objets et les œuvres d’art associés à l’histoire de la monarchie française. C’est à cette salle des rois de France qu’il s’attaqua tout d’abord, ainsi qu’il l’évoque dans ses mémoires : « Le plan le plus simple était de commencer par détruire, dans les ensembles créés par Louis-Philippe, toutes les parties iconographiques non seulement démodées, mais qui constituaient de véritables témoignages d’erreur et de mensonge. La première salle sacrifiée fut celle des rois de France qui alignait sur la cour de marbre les effigies imaginaires, ou authentiques, de nos rois depuis Clovis. La place de Pharamond et de Claudion “le chevelu” y avait été réservée, mais la manie pédagogique du roi-citoyen n’avait pas osé aller jusque-là dans les commandes faites à ses peintres3. »

Pierre de Nolhac (1859-1936), par Henri Girauld de Nolhac, 1909, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
Nolhac a bien eu conscience du risque que cela pouvait comporter : « Cette opération assez vaste […] n’avait pu être menée à bien que dans le silence et sans être soumise au contrôle du public. Le public en effet l’ignora, puisque les salles où l’on travaillait étaient fermées depuis longtemps, et ce fut tout au plus si des journalistes locaux et quelques Versaillais gênés dans leurs habitudes protestèrent contre la disparition des rois de France dont les vignettes tirées de notre musée enrichissaient les livres d’histoire. Ne les avait-on pas vues servir sur le cercle de toile cirée qui faisait chercher aux enfants sous la lampe de famille les traits de Charles le Chauve et de Louis le Hutin ? […] À quels excès ne se porterait pas une érudition qui ne respectait pas l’image de Clovis4 ? »
Une histoire de France populaire
Son propos jugé donc désuet dans les premiers temps de la IIIe République, la salle des rois de France fut réaffectée, et ses tableaux rejoignirent les réserves du château de Versailles ou furent placés en dépôt dans différents musées nationaux, comme le musée de l’Armée ou le château de Compiègne. Reproduits en gravure, ces tableaux continuèrent d’illustrer les manuels scolaires de nombreux écoliers, s’inscrivant ainsi dans la mémoire collective.
Étienne Chilot,
historien et éditeur
1 Parmi les peintres les plus connus figurent Émile Signol (1804-1892) et Carl von Steuben (1788-1856).
2 Ce fameux portrait du roi François Ier datant du milieu du XVIe siècle est aujourd’hui conservé au musée du Louvre.
3 Pierre de Nolhac, La Résurrection de Versailles : souvenirs d’un conservateur (1887-1920), Paris, éd. Perrin, avec le soutien de la Société des Amis de Versailles, 2002, p. 35.
4 Ibid., p. 38-39.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n°27 (octobre 2025 – mars 2026).
À LIRE
Étienne Chilot, La Galerie des rois de France au château de Versailles, Versailles / Blois, coéd. château de Versailles / éd. Le Charmoiset, 2025.