magazine du château de versailles

Amitié mécène

La Société des Amis de Versailles apporte un soutien
de plus en plus important au château, chacun de ses membres
participant selon ses moyens et ses goûts.

Les Amis en visite dans les jardins. © Thomas Bellanger

Vous êtes arrivé à la tête de la Société des Amis de Versailles il y a exactement trois ans, en avril 2023. Quelles ont été vos priorités ?

Jérôme Plouseau La Société des Amis de Versailles offre toutes sortes d’opportunités d’explorer le château, mais je souhaitais réaffirmer notre vocation de mécène. Nous avons mobilisé nos membres sur des projets parfois modestes, parfois plus importants. Et les résultats sont là : en 2025, les dons reçus ont augmenté de 60 % par rapport à 2024.
Nous avons également cherché à impliquer nos membres en nous appuyant sur les goûts de chacun, à travers la création de cinq cercles thématiques : jardins et fontaines ; meubles et objets d’art ; céramique ; arts graphiques ; Louis XVI, Marie-Antoinette et la Révolution.

Combien de membres l’association compte-t-elle aujourd’hui ?

J. P. Fin 2025, nous réunissions cinq mille quatre cents membres, une progression qui traduit la mission que se donne la Société des Amis : signifier l’attachement croissant des Français au château de Versailles et, plus largement, au patrimoine. Nos membres sont d’une grande diversité, et chacun a une raison de s’impliquer qui lui est propre. Certains fréquentent l’association de manière ponctuelle, d’autres restent extraordinairement fidèles, comme Édouard de Royere qui, depuis 1990, a permis l’acquisition de plus de vingt meubles et objets remarquables. Beaucoup font preuve d’enthousiasme à agir pour Versailles. Nous le constatons, par exemple, lorsque nous lançons une collecte…

Pots à jus du service « à rubans bleu céleste » de Madame Du Barry, acquis en 1992 grâce au don d’Édouard de Royère par l’intermédiaire de la Société des Amis de Versailles. © EPV / Franck Raux

Ces dernières années ont vu la participation nouvelle des jeunes (moins de trente-cinq ans). De quelle manière ?

J. P. Les jeunes apportent beaucoup de fraîcheur et de gaieté, notamment grâce aux médiations qu’ils prennent en charge lors de nos soirées de visites : ils se postent au long du parcours et en commentent les œuvres principales. Étudiants ou en début d’activité professionnelle, ils ne sont pas forcément historiens de l’art, mais ils parlent avec leur cœur et insufflent une véritable énergie à ces moments de découverte.
Ils organisent aussi entièrement notre activité de Noël, dont le bénéfice est affecté à un projet de mécénat en faveur du château. Les jeunes n’ont souvent pas beaucoup de moyens financiers, mais ils ont du temps, du dynamisme et des idées !

Vous sollicitez aussi des amis de Versailles à l’étranger…

J. P. Les American Friends of Versailles ont contribué à des projets de mécénat tout à fait significatifs, tels que le Pavillon frais, au Petit Trianon, ou la salle des gardes de la Reine. Ils sont venus quelques jours en France début juin pour boucler leur levée de fonds en faveur de la restauration du plafond de Diane. Une grande soirée de gala a été organisée au château. Elle a eu, cette année, une tonalité particulière, avec cet anniversaire consacrant une amitié franco-américaine qui est profondément ancrée dans nos mémoires.
Plus récemment, il y a un an, un autre petit noyau d’amis du château, résidant en Grande-Bretagne, a décidé de s’investir en développant des activités à Londres : c’est le UK Circle, qui devrait bientôt prendre en charge d’autres actions de mécénat.

L’écran de cheminée acquis grâce à la Société des Amis de Versailles et remis à sa place au cœur du château, dans le cabinet d’angle du Roi. © EPV / Christophe Fouin
Datant de 1786, il avait disparu depuis la Révolution et n’est réapparu que récemment lors d’une vente aux enchères. 

Quelles sont les récentes acquisitions dont vous êtes le plus fier ?

J. P. Je suis très heureux de celle du grand plat du service « bleu céleste ». Sa taille inouïe le rend emblématique du niveau d’excellence atteint au XVIIIe siècle par la manufacture de Sèvres. Son histoire est incroyable : cela faisait plus de cinquante ans qu’il était conservé par une famille qui en ignorait complètement la provenance et la valeur ! De même, l’écran de cheminée du cabinet d’angle avait refait surface lors d’une vente aux enchères. L’acquéreur avait confirmé son origine en enlevant sa garniture : dessous, une étiquette indiquait qu’il provenait du « Cabinet intérieur du roi à Versailles ». Il faut se figurer que cet objet se trouvait au plus près du souverain, lorsqu’il travaillait à son bureau !

Et en ce qui concerne les restaurations ?

J. P. Celle des sacristies de la chapelle est remarquable, car elle concerne un ensemble authentique de l’époque de Louis XIV, complètement préservé. Grâce à ces travaux, les amoureux de Versailles peuvent découvrir des espaces qui n’étaient pas visibles, des lieux de vie à l’usage du clergé, associés à l’activité religieuse du château. Ils sont trop connotés pour un mécénat d’entreprise et seule la Société des Amis de Versailles pouvait financer cette restauration. Cela donne beaucoup de sens à notre existence et à notre mission.

Propos recueillis par Lucie Nicolas-Vullierme,
rédactrice en chef des Carnets de Versailles

Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

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