magazine du château de versailles

Microscope d’élite

Un tel instrument, réalisé par Passemant et Caffieri pour le roi, est rarissime : seuls six exemplaires sont répertoriés à ce jour dans le monde. Acquérir l’un d’entre eux est d’autant plus exceptionnel pour le château de Versailles que l’on sait que Louis XV en possédait un
dans ses cabinets particuliers.

Détail du microscope de Louis XV avant nettoyage. © Château de Versailles, Dist. RMN © Christophe Fouin

L’apparition sur le marché de l’art d’un instrument scientifique de premier ordre, tel que le célèbre microscope tripode réalisé sur demande de Louis XV par Claude-Siméon Passemant sous la direction du duc de Chaulnes, est toujours considérée comme un événement majeur. Le 23 novembre 2021, lors d’une vente exceptionnelle de la maison Christie’s à Paris, le château de Versailles a pu faire l’acquisition, par préemption de l’État, de cet objet emblématique des collections personnelles du roi. L’œuvre a été étudiée au Centre de recherche et de restauration des musées de France avant d’être présentée à l’exposition sur Louis XV au château de Versailles.

Microscope tripode, exécuté sur ordre du roi, vers 1750, sous la direction du duc de Chaulnes, par Claude-Siméon Passemant ; bronzes attribués à Jacques et Philippe Caffieri.
Bronze ciselé et doré, acier, acajou, galuchat, lentilles en verre, miroir.
H. 55 cm.
Ancienne collection Jacques Seligmann (1858-1923), puis ancienne collection Germain Seligmann (1893-1978), puis resté dans la famille par descendance. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © Château de Versailles / Christophe Fouin.

Le microscope est constitué d’un corps cylindrique formé de deux tubes insérés l’un dans l’autre : le tube extérieur a conservé son galuchat, d’un poli exceptionnel, le cylindre intérieur est garni de vélin vert doré aux petits fers et contient trois lentilles convexes. Au sommet, un embout, en forme de vase stylisé à godrons, se dévisse pour révéler l’œilleton où positionner l’œil. La mise au point est réalisée en faisant coulisser le tube de corps. L’éclairage de l’échantillon se fait au moyen du miroir concave pivotant fixé sur la terrasse, servant de condensateur de lumière.

Passemant, ingénieur, et Caffieri, bronzier

Très peu d’ingénieurs mécaniciens étaient capables de construire un tel instrument. La fabrication de cette prestigieuse série est due à Claude-Siméon Passemant, devenu « ingénieur du roi pour les ouvrages qui donnent une juste mesure du temps », qui livra les plus beaux instruments scientifiques au souverain. Quant au cylindre du microscope, il repose sur un imposant piédestal en bronze ciselé et doré, formé de trois montants au décor ajouré composés de rinceaux et volutes feuillagés, d’agrafes et de cartouches rocaille attribués à Jacques Caffieri, sans doute en collaboration avec son fils Philippe. Ce type d’objet, à la fois instrument scientifique de haute précision et objet d’art, était particulièrement difficile à coordonner et nécessitait une symbiose parfaite entre le mécanicien et le bronzier, la présence des bronzes n’étant pas seulement décorative, mais assurant la stabilité et la précision nécessaire aux observations scientifiques. Caffieri travaillera de nouveau en collaboration avec Passemant qui lui confiera la réalisation du cabinet de bronze de la célèbre pendule astronomique, livrée en 1754.

Les microscopes au cœur de séances d’observation privées

Alliant, à un degré d’aboutissement remarquable, la plus haute technologie à la perfection artistique, ces microscopes étaient considérés, dès leur création, comme des œuvres exceptionnelles, objets de luxe destinés exclusivement au roi et à une élite scientifique restreinte, tels Albert d’Ailly, duc de Chaulnes, physicien et membre de l’Académie royale des sciences, le duc Alexandre de La Rochefoucauld, le dauphin ou madame de Pompadour. Le coût de fabrication de ces objets dont Dom Noël faisait commerce était considérable : ils étaient vendus, selon le comte d’Angiviller, « à un prix énorme ». Au milieu du XVIIIe siècle, l’engouement mondain pour la science donna lieu à des réunions dans les cabinets privés durant lesquelles l’assistance se livrait à des observations et expériences de physique expérimentale, en particulier avec les microscopes permettant de se pencher sur un monde nouveau et fascinant, celui de l’infiniment petit.

Hélène Delalex,
conservatrice du patrimoine au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Le microscope de Louis XV a été acquis par le château de Versailles
grâce au soutien de L’Oréal.


Microscope tripode du pavillon d’optique
et de physique de la Muette, gravé par Dom Noël, fº 18 recto, dans Instruments
scientifiques, suite de XXI planches, gravées sous la direction de Dom Noël, garde du cabinet royal de physique, représentant
les élévations et coupes de plusieurs télescopes
et microscopes se voyant audit Cabinet a Passy, près de la Meute, Basan et Poignant, [s.d.]. © Château de Versailles / Christophe Fouin.

Les gravures du père Dom Noël

Un microscope tripode identique à celui acquis par le château de Versailles était conservé au pavillon d’optique et de physique de la Muette, placé, de 1759 à 1775, sous la garde du père Dom Noël. Ce dernier fit graver tardivement une série de vingt-et-une planches décrivant les plus beaux instruments de la collection royale, dont trois consacrées au microscope tripode. Par ailleurs, l’étude des inventaires indique que Louis XV en possédait un – le même ou un autre – dans les armoires de son grand cabinet intérieur ou de sa garde-robe au château de Versailles, aux côtés d’autres instruments scientifiques personnels tel le grand cadran solaire inclinant universel à minutes mécanique inventé par Julien Le Roy.


Les microscopes dits « de Louis XV »

Ces microscopes, réalisés durant une courte période de production, vers 1750-1754, sont de deux types : le premier est le microscope tripode, dérivé du microscope à double réflexion, inventé par le fabricant anglais renommé Edmund Culpeper vers 1730. Le deuxième est un microscope à base carrée dit « du duc de Chaulnes », dérivé du modèle inventé par le fabricant anglais John Cuff en 1743, muni notamment d’une invention nouvelle : celle du micromètre à pointes permettant une plus grande précision dans la mesure des objets observés. Seuls dix exemplaires de ce second modèle sont aujourd’hui répertoriés. Leurs coffrets contiennent dans les tiroirs, en plus des différentes lentilles, des cheveux, ailes de mouches et autres puces à observer.


À VOIR

Exposition Louis XV, passions d’un roi
jusqu’au 19 février 2023
Château de Versailles, salles d’Afrique et de Crimée

Horaires : Tous les jours, sauf le lundi, de 9 h à 17h30 (dernière admission à 17 h).

Billets : Accessible avec le billet Passeport, le billet Château, ainsi que pour les bénéficiaires de la gratuité.
Gratuit et illimité avec la carte « 1 an à Versailles ».

Commissariat :
Yves Carlier, conservateur général du patrimoine, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Hélène Delalex, conservatrice du patrimoine, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Scénographie : Martin Michel

© Château de Versailles / Claire Le Meil

Autour de l’exposition

Visites guidées de l’exposition, ainsi que la visite guidée « Chez madame Du Barry, dame de Cour et de cœur » qui mène à son appartement, de nouveau rouvert au public.
Sur réservation par téléphone au 01 30 83 78 00 ou en ligne sur chateauversailles.fr

Visites en famille : Plusieurs activités sont proposées

Un livret-jeu gratuit pour les 6-12 ans, disponible à l’entrée de l’exposition ou sur chateauversailles.fr

Un parcours audio, disponible dans l’audioguide du Château et sur l’application mobile onelink.to/chateau

Cycle d’activités proposé aux 18-30 ans et aux détenteurs du Pass Culture.

Programmation spécifique pour les abonnés « 1 an à Versailles » à découvrir sur chateauversailles.fr/abonnes


À LIRE / À ÉCOUTER

Le catalogue de l’exposition, sous la direction d’Hélène Delalex et Yves Carlier. Château de Versailles / éd. In Fine, 2022, 24 × 30 cm, 496 p., 49 €
Disponible sur boutique-chateauversailles.fr

Une playlist « Louis XV » : Parcourez l’exposition en musique, au rythme du XVIIIe siècle, grâce à cette sélection musicale, disponible gratuitement sur la plateforme d’écoute Deezer.

 

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