magazine du château de versailles

Paisible assemblée

L’exposition Les Animaux du Roi ravive le souvenir de l’un des plus beaux lieux disparus de Versailles : la ménagerie, située à l’extrémité sud du Grand Canal. Pour la première fois depuis sa destruction, lors de la Révolution française, cet ensemble est matérialisé par une reconstitution de son extraordinaire salon.

Vue et perspective du salon de la Ménagerie de Versailles [détail], par Pierre Aveline, XVIIe siècle. Paris, Bibliothèque nationale de France. © Département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France.

Édifiée à partir de 1663 sur les plans de Louis Le Vau, la ménagerie était constituée de deux entités, un petit château avec quatre pavillons en façade et, à l’arrière, un grand dôme octogonal qui lui était rattaché par une galerie. À l’étage de ce pavillon, un vaste salon à huit faces, coiffé d’une coupole avec lanterne, avait été aménagé pour permettre aux visiteurs d’observer les animaux qui vivaient dans les sept cours rayonnant autour du polygone. Cette salle était dotée d’un sol en marbre, d’un faux lambris bas peint en trompe-l’œil et d’une corniche de stuc que le Roi avait désirée assez large pour y disposer des objets de sa collection. Sur les murs blancs étaient accrochés cinquante tableaux peints par Nicasius Bernaerts (Anvers, 1620 – Paris, 1678), entre 1664 et 1668. Aujourd’hui encore injustement méconnu, cet artiste peut être considéré, avec son contemporain et compatriote Pieter Boel (Anvers, 1622 – Paris, 1674), comme le fondateur de l’école française de peinture animalière, brillamment poursuivie par son élève, Alexandre- François Desportes, et Jean-Baptiste Oudry, au XVIIIe siècle.

Vue latérale de la Ménagerie de Versailles, par Pieter Boel et Gérard Scotin, vers 1670. Paris, Bibliothèque nationale de France. © Département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France.

À l’origine de l’école française de peinture animalière
Sur les cinquante peintures, seules vingt-deux nous sont parvenues aujourd’hui, dont plusieurs en mauvais état et qui attendent encore une restauration salutaire. Heureusement, les inventaires des collections royales permettent de connaître le sujet de tous les tableaux et de reconstituer leur disposition d’origine. En entrant dans le salon, le curieux devait être saisi par l’abondance de ce décor qui, selon les mots de Mademoiselle de Scudéry en 1669, devait « préparer à ce qu’on va voir, ou en faire souvenir après l’avoir vu1 ».

Chèvres, boucs, dromadaire, mouton, brebis et paon dans la basse-cour de la Ménagerie de Versailles [détail], par Nicasius Bernaerts, 1664-1668. Alençon, musée des Beaux-Arts et de la Dentelle. © musée des Beaux-Arts et de la Dentelle

Chaque pan de l’octogone offrait, en effet, les représentations des habitants de la cour située dans l’axe. En dessus de- porte, un tableau en frise reproduisait l’enclos visible depuis la fenêtre, dont les animaux les plus caractéristiques bénéficiaient également de portraits individuels accrochés sur les côtés. Chaque modèle était représenté de face, de trois quarts ou de profil dans une attitude calme, le regard souvent tourné vers le spectateur. Nicasius dépeint avec un grand naturalisme leur anatomie, la variété et la subtilité de leur pelage ou de leur plumage, tout en révélant un peu leur tempérament. Ces images reprennent les codes classiques du portrait animalier, notamment des recueils dessinés ou gravés qui se sont développés au cours de la Renaissance. Héritier des cabinets de curiosités, le salon de la ménagerie offrait cependant une ordonnance bien plus cohérente et ordonnée qui illustrait les ambitions scientifiques du Grand Siècle. Plusieurs animaux peints par Nicasius furent ensuite disséqués à l’Académie royale des sciences fondée en 1666, notamment par Claude Perrault.

Poules et coqs de diverses espèces dans la Cour des belles poules de la Ménagerie de Versailles [détail], par Nicasius Bernaerts, 1664-1668. Paris,
musée du Louvre. © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/ Stéphane Maréchalle.

Oiseaux, rongeurs et ruminants
Achevées en 1668, ces toiles représentent principalement des oiseaux, plusieurs petits rongeurs et quelques ruminants domestiques et sauvages, locaux et exotiques, qui furent les premiers hôtes des enclos versaillais. À cette époque, ils étaient encore peu nombreux et variés, car c’est seulement à partir de 1668-1669 que Colbert se tourna vers des contrées plus lointaines, faisant venir des flamands roses ou des poules sultanes. Si le choix des espèces fut en partie aléatoire, dû au hasard des achats et à la capacité de survie des spécimens exotiques, prédominent toutefois des animaux décoratifs et peu violents. C’est pourquoi on a parfois opposé cette ménagerie aux plus anciennes, qui rassemblaient des bêtes sauvages destinées aux spectacles de combat. Selon Peter Sahlins2, Louis XIV aurait souhaité pour Versailles une paisible assemblée d’oiseaux et d’animaux distingués pour leur calme, leur grâce et leur beauté. La ménagerie serait « une métaphore et un modèle pour la société de cour », incarnant une nouvelle étape du « processus de civilisation » décrit par le sociologue Norbert Elias. Les tableaux du salon auraient ainsi constitué un miroir idéal des lieux, avec la mise en scène pacifique des différentes espèces en présence dont les portraits, très réservés, créaient une atmosphère sereine et presque silencieuse, sans doute bien loin de la cacophonie de la réalité.

Vincent Delieuvin,
conservateur en chef au département des Peintures du musée du Louvre

1 Madeleine de Scudéry, La Promenade de Versailles, Paris, 1669, p. 94-95.
2 Peter Sahlins, « The Royal Menageries of Louis XIV and the Civilizing Process Revisited », French Historical Studies, XXXV, nº 2, 2012, p. 237-267.


Trois chiens devant une antilope, par Jean-Baptiste Oudry, 1745. Irlande, Russborough House, Collection Sir Alfred Beit Foundation. © Irlande, Russborough House / © Alfred Beit Foundation.

L’exposition Les Animaux du Roi, vaste bestiaire

Il faut imaginer le château et ses jardins peuplés de milliers d’animaux. Ceux de compagnie se comptaient par dizaines dans les appartements des princes et jusqu’aux antichambres des rois, encombrées de niches. Braques, épagneuls, carlins, les chiens étaient les premiers compagnons des habitants du palais. Plus de trois cents logeaient dans le grand chenil pour la chasse. L’intérêt pour les chats a plutôt commencé avec Louis XV qui installa un carreau de velours rouge pour Brillant, son chat angora blanc, sur la cheminée du cabinet du Conseil. Quant aux perroquets, on n’omettait pas de les représenter dans de nombreux portraits d’enfants. Sans oublier les deux mille chevaux logés dans les écuries et des animaux plus rares réunis à la ménagerie, comme l’éléphante offerte par le roi du Portugal à Louis XIV et qui vécut treize ans à Versailles.
L’exposition Les Animaux du Roi fait revivre ce fantastique bestiaire à travers peintures, sculptures, tapisseries, porcelaines et autres objets issus d’une cinquantaine de collections françaises et internationales (musée du Louvre, Museum d’Histoire naturelle, musée de la Chasse et de la Nature, musée des Offices de Florence, Musée d’histoire naturelle de l’Université de Pavie, etc.). Elle propose, pour la première fois, une évocation du bosquet du Labyrinthe, démantelé en 1775, à travers les animaux en plomb illustrant les fables d’Ésope qui ont pu être conservés.

L’exposition bénéficie du mécénat de Free – Groupe iliad
et du soutien de Van Cleef & Arpels.


À VOIR

Exposition Les Animaux du Roi
Jusqu’au 13 février 2022
Château de Versailles
Salles d’Afrique et de Crimée

Horaires : Tous les jours, sauf le lundi : 9h-17h30 (dernière admission à 17h).

Billets : Accessible avec le billet Passeport, le billet Château, ainsi que pour les bénéficiaires
de la gratuité.
Réservation horaire obligatoire.

Gratuit et illimité avec la carte « 1 an à Versailles ».

COMMISSARIAT

Alexandre Maral, conservateur général au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, en charge des sculptures, directeur du Centre de Recherche du château de Versailles
Nicolas Milovanovic, conservateur en chef au musée du Louvre, responsable des peintures françaises du XVIIe siècle

Scénographie : Guicciardini & Magni Architetti

AUTOUR DE L’EXPOSITION

Visites guidées de l’exposition
Sur réservation par téléphone au 01 30 83 78 00 ou en ligne sur chateauversailles.fr

Visites en famille
Plusieurs activités pour les familles sont proposées.

Deux parcours audio, adultes et enfants, à télécharger gratuitement sur l’application mobile : onelink.to/chateau

Programmation spécifique pour les abonnés « 1 an à Versailles »

À LIRE / À ÉCOUTER

Le catalogue de l’exposition
Coédition château de Versailles /
éditions Liénart. 464 p., 23 × 29 cm.
Prix : 49 €.
Disponible sur boutique-chateauversailles.fr

Un livret-jeu gratuit pour les 8-12 ans, conçu en partenariat avec Paris Mômes disponible sur chateauversailles.fr

Un album audio, Les Animaux de Versailles, disponible sur lunii.fr

Un podcast enfant, Pas de flan pour l’éléphant, accessible gratuitement sur chateauversailles.fr

 

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