magazine du château de versailles

Geste sculptée
à la Petite Écurie

Un silencieux ballet s’exécute dans la galerie des Sculptures et des Moulages, à quelques minutes à pied du château de Versailles : près d’un millier d’œuvres – statues, termes, vases, bas-reliefs et éléments architecturaux – se succèdent en une époustouflante chorégraphie de marbre et de gypse.

… © EPV / Thomas Garnier

Des cent quatre-vingt-quatre stalles qui occupaient originellement les lieux, il ne demeure aujourd’hui nulle trace. La Petite Écurie du Roi, érigée tout comme sa jumelle, la Grande Écurie, par Jules Hardouin-Mansart, a depuis longtemps troqué les chevaux d’attelage et les voitures de la Cour contre des hôtes d’une tout autre nature : depuis les années 1970, héros mythologiques, allégories et vestiges de monuments antiques ont trouvé dans cet édifice un refuge idéal.

Les sculptures originales rapatriées des jardins du Château pour être à l’abri de la Petite Ecurie. © EPV / Thomas Garnier

Outre une soixantaine de marbres originaux provenant des jardins du château de Versailles, on peut y admirer plusieurs centaines de tirages en plâtre de la Gypsothèque du musée du Louvre, complétées par les collections de l’École des beaux-arts de Paris et de l’Institut d’art et d’archéologie de la Sorbonne.

Des jardins de Versailles à la Petite Écurie du Roi

Moulage du groupe montrant Cyparisse et son cerf, exécuté en 1687 par Anselme Flamen d’après un modèle de Girardon.
Le mouleur dégage la réplique en plâtre qui a rejoint le Tapis vert, dans les jardins du Château, tandis que l’original est resté à la Petite Écurie. © EPV / Thomas Garnier

Dès le seuil, une silhouette imposante accueille solennellement le visiteur : c’est le terme de Cérès, déesse de la terre cultivée, qui porte à son bras gauche une gerbe de blé épanouie. Derrière elle, on devine une foule pressée d’être vue, et que trahissent quelques détails figés dans la lumière : là, un bras tendu vers le ciel en un geste de supplication ; plus loin, le plumet conquérant d’un casque de guerrier ; là encore, un tourbillon d’étoffes au drapé subtil…
On s’approche, on s’émerveille. Bientôt, la mémoire s’en mêle : ce berger représenté avec son cerf, n’est-ce pas Cyparisse qu’on peut admirer dans l’allée Royale ? Et cette jeune femme au port altier qui tient entre ses mains une délicate couronne de fleurs, n’est-ce pas Flore, exposée sur la demi-lune du bassin d’Apollon ?
De fait, la galerie axiale de cette présentation concentre une partie des sculptures originales en marbre ornant allées, bosquets et fontaines du château de Versailles. Ce patrimoine précieux et fragile, longtemps soumis aux intempéries, à la pollution et aux fantaisies de quelques esprits malveillants, fait aujourd’hui l’objet d’un important programme de sauvegarde : depuis 2008, une sélection de chefs-d’œuvre a été progressivement placée ici, en réserve, pour être étudiée, restaurée par les équipes du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) dont une antenne est établie à la Petite Écurie depuis 1999, puis remplacée dans les jardins par des répliques faites de résine et de poudre de marbre.

Tout un pan de l’histoire de l’art inspiré de l’Antiquité

D’épisodes mythologiques en allusions galantes, le visiteur progresse ainsi parmi des chefs-d’œuvre, embrassant d’un seul regard l’obsession du XVIIe siècle pour les arts et la littérature de l’Antiquité. Une obsession qui a façonné tout un pan de l’histoire de l’art : faire de Versailles une nouvelle Rome, cité des grands empereurs, est au cœur du programme hégémonique de Louis XIV qui, dès le début de son règne, rassembla copies et répliques d’œuvres romaines afin d’en peupler ses jardins. Plusieurs collections de moulages virent ainsi le jour à l’académie royale de Peinture et de Sculpture, où la copie d’après l’antique représentait l’épreuve du feu pour les étudiants.

© EPV / Didier Saulnier.

Les cinq mille tirages en plâtre qui constituent le fonds global des collections de la Gypsothèque du musée du Louvre renvoient un autre reflet de cette passion pour l’antique. Sous la coupole de la Petite Écurie, c’est le fleuron du département d’antiquités grecques, étrusques et romaines qui se donne à voir : la reconstitution d’un angle du Parthénon rivalise de hauteur avec un ordre du temple des Dioscures. Le premier provient de l’Acropole d’Athènes, le second du Forum romain ; tous deux défient orgueilleusement et l’espace et le temps.

Une création en perpétuelle évolution

Au fil de sa déambulation, le visiteur peut en faire le constat : chacune des sculptures conservées ici est dépositaire d’une multitude d’histoires. S’approcher de l’une d’elles, c’est analyser les strates d’une création en perpétuelle évolution. Les exemples les plus percutants figurent peut-être parmi les œuvres les plus malmenées, comme ce tirage en plâtre d’Hercule Farnèse daté de 1667, exécuté d’après un original romain en marbre, lui-même inspiré d’un bronze grec daté du ive siècle avant J.-C. Victime des émeutes de Mai 68, le héros des Douze Travaux souffre aujourd’hui d’une lacune : l’armature de sa jambe gauche, mise à nu, lui confère la silhouette d’un invalide de guerre. Mais c’est désormais à l’Histoire qu’appartient cette blessure.
Le domaine de Versailles a ceci de particulier qu’il nous invite, à chaque pas, à côtoyer ses fantômes : un acte de recueillement et d’imagination que la galerie des Sculptures et des Moulages, par la secrète beauté des œuvres qu’elle renferme, ne peut qu’exacerber.

Jeanne Mogis

La Galerie des Sculptures et des Moulages au niveau de la rotonde. © EPV / Didier Saulnier.


La Petite Écurie, dépositaire d’un trésor de sculptures

Restauré entre 1970 et 1973 après presque trois siècles de tribulations et d’affectations variées, le bâtiment a conservé sa structure d’origine : trois galeries articulées autour d’une rotonde, un sol pavé de pierre, de hautes fenêtres à croisées tamisant la lumière du jour, subtilement relevée par les briques d’un rouge feu qui composent les voûtes. C’est le décor idéal pour ces merveilles ponctuellement accessibles au public.


À VOIR

La galerie des Sculptures et des Moulages
Petite Écurie du roi, tous les week-end, de 12h30 à 18h30 (dernière admission à 17h45).

  • Entrée gratuite sans réservation
  • Visite libre : les deux parcours audioguidés sont disponibles sur l’application mobile (téléchargeable gratuitement)

 

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