Chapelle royale :
place à la lumière blanche

Tout juste restaurées, les grandes fenêtres de la Chapelle royale témoignent d’un moment particulier de l’histoire des vitrages : celui où l’on s’essayait à la transparence.

C'est une lumière naturelle qui rentre dans la nef de la Chapelle royale. © château de Versailles / Thomas Garnier.

Le verre, ça se brise facilement et l’on s’en rend compte tout de suite : les courants d’air et les infiltrations d’eau ont vite fait de se faire sentir et l’on est bien obligé de s’en préoccuper rapidement. Cela explique la quantité de réparations qui font des verrières de la Chapelle royale - comme c’est le cas pour de nombreuses églises - de véritables patchworks où se trouvent assemblés des panneaux datant du XVIIIe , du XIXe et du du XXe siècles.

Examen des vitraux par les hommes de Vitrail France. © château de Versailles / Didier Saulnier.

Les hommes de l’Atelier Vitrail France, chargés de leur restauration, n’ont pas eu de mal à les différencier. Leur directeur, Emmanuel Putanier, en parle avec passion, notamment des bordures peintes, rehaussées d’émaux et de jaune d’argent, qui ornent leur périphérie. De son œil exercé, il pointe les petites imperfections des panneaux qui remontent au tout début du XVIIIe siècle. La légère instabilité dûe à des techniques anciennes donne une vie particulière à ces vitraux. « C’est ce qui en fait toute la beauté, une dextérité qui touche par sa spontanéité. Le geste était sûr, mais plus libre qu’au XIXe siècle où tout était maîtrisé au millimètre près », précise le directeur de Vitrail France dont la mission, dans le cadre de cette restauration, était claire : préserver le moindre élément qui faisait partie de l’histoire du monument et pouvait continuer de servir, quel que soit son âge.

Restauration des vitraux des baies de la Chapelle royale dans les ateliers de Vitrail France. © château de Versailles / Thomas Garnier.

Retrouver le jaune des vitraux d’origine

Les récapitulatifs de fournitures établis à l’époque du chantier « apportent une parfaite connaissance de l’état d’origine des vitraux de la Chapelle, de leurs dimensions et dispositions, baie par baie », est-il précisé dans l’étude de diagnostic réalisée en vue de la restauration . Dans ces vitraux domine la couleur jaune, signe distinctif d’une période de transition où la peinture sur verre était en train de tomber en désuétude. Or, cette couleur s’avère extrêmement difficile à restituer aujourd’hui. Les normes actuelles en ont exclu certains composants dont elles ont identifié la nocivité. Pour restituer cette tonalité bien particulière, l’Atelier Vitrail France s’est adonné à de nombreuses expériences, variant les supports, modulant la température, déclinant les proportions de sels d’argent et de cuivre avec le chlorure ou le sulfure. Il fallait en même temps garder à l’esprit le jaune plus caramel des panneaux du XIXe siècle avec lequel il s’agissait de rester en harmonie : toute une question de dosages auxquels ces peintres verriers du XXIe siècle sont rompus.

Restauration des vitraux des baies de la Chapelle royale dans les ateliers de Vitrail France. © château de Versailles / Thomas Garnier.

À l’échelle de la surface totale des verrières, qui rassemblent plus de 1790 panneaux, rares sont néanmoins les vestiges d’origine, nombreux les remplacements ultérieurs et les réparations. Certaines parties nécessitaient d’être entièrement refaites et l’ont été par l’entreprise Saint-Gobain, héritière de la manufacture royale des Glaces qui avait ouvert la voie, sur ordre de Louis XIV, à la fabrication industrielle du verre.

Vue d'une verrière de la Chapelle royale lors du chantier de restauration. © château de Versailles / Didier Saulnier.

Une nouveauté : les verres transparents

Les hautes baies cintrées de la Chapelle royale illustrent un moment clé de l’histoire du vitrage, quand se manifeste le désir de laisser entrer la lumière naturelle dans les églises. Les vitraux dont les couleurs chatoyantes paraient auparavant la lumière ont perdu de leur attrait : on cherche, en ce début du XVIIIe siècle, à maîtriser la transparence. Mais, au moindre excès de potassium, celle-ci vire au jaunâtre, au bleuâtre ou au verdâtre. À travers les différents types de verre blanc qu’elle conserve (verre soufflé ou coulé, verre à vitres ou glaces blanches ), la Chapelle royale témoigne de ces recherches menées par la manufacture des Glaces. Terminée en 1710, elle correspond à cette époque de pleine mutation technologique où elle se distingue par la performance réalisée, notamment au niveau de la taille des panneaux.

Autre particularité de ces verrières : l’utilisation du métal pour les maintenir en place. Jusque-là, les hommes de l’art avaient coutume de cerner leurs vitraux de plomb. « Ce matériau fait preuve d’une grande souplesse et encaisse les mouvements de structure comme un coussin pour le verre. C’est grâce à lui qu’ont résisté les magnifiques rosaces du XIIe et XIIIe siècles de nos cathédrales », rappelle Emmanuel Putanier. À la Chapelle royale, les panneaux de verre sont ceinturés d’une structure métallique tout à fait originale, mais plus rigide. Des fragments de toiles de jute ont d’ailleurs été retrouvés autour des glaces : ils étaient destinés à amortir les chocs.

Installation des vitraux dans la structure métallique des baies. © château de Versailles / Didier Saulnier.

Globalement, les verrières de la Chapelle royale ont néanmoins bien supporté le passage du temps. Elles semblent avoir bénéficié en permanence d’un entretien précautionneux. Fait remarquable, des stocks de pièces ont été prévus dès l’origine en prévision des casses. C’est ce que laisse entendre, dans son traité sur L’Art de la peinture sur verre et de la vitrerie, Pierre Le Vieil, fils de Guillaume qui réalisa lui-même une partie des décors peints de ces magnifiques verrières.

Lucie Nicolas-Vullierme,
rédactrice en chef des Carnets de Versailles


Réinstallation des vitraux dans leur baie d'origine. © château de Versailles / Didier Saulnier.

Des verrières uniques en leur genre

Les 46 verrières de la Chapelle royale suivent trois modèles différents selon les niveaux qu’elles occupent :

  • Au rez-de-chaussée, les panneaux sont constitués de neuf volumes de verre blanc entourés d’une bordure peinte.
  • Ceux de l’étage s’élèvent sur une très grande hauteur qui correspond à dix-huit volumes de verre blanc entourés également d’une bordure peinte qu’enserre une double armature métallique. Celle-ci se déploie en partie supérieure selon huit volumes de verre et un médaillon central où est peint le monogramme de Louis XIV.
  • Ceux de l’attique, selon un dispositif similaire, mais plus réduit, comporte un médaillon aux armes de France.

 

 


À LIRE

- A. Maral, La Chapelle royale de Versailles ; le dernier grand chantier de Louis XIV, éd. Arthena, 2011.

- M. Hamon, « La Manufacture royale et Versailles aux XVIIe et XVIIIe siècles », Versalia, 2017, nº20, p. 135-156.

- M. Hamon, « Le verre – savoirs et usages en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles », et autres chapitres dans Versailles – Savoir-faire et matériaux, Hugues Jacquet (dir.), Château de Versailles / éd. Actes Sud, 2019, p. 330. 22 × 28 cm, 448 pages, 65 € TTC.


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