Trois questions à Alexandre Piquion

Chef d’orchestre et chef de chœur, Alexandre Piquion s’est lancé il y a trois ans dans une aventure particulière : diriger l’orchestre Démos Yvelines, un projet qui fait le pari de l’apprentissage de la pratique collective musicale comme chemin d’intégration sociale. Cette expérience est autant une découverte pour lui, que pour les jeunes de l’orchestre.

Concert du 15 juin 2018, avec l'orchestre Démos Yvelines à l'Orangerie du château de Versailles © Château de Versailles / Didier Saulnier

Selon vous, quel est le plus grand pari et le plus grand apport de Démos pour ces jeunes ?

Démos Yvelines, ce sont cent quinze enfants qui découvrent la pratique collective musicale en dehors des chemins classiques de l’apprentissage de la musique. Le projet Démos, chapeauté par la Philharmonie de Paris, s’étend à tout le territoire. C’est une expérimentation de ce que la pratique collective musicale amène en termes de socialisation. Elle favorise la rencontre avec les autres élèves, avec les musiciens professionnels et les médiateurs qui les encadrent, avec un chef d’orchestre. Pendant ces trois ans, les enfants sont sollicités par la danse, le chant et la pratique instrumentale. Tout est expérience. J’ai pu voir combien ces jeunes assimilent très vite la nouveauté ! Et quel plaisir ils manifestent dans toutes ces découvertes.

Quel enseignement essentiel souhaitez-vous leur transmettre ?

À leur contact, j’ai pu construire quelques principes clés pour les accompagner dans leur apprentissage. D’abord, j’ai pu leur dire que l’orchestre est l’un des seuls endroits au monde où il est fortement recommandé de copier sur son voisin. Parce que l’on ne fait rien sans écouter l’autre. Ensuite, j’ai voulu leur faire sentir ce que c’est que de « faire orchestre ». En orchestre, on « fait ensemble » et pas « avec ». Je suis aujourd’hui heureux de dire que si la performance de l’orchestre Démos n’est pas comparable à celle d’un orchestre classique, lorsque l’on joue, ça « sonne » vraiment. On parvient à une vraie unité.

Vous êtes professeur au Conservatoire de Paris pour de jeunes chefs d’orchestre et chanteurs. Un public très différent des jeunes de Démos...

Effectivement, mon expérience en tant que professeur au Conservatoire de Paris et avec les jeunes de Démos est très distincte. Il faut inventer sans cesse des astuces pour expliquer, rendre sensible les clés d’une pratique à laquelle ils accèdent sans en connaître les codes. Par exemple, les enfants n’apprennent à lire la musique qu’à la fin de la deuxième année de pratique musicale au sein de Démos. Est-ce une révolution dans le système d’apprentissage de la musique ? Ce projet me questionne car il fait s’interroger sur la manière dont on enseigne et apprend la musique en Occident. Qu’en feront ces jeunes, une fois le projet terminé ? Est-ce que Démos aura mis la musique, aussi savante soit-elle, au cœur de leur vie ?

Propos recueillis par Clotilde Nouailhat.

Concert du 15 juin 2018, avec l'orchestre Démos Yvelines à l'Orangerie du château de Versailles © Château de Versailles / Didier Saulnier

Concert du 15 juin 2018, avec l'orchestre Démos Yvelines à l'Orangerie du château de Versailles © Château de Versailles / Didier Saulnier

 


Clap final

C’est la troisième et dernière année du cycle du programme Démos, piloté par la Philharmonie de Paris. En France, près de 3 000 enfants de 7 à 14 ans y participent . Cette initiative ouvre à des jeunes éloignés de la culture un accès à la musique classique et à une formation orchestrale. Le château de Versailles, partenaire de l’orchestre Démos Yvelines depuis sa création en 2016, accueillera les enfants le 29 mai à l’Opéra royal, pour un concert donné devant leurs familles.