Louis-Philippe
à sa juste place

Les salles Louis-Philippe contre celles de Louis XIV ? L’exposition consacrée au « roi bourgeois » a permis de saisir enfin la belle cohérence de ces espaces qui racontent celle d’une histoire au long cours.

Frédéric Nepveu, Coupe sur la largeur de l'Opéra, aile du Nord. © Château de Versailles/EPV.

L’exposition «Louis-Philippe et Versailles » a été l’occasion pour le Château d’ouvrir en grand les portes de tous les aménagements qui nous restent de l’ambitieux projet du Roi des Français, ces « Galeries historiques », inaugurées en grande pompe en juin 1837. Il est d’usage, particulièrement depuis les travaux de Pierre de Nolhac à la fin du XIXe siècle, d’opposer le palais de Louis XIV et de ses successeurs au musée historique de leur cousin « usurpateur », de déplorer cette transformation d’un lieu de vie à l’histoire prestigieuse en un lieu de pédagogie qui serait le réceptacle d’un art officiel des plus pompiers… Force est de constater que l’on peut aujourd’hui porter un autre regard sur cette confrontation, voire d’observer qu’il y a une forme de continuité entre les deux desseins. Pour ce faire, il faut expérimenter par soi-même, dans les lieux, l’étonnant circuit qui est offert à la visite et à la contemplation.

Après les salles des Croisades au rez-de-chaussée de l’aile du Nord - plongée dans un Moyen Âge rêvé et profondément spirituel - il faut découvrir les salles d’Afrique qui en sont le pendant moderne, pleinement intégrées au propos de l’exposition, et où est contée la geste des fils du Roi des Français, puis se lancer dans les Grands appartements, où tout proclame la gloire du Grand Roi.

Après une forme de pause dans les premières pièces de l’appartement intérieur du Roi, l’on est amené à traverser la salle du Sacre, où l’on retrouve la gloire incarnée, cette fois, par Napoléon, avant d’enchaîner sur la salle de 1792, la galerie des Batailles et la salle de 1830, pour terminer enfin par les salles du Consulat et de l’Empire, au rez-de-chaussée de l’aile du Midi.

C’est là un immense circuit historique, la première et l’une des plus impressionnantes manifestations du « roman national » dont Louis XIV occupe le centre, Napoléon une belle part, et que Louis-Philippe encadre et semble prolonger d’une manière très naturelle. Pour une fois, il semble qu’il n’y ait plus de discordance entre la résidence royale et le musée, mais une vraie continuité, voire même une complémentarité qui remet le projet réconciliateur de Louis-Philippe à sa juste place. Faites-en l’expérience, et votre regard sur Versailles en sera peut-être changé à jamais !

 

Frédéric Lacaille,

Conservateur au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.