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Versailles réunit les plus grands spécialistes de la conservation préventive

Venus d’Europe, du Canada, des États-Unis, du Brésil ou du Japon, 150 professionnels des musées se sont réunis au château de Versailles à l’occasion d’un colloque international consacré à la conservation préventive. Cet événement a posé les jalons d’une nouvelle méthode de préservation des collections, dans le cadre très spécifique des demeures historiques.

Dans l’auditorium du château de Versailles © Château de Versailles / Didier Saulnier

Fin novembre dernier, des professionnels venus de 16 pays différents avaient rendez-vous dans le nouvel auditorium du château de Versailles conçu par Dominique Perrault. Pendant trois jours, ces spécialistes de la conservation préventive ont partagé leurs études, observations et tests, menés dans ce domaine que le conseil international des musée définit comme « l’ensemble des mesures et actions ayant pour objectif d’éviter et de minimiser les détériorations ou pertes à venir ».

Le colloque venait conclure la première phase du programme de recherche European Protocol In preventive Conservation (EPICO), développé par le château de Versailles et son Centre de recherche (CRCV), en collaboration avec le château de Wilanów, situé près de Varsovie, et le centre de conservation de la Venaria Reale de Turin. Ces partenaires comptent sur l’appui de l’association des résidences royales européennes (ARRE), qui regroupe vingt-cinq châteaux européens, pour la diffusion de l’événement.

Inauguré en décembre 2014, le programme EPICO a pour objectif de développer les stratégies de conservation préventive pour les adapter aux collections exposées dans les demeures historiques qui présentent des conditions de conservation et de présentation au public distinctes de celles des musées « classiques », avec des contraintes bien spécifiques. Parce qu’elle se nourrit de réflexions mûries sur le terrain et du travail de régie des collections, l’approche adoptée se définit comme « systémique et transférable à d’autres demeures historiques ouvertes au public » (site internet du CRCV). C’est-à-dire qu’elle veut prendre en compte les œuvres et leur environnement, dans leur interaction réciproque, en faisant en sorte que cette méthodologie s’adapte à différents châteaux-musées, indépendamment des variables que peuvent constituer la dimension ou la fréquentation des sites.

Le colloque a permis de revenir sur les trois premières années du programme pendant lesquelles une équipe interdisciplinaire composée de 15 personnes travaillant au château de Versailles, avec la collaboration du château de Wilanów et du centre de conservation de la Venaria Reale, ont cherché à élaborer un outil leur permettant de construire une vision globale de l’état et des conditions de conservation des collections. Pendant ces trois ans, ils se sont consacrés au recensement, dans la littérature scientifique et sur le terrain – parmi les pratiques mises en œuvre dans les musées, bibliothèques et réserves –, de 21 méthodes d’évaluation des conditions de conservation du site et de ses collections.

Les équipes ont alors analysé l’ensemble des méthodes recensées en comparant leur efficacité et leur adaptabilité en fonction du contexte propre à chaque site, et aux différentes pratiques de gestion des collections. Parmi elles, quatre méthodes ont été retenues pour être appliquées à l’occasion de tests grandeur nature menés sur 40 salles de musées et 700 œuvres des collections de peinture, sculpture, mobilier et objets d’art des institutions partenaires du projet. Le but étant de mettre au point, à partir des points forts de ces méthodes d’évaluation, un nouveau système d’évaluation EPICO qui permette de prioriser les actions correctives à mener, pour éviter les interventions au coup par coup sur les œuvres, les décors et l’enveloppe architecturale des sites.

« Ce colloque international a marqué un point d’étape important dans la discipline de la conservation préventive des demeures historiques », se réjouit Danilo Forleo, responsable du programme et chargé de la conservation préventive au château de Versailles. « Deux aspects novateurs marquent notre recherche par rapport aux méthodes traditionnelles : premièrement, le lien entre cause et effet est recherché à travers l’observation des altérations sur les collections et deuxièmement, l’utilisation d’un système statistique est faite pour appréhender l’état de l’ensemble de la collection d’une vaste demeure à partir d’un échantillon ».

Constat d’état, Pavillon de chasse de Stupinigi, Italie © Château de Versailles

Constat d’état, appartements du Dauphin et de la Dauphine, Château de Versailles © Château de Versailles

Outre la démonstration de la spécificité de la méthode EPICO vis-à-vis des écoles existantes, l’un des grands intérêts du colloque était de présenter, à travers la diversité des sites, la manière dont elle pouvait être appliquée dans la gestion ordinaire des collections, et comment les sciences dites dures pouvaient servir à l’identification des phénomènes d’altération des œuvres et des collections. Et ce, dans des contextes où les facteurs d’agression naturels et humains étaient très différents selon les latitudes, allant du risque d’infestation de termites du palais de Ruij Barbosa, au Brésil, au très fort taux d’humidité dégagée par le flux de touristes au château de Neuschwanstein, en Allemagne.

Avec ce colloque organisé à Versailles, les équipes du Château ont pu mesurer l’intérêt que la communauté scientifique internationale a porté à leur programme de recherche. « Les nombreuses propositions de collaboration que nous avons reçues montrent aussi le succès de ces recherches et du partage de nos réflexions », souligne Danilo Forleo. Château de Schönbrunn, palais présidentiel au Portugal, CNRS, bureau de la conservation du patrimoine et mobilier et instrumental du ministère de la Culture, château de Maintenon… sont autant d’institutions qui souhaiteraient participer à l’avancée du programme EPICO dont la deuxième phase sera lancée en ce début d’année 2018. Conduite jusqu’en 2020, elle permettra d’affiner et d’expérimenter la nouvelle méthode EPICO, et de la publier dans un manuel qui devrait constituer, bientôt, une référence pour de nombreuses institutions à travers le monde.

Clotilde Nouailhat

 


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