Le nécessaire d’une reine

Huit pièces provenant d’un service à thé et à chocolat exceptionnel, offert par le roi de Pologne et visible actuellement dans l’exposition « Visiteurs de Versailles. 1682-1789 », illustrent le goût de Marie Leszczynska pour la porcelaine de Meissen, alors à son apogée.

© Château de Versailles / Christophe Fouin.

Le 13 avril 2017, le château de Versailles a pu acquérir1 huit pièces d’un nécessaire à thé et à chocolat produit par la manufacture de porcelaine de Meissen. Le roi de Pologne et électeur de Saxe, Auguste III, l’avait offert à Marie Leszczynska en mars 1737. Il s’agissait, sans doute, d’apaiser les tensions demeurées encore très vives entre son pays et la France à l’issue de la guerre de Succession de Pologne qui avait écarté du trône le propre père de la Reine.

Toutes ces pièces portent les armes d’alliance de la Reine (armes de France et de Pologne) et sont ornées d’une abondante dorure et de décors variés : Chinois de fantaisie, scènes militaires et maritimes. Elles viennent rejoindre le grand bol à rincer acquis par le château de Versailles en 2014. Le service comprenait à l’origine cinquante-six pièces : douze bols à thé et douze tasses à chocolat, munis de leurs soucoupes, un grand bol à rincer, une chocolatière, un pot à lait, deux théières, un support de théière, une boîte à sucre et une boîte à thé. À la date de l’exécution du nécessaire, la manufacture de porcelaine de Meissen, fondée en 1710, connaissait un véritable apogée. Elle était dirigée par le comte de Brühl, premier ministre de l’électeur de Saxe, ce qui montre quelle place elle occupait dans l’esprit de ce dernier. Le comte de Brühl, grand amateur de porcelaine, y fit d’ailleurs exécuter entre 1736 et 1742, pour son propre usage, le célébrissime service aux cygnes, constitué de plus de deux mille pièces.

Le nécessaire est cité dans l’inventaire qui fut dressé à Versailles peu après la mort de Marie Leszczynska et qui mentionne « l’autre caisse couverte de même basane rouge à compartiments en taffetas bleu, garnie de très belle porcelaine de Saxe… »2. On constate, dans ce document, que la Reine possédait de très nombreuses pièces de porcelaine de Meissen et qu’elle semble avoir eu un goût sincère pour cette production. L’inventaire décrit, en effet, plusieurs paires de flambeaux, notamment dans le boudoir, une vingtaine de figures et de groupes sculptés, une quinzaine de vases d’ornement et de pots-pourris et, dans le cabinet, « une garniture de cheminée composée de 5 vases de porcelaine de Saxe à fleurs, façonnés en mosaïque à fleurs bleues… ».

Une chocolatière, trois bols à thé accompagnés de leurs soucoupes et une soucoupe isolée, qui complètent le grand bol à rincer déjà acquis par le Château en 2014, illustrent le rayonnement de la manufacture de Meissen dans les années 1730. © Château de Versailles / Christophe Fouin.

Dès la fin des années 1720, la production de Meissen avait fait l’objet de cadeaux diplomatiques en direction de différentes cours européennes (Autriche, Danemark, France, Russie, Naples, Venise…). Cette habitude s’est largement poursuivie, comme l’a magnifiquement montré une exposition qui s’est tenue à New York, en 2007 3, où plusieurs pièces du nécessaire étaient présentées.
Il semble toutefois, selon Jeffrey Munger4, que le premier présent destiné à un membre de la famille royale de France ait été justement le nécessaire de Marie Leszczynska. La France devait, à son tour, suivre cet exemple à partir de 1758 : Louis XV envoyait, cette année-là, deux somptueux services en porcelaine de Sèvres à l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche et au roi Frédéric V du Danemark.

 

Marie-Laure de Rochebrune,
Conservateur en chef, département du mobilier et des objets d’art des châteaux de Versailles et de Trianon

 

(1) Vente Christie’s, Paris, lots 163-167.
(2) Pierre de Nolhac, Louis XV et Marie Leczinska, 1928, p. 337.
(3) Fragile Diplomacy / Meissen Porcelain for European Courts, 1710-1763, New York, Bard Graduate Center, 2007.
(4) Op.-cit., p. 155-156.


Le goût raffiné de Marie Leszczynska

Portrait de Marie Leszczynska (1703-1768), par Louis Tocqué (1696-1772), après 1740. © Château de Versailles / Christophe Fouin.

L’achat de ces pièces contribue pleinement à remettre à l’honneur une reine négligée par l’histoire et dans les collections versaillaises. La publication de Pierre de Nolhac avait pourtant bien montré le goût raffiné de Marie Leszczynska, confirmé par l’exposition récente qui s’est tenue à Varsovie en 2013. Le nécessaire témoigne également des enjeux économiques et diplomatiques, considérables, qui se dissimulaient derrière la fabrication de l’or blanc.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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