magazine du château de versailles

Gaston d’Orléans réhabilité

Gaston d’Orléans (1608-1660), frère de Louis XIII et oncle de Louis XIV, est un prince méconnu, déconsidéré par l’Histoire. Le château de Blois a décidé de le réhabiliter à travers une belle exposition où figureront trois grands tableaux conservés au château de Versailles : un portrait, en pied, du prince et deux des cardinaux-ministres, Richelieu et Mazarin, d’après Philippe de Champaigne.

Le château de Versailles prête notamment ce grand tableau (2,24 x 1,60 m.) de Gaston d’Orléans, vêtu à la romaine et tenant un bâton de commandement. Ce portrait allégorique évoque ses victoires contre les Espagnols, en 1644, qui permirent au Roi de reconquérir une partie du Comté de Flandre.

Gaston d’Orléans a longtemps été présenté comme un conspirateur, ourdissant des complots contre la couronne, manipulé par ses proches. Cette vision du personnage, héritage de l’éclatante victoire historiographique du cardinal de Richelieu, mérite d’être largement nuancée. Populaire de son vivant, homme de goût et de culture, chef de guerre, médiateur et négociateur avisé, Gaston d’Orléans a été injustement plongé dans l’ombre de l’Histoire. Frère cadet et jalousé, il est, avant tout, victime de ses idées : celles d’un prince tout entier dressé contre la centralisation du royaume menée d’une main de fer par les deux cardinaux-ministres, Richelieu et Mazarin.

Cette exposition, à Blois, s’attache à réhabiliter le personnage historique qui était également grand mécène et collectionneur. Gaston d’Orléans constitua, en effet, un précieux cabinet de curiosités, composé de la plus importante collection européenne de médailles et d’antiques de l’époque. Dans sa belle bibliothèque, se trouvait notamment l’exceptionnel ensemble de peintures sur vélins qu’il commanda au célèbre miniaturiste Nicolas Robert.

« Jamais règne ne fut plus doux, plus tranquille, ni plus heureux que l’a été le sien ; et, en vérité, de semblables princes devraient naître un peu plus souvent, ou ne point mourir. » Jean de La Fontaine, relation d’un voyage de Paris en Limousin, 3 septembre 1663

Homme éclairé, Gaston élabora pour son château de Blois, un « grand dessein » : il s’adressa à l’architecte François Mansart pour reconstruire l’ensemble du château. Une nouvelle aile classique en fond de cour fut ainsi édifiée en seulement trois ans. Mais les entrepreneurs abandonnèrent brutalement le chantier, en novembre 1638, inquiets de retards de paiement : Gaston n’était désormais plus l’héritier du royaume depuis la naissance du futur Louis XIV. Le chantier du logis neuf resta une coquille vide jusqu’à la transformation du château en caserne, au début du XIXe siècle.

C’est dans la galerie édifiée par Henri IV que Gaston avait installé ses collections d’art, ses antiques et ses tableaux. L’exposition fait le point sur ces trésors dont une partie est présentée, en particulier des vélins reproduisant les quelque 2 000 espèces de plantes cultivées dans le jardin botanique que le prince fit aménager à Blois. Des trésors que Gaston d’Orléans légua, la veille de sa mort, à son neveu, le roi Louis XIV. Le 2 février 1660, il déclara, par testament, faire don à la Couronne « de touttes ses médalles d’or, d’argent et de cuivre, des pierres gravées, des antiques et autres raretez (…) comme aussy de tous ses livres (…) qui sont dans son cabinet du pallais d’Orléans, pour estre le tout, avec quelques boistes de cocquilles fort rares, mis dans le cabinet de sa Majesté du Louvre et servir à son divertissement ».

 

Elisabeth Latrémolière, conservateur en chef du patrimoine et directrice du château et des musées de Blois, commissaire général de l’exposition


INFORMATIONS PRATIQUES

Exposition Gaston d’Orléans, prince rebelle et mécène

Du 1er juillet au 15 octobre 2017

Château royal de Blois

www.chateaudeblois.fr

Ouvert tous les jours, de 9h15 à 19h00. A partir du 1er septembre, de 9h15 à 18h30.

 


Le commissariat scientifique est assuré par Jean-Marie Constant, professeur émérite en Histoire moderne à l’Université du Maine, auteur de l’ouvrage Gaston d’Orléans, prince de la Liberté (Paris, Perrin, 2014).

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