magazine du château de versailles

Tournage
de Marie-Antoinette :
ils y étaient

Durant dix-neuf jours de tournage, le domaine de Versailles se fit décor pour le film de Sofia Coppola : Marie-Antoinette. Ils étaient environ
trois cents à œuvrer dans le plus grand secret. Des personnes travaillant au château se souviennent des coulisses de ce film emblématique qui,
vingt ans après sa sortie, sera célébré par une exposition au Petit Trianon,
avec la participation de Sofia Coppola elle-même,
à partir du 22 septembre.

L’actrice Kirsten Dunst jouant le rôle de Marie-Antoinette lors du tournage. © Andrew Durham

14 mars 2005. Les grilles du château encore endormi s’ouvrent avant le lever du soleil, d’innombrables camions surgissent dans la cour d’honneur, les caméras se préparent, des câbles serpentent sur le parquet des enfilades vidées de leurs visiteurs, des robes à paniers et des perruques poudrées remplissent les zones HMC (Habillage, Maquillage, Coiffure)… Ainsi, dans le silence de la nuit, les techniciens installent déjà lumières et projecteurs, transformant galeries et salons versaillais en plateau de cinéma. « Action ! »


Dominique Avart,
chargé du protocole au château de Versailles

Dominique Avart à l’époque du tournage. © Jeanne Hollande

« Durant presque huit mois en amont du tournage, j’avais régulièrement accueilli Sofia Coppola à Versailles. Elle m’avait posé une multitude de questions, très ciblées, auxquelles j’avais répondu comme si j’avais moi-même vécu à l’époque de Marie-Antoinette ! Pour l’immerger dans la vie de la jeune reine et dans l’histoire des lieux, nous avions fait de nombreux repérages : lorsque son regard balayait les appartements, son œil, telle une caméra, enregistrait le moment afin de l’immortaliser dans une scène future. Perspicace et brillante, elle orchestrait tout avec une précision remarquable. Je suis heureux de m’être très bien entendu avec elle, mais aussi avec Jason Schwartzman, qui jouait Louis XVI, ou encore Fred Berger et tant d’autres. Je garde le souvenir de deux professionnalismes qui se sont rencontrés – celui de Sofia Coppola et ses équipes et celui de Versailles – et grâce auxquels tout a été parfaitement maîtrisé. »


Nadine Pluvieux,
responsable des événements et tournages au château de Versailles en 2005

Nafdine Pluvieux à l’époque du tournage. © Dufour

« Je n’avais jamais vu, au château, un aussi gros tournage d’un point de vue logistique. La cour et la place d’Armes tout entières étaient envahies de camions, cars loges, cantine, barnum… Avec Jeanne (voir ci-dessous), nous faisions pleinement partie de l’aventure et assurions une coordination optimale avec les régisseurs et la production. Les coulisses étaient extravagantes : dans les galeries de pierre, il semblait y avoir une centaine de tables de maquillage et des kilomètres de portants chargés de costumes colorés. Tout était mis en valeur et soigné. La préparation minutieuse des acteurs prenait parfois des heures entières : une nuit, une perruque s’est démontée ; la maquette de bateau qui s’y trouvait perchée – comme on le faisait à l’époque – était tombée ; nous avons dormi sur un banc en attendant qu’elle soit réparée pour tourner. Que de souvenirs insolites ! »


Jeanne Hollande,
responsable actuelle des tournages au château de Versailles

Jeanne Hollande à l’époque du tournage. © DR

« Une fois tout en place, courtisans, chevaux, carrosses et décors faisaient totalement oublier notre époque contemporaine : nous étions plongés au temps de Marie-Antoinette. Tout le monde s’affairait, mais, lorsque Sofia Coppola arrivait sur le plateau, le calme se faisait. Très liée avec ses comédiens et attentive aux moindres détails, elle pouvait laisser libre cours à sa créativité. Autour d’elle gravitaient de nombreuses personnalités qui m’impressionnaient : son père, sa mère qui faisait le making of, mais aussi ses amis venus l’encourager, Pedro Almodóvar, Wes Anderson, Robert Smith… Quand je revois ceux qui ont travaillé sur ce film, tous en parlent avec des étoiles dans les yeux. Il a marqué chacun de nous autant qu’il a marqué l’histoire du cinéma à Versailles. »


Patrick Borgia,
agent de surveillance au château de Versailles

Patrick Borgia à l’époque du tournage. © Jeanne Hollande

« J’étais mobilisé de 3 h du matin à 15 h. J’ouvrais tous les accès au château et assistais au déchargement des semi-remorques remplis à craquer de meubles et décors fabuleux, fidèles au faste versaillais. De hautes bâches étaient déployées pour dissimuler les déplacements de Kirsten Dunst, et les acteurs costumés se cachaient sous des couvertures, ne laissant dépasser que leurs baskets : pas une seule photo du tournage ne devait sortir dans la presse. L’intérieur du château se transformait, pendant que nous assurions la protection des lieux : l’adrénaline donnait le tempo à cette véritable ruche où des dizaines de techniciens s’affairaient de toutes parts. Dans le salon d’Hercule, avaient été ajoutés des rideaux, des bouquets de fleurs, une longue table de banquet recouverte de fausses pâtisseries, mais aussi des meubles, chaises et tapis que l’on pouvait toucher et utiliser comme autrefois… Le château prenait vie sous nos yeux ! Pour cette scène, le salon a bénéficié, de l’aube au coucher du soleil, d’une belle lumière de grand jour grâce à d’immenses projecteurs installés sur deux nacelles érigées devant les fenêtres depuis la cour de la chapelle et le parterre nord. Participer à l’encadrement d’un tournage comme celui-là, pour un passionné de cinéma, c’était une chance inoubliable. »


23 mai 2005. Clap de fin. Le dernier plan est dans la boîte. Les projecteurs s’éteignent, les câbles disparaissent. Le cinéma, invité à Versailles et conscient de pénétrer dans un lieu qui ne lui appartenait pas, se retire discrètement. Dans un respect scrupuleux des lieux, Sofia Coppola et ses équipes s’éclipsent, laissant après leur passage un film contemporain haut en couleur, largement salué et devenu culte.

Camille des Monstiers,
chef de projet éditorial au château de Versailles

Exposition organisée avec le soutien de CARTIER

Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

Scène de tournage dans la Chapelle royale. © Jeanne Hollande


© EPV / Christian Milet

À VOIR

Exposition Marie-Antoinette par Sofia Coppola. 20 ans d’un film culte.
Du 22 septembre 2026 au 24 janvier 2027
PETIT TRIANON

Commissariat : Laurent Salomé
et Hélène Delalex


À SUIVRE

La visite guidée intitulée « Marie-Antoinette de Sofia Coppola ».

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