Depuis la fin du XVIIIe siècle, l’amitié franco-américaine n’a cessé d’être rappelée et commémorée au château. Demain, 4 juillet 2026, marque
le deux cent cinquantième anniversaire de la Déclaration d’indépendance. C’est dans l’appartement du Capitaine des gardes qu’une trentaine d’œuvres illustrent dorénavant les liens particuliers
unissant Versailles aux États-Unis.

Salle de l’Indépendance américaine au Palais de Versailles, par l’agence Meurisse, 1919, Paris, Bibliothèque nationale de France.
Photographie de presse à l’occasion de l’inauguration au château de Versailles, le 25 septembre 1919, de la salle consacrée par Pierre de Nolhac à l’indépendance américaine. © Paris, Bibliothèque nationale de France (BnF) / Département Estampes et photographie
Siège du pouvoir monarchique et épicentre de la diplomatie européenne, le château constitua l’un des théâtres majeurs de la reconnaissance de l’indépendance américaine. En 1778, Louis XVI y reçut officiellement les diplomates Benjamin Franklin, Silas Deane et Arthur Lee : un acte fort et hautement symbolique par lequel il reconnut la souveraineté des treize colonies et engagea la France dans une guerre contre l’Angleterre. Le 3 septembre 1783, la paix y fut signée et la nouvelle République américaine officiellement reconnue par les puissances européennes.
Des œuvres en l’honneur de l’indépendance américaine
Dès 1784, Louis XVI commanda au bronzier Thomire un candélabre célébrant la victoire de Yorktown qui, achevé l’année suivante, fut installé dans le cabinet d’angle de son appartement intérieur. Américanophile, Louis-Philippe inclut la guerre d’Indépendance au projet du musée de l’Histoire de France, commandant à Auguste Couder une représentation de la prise de Yorktown pour la galerie des Batailles et une toile de même sujet à Siméon Fort. Les portraits de plusieurs héros du conflit – La Fayette, Rochambeau, Latouche-Tréville… – furent par ailleurs intégrés au programme de la salle de 1792, soulignant la proximité des idéaux des révolutions américaine et française.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le conservateur Pierre de Nolhac réunit une vingtaine d’œuvres des collections pour créer la toute première salle dévolue à l’indépendance. Situé dans une salle de l’aile nord du château, ce « musée du souvenir1 » était composé de portraits et des représentations de quelques batailles, essentiellement glanés dans les collections. Si la création du musée franco-américain de Blérancourt (1924) contribua à son déclin, la Seconde Guerre mondiale réactiva la nécessité de rendre hommage à l’amitié franco-américaine à Versailles. Aussi une nouvelle salle de l’Indépendance fut-elle inaugurée au sortir du conflit, non plus dans l’aile nord, mais au rez-de-chaussée du corps central, à l’angle de la cour de Marbre.

Expédition de La Salle à la Louisiane, 1684 [détail], par Jean-Antoine-Théodore, baron Gudin, 1839-1844, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
Une exposition en 2016, et bientôt une galerie à part entière
Depuis le démantèlement de cet espace au début des années 1980, la guerre d’Indépendance et la relation franco-américaine n’étaient plus évoquées que par quelques œuvres disséminées dans le parcours de visite. Valérie Bajou en a pourtant réévalué l’importance lors de l’exposition Versailles et l’Indépendance américaine, présentée en 2016 dans la galerie des Batailles. À l’occasion des célébrations du deux cent cinquantième anniversaire de cette séquence historique, il importait de la réintégrer pleinement au discours du château.
Un ensemble de peintures et de sculptures sera ainsi déployé au rez-de-chaussée du corps central, dans l’appartement du Capitaine des gardes, dans l’attente de la création d’une véritable galerie. Celle-ci prendra place, en 2027-2028, dans l’aile des Ministres nord, au sein de l’ancien appartement du comte de Vergennes, secrétaire d’État des Affaires étrangères de Louis XVI et acteur déterminant de l’engagement de la France auprès des insurgents.
Clara Terreaux,
conservateur du patrimoine au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
1 Voir à son sujet l’article de Claire Bonnotte Khelil, « Dans le souvenir de l’Indépendance américaine (1830-2026) », Versalia, à paraître.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

Nature morte au buste de l’Amérique [détail], par Jean-Baptiste Oudry, 1722, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
Une amitié intégrée au récit de l’histoire de France
Organisée selon un parcours chrono-thématique, la nouvelle présentation explorera la relation du royaume de France au Nouveau Continent depuis les expéditions de Jacques Cartier et de Robert de La Salle. Louis XVI donnant ses instructions à La Pérouse de Nicolas Monsiau lie l’attrait de l’Amérique aux enjeux d’exploration et de découvertes scientifiques. La Nature morte au buste de l’Amérique de Jean-Baptiste Oudry évoque les échanges commerciaux et la fascination intellectuelle exercée par le Nouveau Monde, dont la figure de l’Amérindien constitue le symbole fantasmé.
La guerre d’Indépendance y sera évoquée par deux de ses grands combats navals, peints par Théodore Gudin : la bataille d’Ouessant (1778), premier affrontement d’importance opposant les flottes britanniques et françaises, et celle de la Chesapeake (1781), dont la victoire conduisit Washington, Rochambeau et La Fayette jusqu’à Yorktown. Les grandes figures du conflit seront présentées à travers leurs portraits : Louis XVI, le roi d’Angleterre George III, le comte de Vergennes, Benjamin Franklin, George Washington, le marquis de La Fayette, l’amiral de Grasse, le comte d’Estaing ou encore le marquis de Rochambeau. Majoritairement rétrospectives – acquises ou commandées par Louis-Philippe –, ces œuvres donneront à voir, au-delà de la seule description des événements, la manière dont la guerre d’Indépendance et la relation franco-américaine ont été interprétées et intégrées au récit de l’histoire de France à Versailles. C. T.

Combat naval au large d’Ouessant, 27 juillet 1778, par Jean Antoine Théodore, baron Gudin, 1839, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
À DÉCOUVRIR
Versailles et l’indépendance américaine
à partir du 4 juillet
Appartement du Capitaine des gardes
Au long du parcours de visite libre ou au cours de la visite guidée « Versailles et l’indépendance américaine ».
Un podcast sur l’épopée du marquis de La Fayette
À partir des lettres qu’il avait adressées à son épouse, suivez son engagement militaire aux côtés des insurgés américains qu’il avait rejoints clandestinement.
À SUIVRE
Les États-Unis et Versailles : 250 ans d’histoire partagée
Une journée-rencontre au château de Versailles, le 9 octobre prochain, selon une progression chronologique réunissant historiens et historiens de l’art français et américains.
Conçue sous forme de dialogue croisé, cette journée permettra d’approfondir le rôle des acteurs majeurs, des idées et des relations diplomatiques qui ont bâti ce lien fort unissant encore de nos jours la France et les États-Unis.
Entrée libre, sur réservation.
À VIVRE

Une expérience interactive en réalité virtuelle autour du célèbre tableau d’Auguste Couder : Siège de Yorktown.
À l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, les visiteurs sont invités à plonger dans une expérience immersive, virtuelle et interactive unique au cœur de la Révolution américaine, au sein du Château, dans les espaces dédiés du pavillon d’Orléans.
Grâce à une scénographie originale et à des technologies immersives XR de dernière génération, Lumière de la Liberté offre aux visiteurs une rencontre interactive inédite avec les figures et les événements de l’alliance franco-américaine.
Cette expérience est une invitation à partager les motivations et les idéaux d’une révolution, et à vivre,
de manière originale, ludique et éclairante, un tournant majeur de l’Histoire.
Jusqu’au 31 janvier 2027
Pavillon d’Orléans (accès par la cour des Princes)
Tarif unique : 7 euros billet seul, billet « Passeport » + 7 euros
Dès 8 ans
Expérience disponible en Français et en Anglais
Information et réservation sur : www.chateauversailles.fr

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