Le bon fonctionnement de la Chapelle royale nécessitait des espaces annexes dont certaines parties remarquables n’ont pratiquement pas
été modifiées depuis. Une restauration complète permet aujourd’hui
de découvrir ces lieux, loin du faste royal, dans une ambiance
feutrée par le bois ciré.

La grande sacristie, parée de lambris de bois, où sont revenus, après restauration, les tableaux des quatre évangélistes et de la Cène.
© EPV / Thomas Garnier
La cinquième Chapelle royale du château1 a connu une lente maturation. La consultation des plans du XVIIe siècle nous montre l’évolution tant de son format que de sa localisation. Son implantation a tout d’abord été envisagée au milieu de l’aile nord du château. C’est à son extrémité qu’elle est finalement placée. Ce sanctuaire, dont la construction commence finalement en 1687, semble pensé comme un ensemble monastique, et non de manière isolée comme les précédentes chapelles. L’aménagement, dans l’aile contre laquelle il est adossé, d’annexes et d’appartements à destination des lazaristes (lire encadré) atteste de la volonté royale d’obtenir un service de tout instant de ces desservants qui devaient également assurer la garde de l’édifice.
Un surprenant décalage de niveaux
Ainsi, l’extrémité sud de l’aile nord est-elle réorganisée, entre 1708 et 1710, pour accueillir ces officiants. En accédant à ces espaces, on est assez vite surpris par le positionnement des fenêtres qui semblent anormalement hautes, dans la sacristie, ou coupées par le plafond, dans la pièce du Lavabo. Les travaux ont également révélé la présence de fenêtres qui étaient masquées par le mobilier. L’hypothèse d’un abaissement du niveau de plancher, afin d’assurer la liaison avec le chœur du nouveau sanctuaire, pourrait expliquer ces différences de niveaux.

Le petit oratoire de madame de Pompadour après restauration. © EPV / Thomas Garnier
Remise en état et aménagement muséographique
Le programme de restauration incluait la grande et la petite sacristie, la pièce du Lavabo, celle des musiciens, le petit oratoire de madame de Pompadour ainsi qu’une partie des appartements subsistants. La dépose de certains ouvrages a permis de moderniser les réseaux techniques et de remettre en état lambris et parquets. Les éléments lacunaires ont été reconstitués, comme le dessus-de-porte de la sacristie. Dans l’optique d’ouvrir ces espaces à la visite, des vitrines ont été installées dans les nombreux placards existants. Menuisiers, électriciens, serruriers, ferronniers d’art et peintres ont œuvré pour livrer cette opération au terme de douze mois de travaux.
Des espaces parés de bois
Ces pièces suscitent l’étonnement par leur composition, mais aussi leur luminosité. Les boiseries peintes et dorées des grands appartements ainsi que les parements de marbre de la chapelle laissent place à un ensemble de lambris moulurés, sculptés et cirés « à la capucine2 ». La pièce dite du Lavabo, composée d’un ensemble de grands placards de plus de cinq mètres de haut, renferme un ouvrage exceptionnel dont l’espace porte le nom : un lavabo plaqué de marbre rouge du Languedoc. Deux robinets distincts permettaient de séparer les eaux pures, utilisées dans les rituels liés à la liturgie, de celle souillées par les manipulations.
La sacristie est la plus grande de ces pièces, traversée par une large arcade en anse de panier. Ses lambris comprennent deux grands chapiers. On y rangeait les vêtements liturgiques de grande taille, mais aussi toutes sortes d’ornements. Chacun d’entre eux est composé de huit tiroirs semi-circulaires de près de quatre mètres de diamètre qui ne tournaient plus sur leur pivot. La dépose complète des ouvrages a permis, d’une part, de découvrir des décors peints antérieurs à la sacristie et, d’autre part, d’intervenir sur l’intégralité des mécanismes des meubles dont les tiroirs n’étaient plus manipulables en l’état.

L’un des chapiers de la sacristie manipulé par Yves Carlier, conservateur général au château de Versailles, chargé de la muséographie des lieux. © EPV / Baptiste Vanbelle
Un long buffet à deux corps masque un escalier à ses deux extrémités. L’un comme l’autre rejoignait, avant la transformation du château en musée, une partie des espaces privés des officiants. La modestie apparente de l’ensemble est contredite par la présence de multiples têtes d’anges ailés qui ponctuent les boiseries.
Austérité et grandeur
Quant aux lambris de la pièce réservée aux répétitions des musiciens, ils sont plus tardifs (1762), mais tout aussi plaisants, avec leurs coffres servant de banquettes. « Austérité et grandeur, alliées à une perfection dans la qualité du bois comme dans l’exécution de la menuiserie, caractérisent ces lieux hors du temps », affirme Frédéric Didier, architecte en chef des Monuments historiques en charge du château de Versailles3. Grâce à la simplicité du bois, ces lieux nous paraissent, en effet, familiers, bien qu’autrefois destinés à l’élévation spirituelle.
Marie-Caroline Bardy,
chargée d’opérations à la Direction du patrimoine et des jardins du château de Versailles
1 Au fil du temps, la chapelle du château a été aménagée à divers endroits du site, avant l’édification d’un sanctuaire à l’échelle de la résidence de la Cour et du gouvernement.
2 C’est-à-dire à la manière des capucins, dans les églises.
3 Rapport de présentation de l’agence 2BDM, avril 2024, p. 1.
La sacristie et la pièce du Lavabo ont été restaurées grâce au mécénat des membres de la Société des Amis de Versailles et de ses légateurs, Mademoiselle Madeleine Faucheux-Bureau, Madame Françoise Dufaux, Monsieur Guy Renard, avec le soutien de la Fondation du patrimoine.
La pièce des musiciens et le revestiaire des chantres ont été restaurés grâce au mécénat de la Fondation Philanthropia.
L’oratoire de madame de Pompadour a été restauré grâce au mécénat de la Fondation Frédéric de Sainte-Opportune, sous l’égide de la Fondation Notre-Dame.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

La grande sacristie, parée de lambris de bois, où sont revenus, après restauration, les tableaux des quatre évangélistes et de la Cène. © EPV / Thomas Garnier
Les lazaristes, en mission pour le roi
Avant 1682, la chapelle du château n’était pas utilisée pour le culte en l’absence de la Cour. Tout près, la paroisse Saint-Julien de Versailles assurait une activité régulière que Louis XIV avait confiée aux lazaristes dès 1674. En effet, cette congrégation à vocation missionnaire, fondée par saint Vincent de Paul, était alors très appréciée.
En 1682, lorsque la Cour s’installa définitivement à Versailles, c’est vers elle que le roi se tourna en sollicitant quatorze lazaristes pour assurer le culte ordinaire à la Chapelle royale : messes, offices et prières. Parmi eux, deux prêtres devaient vivre sur place afin d’administrer les sacrements et veiller sur les lieux. Les autres habitaient les logements de la paroisse Notre-Dame de Versailles. Parallèlement à cette communauté affectée au lieu même de la Chapelle royale, œuvraient des ecclésiastiques directement rattachés au roi qu’ils suivaient dans ses pérégrinations sous l’autorité du grand aumônier de France.
En 1710, lorsque s’acheva le chantier de la chapelle, le nombre des lazaristes passa à vingt et un (douze prêtres, six clercs et trois frères), puis il redescendit à quatorze en 1715. Des logements furent aménagés sur place, mais il reste difficile de savoir précisément où et selon quelle étendue. Cette petite communauté demeura au château jusqu’à la Révolution. L. N.- V.
OUVERTURE EXCEPTIONNELLE
Visite libre du 7 juillet au 30 août 2026 de la grande sacristie et de la pièce du lavabo où vous pourrez découvrir la présentation du « trésor » de la Chapelle. Elles seront ensuite accessibles uniquement en visite guidée.
À SUIVRE
La visite guidée intitulée « La Chapelle royale et ses annexes », disponible à partir de la rentrée.
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