Au Victoria and Albert Museum à Londres, l’exposition
Marie Antoinette Style bat son plein et attire tous les regards.
Encore un mois pour traverser la Manche et s’y rendre !
Impressions rapportées au château qui a accepté d’y prêter
des œuvres exceptionnelles.

Salle finale de l’exposition. Elle est consacrée aux robes inspirées par Marie-Antoinette, avec pour pièce maîtresse une robe dessinée par John Galliano pour Christian Dior à l’occasion de sa collection printemps-été 1998. © EPV / Monica Gaitan Chinchilla

Marie-Antoinette, reine de France, par François Hubert Drouais, 1773. © Victoria and Albert Museum, Londres
« All eyes will be on you » (« tous les yeux seront rivés sur toi »), avertit Marie-Thérèse, impératrice d’Autriche, en avril 1770, à sa fille, l’archiduchesse Marie-Antoinette, alors âgée de 14 ans. Cette citation accueille le visiteur dès la première salle de l’exposition. Elle donne le ton : ce sont ses choix vestimentaires, son goût pour les arts décoratifs et son savoir-vivre qui vont façonner l’image et l’héritage de cette reine au destin tragique.
Les objets d’art présentés sont variés : robes, bijoux, accessoires, peintures, sculptures, meubles et bien d’autres permettent de comprendre comment Marie-Antoinette s’est attachée à ajuster les exigences stylistiques de la Cour à ses passions. Aujourd’hui, quasiment tous les objets qui l’ont accompagnée dans son quotidien ont disparu : les rares exceptions sont indiquées par un son monogramme personnel au long du parcours de visite.

The Anglesey Diamond Négligé Necklace, vers 1772-1800. Il pourrait avoir été composé à partir des véritables diamants de la célèbre affaire du collier dont Marie-Antoinette fut victime. © EPV / Monica Gaitan Chinchilla
Robes, bijoux, perruques et éventails
Le visiteur découvre ainsi la variété de sa garde-robe : des robes dites de Cour, à la française, à l’anglaise et à la polonaise. Il est émerveillé par l’éclat des bijoux exposés, qui paraient jadis les habits et les cheveux de la reine, notamment les diamants Sutherland, éblouissants par la pureté de la pierre et uniques par leur histoire. La suite est consacrée aux accessoires de mode : la dentelle d’Alençon, les perruques débordantes, les éventails illustrés, les biscuits de Sèvres réalisés sur commande et son nécessaire de toilette. Objet insolite, un jeu de société sur les tendances vestimentaires du XVIIIe siècle, Le Nouveau Jeu du Costume et des Coeffures des Dames, montre l’importance croissante de la mode dans les cercles féminins contemporains, entre popularité et divertissement.
Contrastes d’une vie
Une partie de l’exposition est réservée au Petit Trianon, lieu investi par Marie-Antoinette et son univers, des chaises réalisées pour ses appartements privés à l’architecture champêtre du hameau, du matériel scénique utilisé dans son théâtre privé à son piano personnel.
Les dernières années de sa vie sont représentées par quelques éléments lugubres, dans l’obscurité d’une petite salle : une lame de guillotine, une lettre personnelle et, très surprenant, une photographie macabre de sa tête en cire, aux origines incertaines et aujourd’hui disparue, réalisée par Madame Tussaud pour son musée à Londres. L’exposition s’achève avec la réhabilitation de Marie-Antoinette par l’impératrice Eugénie au XIXe siècle, mais aussi par le cinéma, la mode, la littérature et la pop culture aux XXe et XXIe siècles.
Une reine qui illustre pleinement son temps
La force de cette exposition est d’inscrire Marie-Antoinette dans son temps. Si la beauté des tissus et le luxe des objets ne laissent pas insensible le visiteur, ce sont les détails qui permettent de la placer au centre d’un circuit de production artistique à l’échelle internationale, bien au-delà de la Cour.
« Si la beauté des tissus et le luxe des objets ne laissent pas
insensible le visiteur, ce sont les détails qui permettent de la placer
au centre d’un circuit de production artistique à l’échelle internationale, bien au-delà de la Cour. »
Trois objets illustrent ce propos. Tout d’abord, un échantillon textile au motif léopard, ou animal print, met en lumière une tendance vestimentaire des années 1770, inspirée par les voyages en Asie ou en Afrique, la faune et la flore venues d’ailleurs. Ensuite, un portrait du Chevalier de Saint-George met en exergue sa relation avec Marie-Antoinette. Professeur de clavecin, descendant d’esclaves, ses origines américaines le distinguent parmi son entourage royal. Enfin, un buste de la reine, réalisé par la Manufacture de Sèvres, a été envoyé comme cadeau diplomatique au Sultan Tipu, chef d’État de Mysore, Inde, en 1788. Il fut rapporté au Royaume-Uni par les soldats britanniques pendant l’Empire colonial.
Le règne de Marie-Antoinette est marqué une période d’échanges commerciaux, d’extension coloniale et d’esclavage. Ce sont des contestations bien plus immédiates qui rattrapèrent la reine et créèrent son mythe. Les cocardes stylisées en rubans de soie qu’elle porta lors des premiers jours en soutien à la Révolution ne lui permirent pas d’échapper à la fatalité des événements politiques.
Monica Gaitan Chinchilla,
chef de projet marketing relationnel au château de Versailles
À VOIR
L’exposition Marie Antoinette Style, jusqu’au 22 mars 2026, au Victoria & Albert Museum, à Londres.

Robe de mariée de la duchesse Hedvig Elisabeth Charlotta, future reine de Suède. Marie-Antoinette aurait porté un modèle similaire. © EPV / Monica Gaitan Chinchilla