Hubert et Mireille Goldschmidt font partie des grandes familles
franco-américaines qui, par leur générosité, soutiennent de nombreuses institutions culturelles, en particulier le château de Versailles.
Ils ont accepté de témoigner de leur engagement commun.

Hubert et Mireille Goldschmidt dans le cabinet des dépêches où est désormais présenté, grâce à leur mécénat, le biscuit de Hébé. © Christophe Leribault
États-Unis et France font incontestablement parts égales dans leurs cœurs. Hubert Goldschmidt est né à New York et, son doctorat de mathématiques en poche, est venu enseigner en tant que professeur des universités quelques années en France, pays d’origine de sa famille qui avait dû fuir pendant la guerre. Il est ensuite retourné aux USA comme professeur à la prestigieuse université de Princeton, puis à Columbia. Son épouse, Mireille, est également mathématicienne, formée au lycée français de Casablanca avant de rejoindre son frère et sa sœur à New York où elle a travaillé à Wall Street. Aujourd’hui, tous deux continuent de vivre entre New York et Paris, et leur mécénat sert aussi bien les institutions américaines que françaises.
« L’art, pour Hubert Goldschmidt, s’inscrit dans une tradition familiale qui remonte à son arrière-grand-père, Gustave Dreyfus. »
Une tradition de grands collectionneurs
L’art, pour Hubert Goldschmidt, s’inscrit dans une tradition familiale qui remonte à son arrière-grand-père, Gustave Dreyfus. « Ce grand collectionneur et donateur a joué un rôle considérable dans la création de l’Union centrale des arts décoratifs1 », raconte-t-il, évoquant des temps bénis autour du parc Monceau où l’on croisait Marcel Proust et Moïse de Camondo, ami de la famille. La fameuse collection d’œuvres de la Renaissance de Gustave Dreyfus est, en grande partie, conservée à la National Gallery of Art de Washington tandis que celle de Carle Dreyfus, grand-oncle de Hubert, a rejoint le musée du Louvre où il était conservateur.
Quant aux Goldschmidt, ils partagent une passion inlassable pour les dessins de maître : pour saisir toute la joie que les œuvres leur procurent, il suffit de voir les yeux de Mireille pétiller lorsqu’elle parle de leurs découvertes. Le couple fait aussi des incursions dans l’art contemporain, comme lorsqu’il a décidé de soutenir à Versailles l’exposition du peintre Guillaume Bresson en dialogue avec Horace Vernet.

Hébé nouvelle dite aussi « Hébé Boizot », modèle de Louis-Simon Boizot (sculpteur), façonné par Josse-François-Joseph Le Riche (modeleur) et fabriqué à la Manufacture royale de Sèvres, vers 1785-1790, H. (socle compris) : 64,3 cm, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, V.2025.20.1. © EPV / Christophe Fouin
Si affinités
Le Metropolitan Museum of Art, la Morgan Library et la Frick Collection d’un côté de l’Atlantique, le Louvre, les Arts décoratifs, Orsay, le Petit Palais, Chantilly et, depuis peu, Versailles, de l’autre, ont notamment bénéficié de leur mécénat. Ce qui les conduit à s’impliquer ? « Il n’y a pas de période de l’histoire que nous privilégions, seulement des affinités », affirme Mireille, qui entend par là des rencontres et des amitiés nouées avec des artistes, des galeristes ou des conservateurs. C’est ainsi que les Goldschmidt connaissent depuis vingt ans Christophe Leribault, président du château de Versailles, avec qui ils ont jeté leur dévolu, à la dernière foire de Maastricht, sur un ravissant biscuit de Sèvres afin qu’il retrouve sa place dans l’appartement privé du Roi. Mais, pour ces choix d’acquisition, sont-ils toujours d’accord ? À cette question, ils se regardent tendrement, et sourient…
Des goûts éclectiques, tournés vers le mouvement
La grâce, la délicatesse d’une œuvre – celle d’un Tiepolo, d’un Greuze ou d’un Fragonard, qui sont présents dans leur propre collection de dessins – semble guider leurs dons, mais les Goldschmidt ne répondent pas directement quand on les interroge sur leurs goûts. Serait-ce par pudeur ? Il s’agit plutôt d’une claire détermination à se rendre utiles. Avant tout, il faut que ce soit important pour les musées, répètent-ils, avec, derrière ce mot « important », des raisons diverses : le caractère rare ou exceptionnel de l’œuvre, son rôle dans l’histoire de l’art, son apport pour la compréhension d’un espace, etc.
Ainsi de ce portrait de Louis XV enfant par Rosalba Carriera qui vient de rejoindre les collections du château. Ce qui les a amenés à l’acheter pour Versailles, c’est l’état de ce pastel, « extraordinaire » pour une technique si fragile. De même, leur participation à l’exposition sur le Grand Dauphin paraît s’être imposée naturellement, non par attirance particulière pour le personnage, mais parce qu’il fallait redécouvrir cette figure un peu oubliée.

Piédestal sur lequel repose le biscuit d’Hébé. © EPV / Christophe Fouin
« Ce qui a du sens pour nos acquisitions, c’est tout ce qui a trait à l’action », résume Mireille, qui ajoute être très inspirée par le mouvement dans les œuvres. Elle s’amuse des personnages de Bresson, « qui rappellent ceux de Michel-Ange, mais en baskets ! ». Elle avoue leur penchant à tous les deux pour la représentation des chevaux – avec Delacroix et Géricault, bien sûr, qu’ils chérissent entre tous – ainsi que l’intérêt de son époux pour les sujets liés à la danse, décors et costumes compris, dont il est devenu un historien chevronné.
Cette vitalité qui les fascine est à l’image de celle qu’ils déploient en faveur de leurs deux pays de prédilection et des liens qui les unissent. Juste après l’incendie de Notre-Dame, les Goldschmidt ont acheté pour le MET, « à la mémoire d’un monument détruit », un grand dessin de l’ancien orgue de l’église de Saint-Germain-des-Prés. Aujourd’hui, ils cherchent à favoriser les Lafayette Fellowships, des bourses offertes à des étudiants aux USA pour poursuivre un an d’études en France. Alors qu’approche le deux cent cinquantième anniversaire de l’indépendance américaine, voici de très dignes représentants d’une amitié qui ne se dément pas.
Lucie Nicolas-Vullierme,
rédactrice en chef des Carnets de Versailles
1 Le musée des Arts décoratifs, aujourd’hui.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n°27 (octobre 2025 – mars 2026).
Hébé revient enchanter l’appartement intérieur du Roi
Grâce au mécénat de Hubert et Mireille Goldschmidt, par l’intermédiaire des American Friends of Versailles, les collections du château s’enrichissent d’un groupe en biscuit de Sèvres dont le modèle était présent dans l’appartement intérieur du Roi au temps de Louis XVI. Il est, en effet, signalé par l’inventaire des porcelaines de 1790 dans le cabinet des dépêches où il est désormais présenté, contribuant à l’authenticité de son ameublement. Personnification de la jeunesse, Hébé était un sujet cher aux artistes du XVIIIe siècle. La « nouvelle » version de Boizot, produite seulement à une quinzaine d’exemplaires, fait suite à celle de Falconet. Le piédestal est traité à la manière des réalisations anglaises de Wedgwood. Ses compositions en bas-relief font directement écho à celles qui décorent les deux vases ornant le cabinet d’angle, situé juste à côté.