magazine du château de versailles

Des voix pour
remonter le temps

Une première série de quatre podcasts fait parler celles et ceux qui ont particulièrement bien connu le château de Versailles. Certains y ont joué enfants, d’autres y ont travaillé et témoignent de ce qu’ils y ont vécu
sous la forme d’un duo qui donne de la profondeur à cette mémoire,
tout simplement humaine.

Jacqueline Fleury-Marié et Marie-Noëlle Pinte dans le cadre du podcast « Versailles, années 1940 : guerre et paix », de la série Mémoire(s) de château. © E-motion

Avant que le temps ne se soit trop écoulé, avant que les êtres ne passent et n’emportent avec eux leurs souvenirs, le château de Versailles a décidé de capter leurs témoignages dans d’émouvants face-à-face. Qu’ils soient conservateurs, photographes ou ébénistes, un dialogue s’établit ainsi entre les générations, montrant toujours la même admiration et le même attachement pour ces lieux extraordinaires.

Chacun de ces podcasts, accompagné d’une vidéo plus courte, apporte une vision différente du domaine, mais le plus poignant est, sans aucun doute, celui qui réunit deux dames, aux regards si doux. Jacqueline Fleury-Marié, cent un ans, est venue vivre à Versailles à la veille de la Seconde Guerre mondiale, et s’est engagée, encore lycéenne, dans le réseau de résistance Mithridate. Marie-Noëlle Pinte, quatre-vingt-six ans, était toute petite quand le conflit s’est déclaré. Logée avec sa famille au château, dans l’aile des Ministres sud (son père étant chargé des eaux et fontaines), elle se souvient des hivers très froids et des blettes immangeables du jardin potager aménagé près du bassin de Neptune. Elle évoque les bombardements lors desquels il fallait descendre dans les caves immenses du palais, « assez effrayantes pour des enfants », mais raconte aussi ses tours de bicyclette à l’intérieur même de la cour de Marbre !

Canon anti-aérien allemand devant la façade du château de Versailles, côté parc, 1941-1945, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin

Arrêtée en juillet 1944 par la Gestapo, Jacqueline a été déportée au camp de Ravensbrück où elle a retrouvé d’autres résistantes versaillaises : « Nous aimions parler du château, et surtout du parc où nous avions fait de si belles balades. C’était un sujet de conversation formidable ! » Un sujet qui les a aidées, peut-être, à tenir…

Face-à-face imaginaire
Moins tragique est le face-à-face imaginaire entre deux conservateurs du musée : Charles Mauricheau-Beaupré (1889-1953), qui veilla sur le château de Versailles pendant et après la guerre, et Laurent Salomé, qui en est l’actuel directeur. Les archives sonores permettent d’entendre le premier, de sa voix aux inflexions typiques de l’époque. Le second y fait écho, apportant de nombreuses précisions sur le métier de conservateur et sur ce « lieu gigantesque qui, de plus, a une histoire, une fierté, des enjeux, peut-être plus forts qu’ailleurs ».

Charles Mauricheau-Beaupré a été interviewé quelques jours avant sa mort accidentelle au Canada. Cela rend son témoignage d’autant plus précieux, alors qu’il donne sa vision de la profession. Il oppose fermement l’univers du château à celui des musées qu’il compare à des collections de papillons « que l’on a commencé par tuer et que l’on a fixés ensuite avec des épingles », et déclare : « Heureusement, Versailles n’est pas un musée, et c’est pour ça que je l’aime. C’est une maison qui est restée vivante ».

Christian Milet, qui est venu vivre dans l’enceinte du domaine dès l’âge de trois ans, en connaît tous les recoins, comme ce passage dans les salles des Croisades. © EPV / Thomas Garnier

Une maison qui est restée vivante
Cette citation de Mauricheau-Beaupré justifie magnifiquement la réalisation de ces podcasts. Le château de Versailles emploie, aujourd’hui, près de mille personnes. Nombre de leurs prédécesseurs y sont restés jusqu’à la fin de leur carrière. Leurs récits complètent la grande histoire consignée dans les livres, lui apportant des points de vue méconnus.
Ainsi deux autres podcasts réunissent des professionnels et artisans de Versailles partis à la retraite. Michel Tigréat et Christian Milet sont quasiment nés dans les murs, le premier en 1932, le second en 1961, leurs pères y travaillant déjà, comme gardien et comme tapissier. L’un et l’autre racontent les circonstances de leur intégration professionnelle, par des hasards qui ont pour cadre la véritable maison, en effet, que s’avère être le château.

« Leurs récits complètent la grande histoire consignée dans les livres,
lui apportant des points de vue méconnus. »

C’est à l’occasion de l’attentat1 de juin 1978 que Christian a été improvisé photographe par Gérald Van der Kemp, et c’est comme médiateur auprès des enfants que Thomas Garnier est ensuite devenu son élève, puis son remplaçant, aujourd’hui toujours à l’affût des meilleurs clichés sur le domaine. C’est par sa passion du bois que Michel Tigréat est devenu responsable du service de restauration des œuvres d’art du musée.

Éric De Meyer en train de restaurer une encoignure dans l’atelier d’ébénisterie du château qu’il dirigeait avant de partir à la retraite, il y a deux ans. © EPV / Thomas Garnier

Éric De Meyer a été l’un de ses successeurs durant plus de vingt ans. Ces deux derniers ont fait connaissance autour d’une balustrade : celle de la chambre de la Reine – rien de moins que ça – sur laquelle Éric avait besoin de précisions. En évoquant cette rencontre, l’ébéniste parle de mémoire et de transmission, et des « fantômes qui laissent leurs traces au château ». Ces fantômes, aux pas imperceptibles, mais bien présents, ont commencé à se dévoiler grâce à cette série de podcasts qui poursuit sa quête à travers les générations.

Lucie Nicolas-Vullierme,
rédactrice en chef des Carnets de Versailles

1 Attentat la nuit du 25 au 26 juin 1978 qui a touché des salles de l’aile du Midi, revendiqué par des indépendantistes bretons.

Cet article est extrait des Carnets de Versailles n°27 (octobre 2025 – mars 2026).


À VOIR ET ÉCOUTER

Les podcasts « Mémoire(s) de Château », ainsi que les vidéos associées montrant de nombreuses images d’archives, sur chateauversailles.fr, sur YouTube et sur toutes les plateformes de podcasts : Deezer, Spotify, Apple podcasts, etc.

mot-clés

partagez

à lire également