Pour la première fois est présentée au Royaume-Uni une grande exposition sur Marie-Antoinette, organisée par le Victoria and Albert Museum (V&A). À cette occasion, des prêts exceptionnels ont été concédés par le château de Versailles : dix-sept œuvres ont traversé la Manche,
dont certaines, extrêmement précieuses, n’avaient jamais quitté
le territoire français.

Coffre à bijoux de Marie-Antoinette, dauphine, par Martin Carlin (ébéniste), Simon-Philippe Poirier (marchand mercier), Manufacture de Sèvres (fabricant), Jacques- François de Laroche (peintre sur porcelaine), 1770, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © Paris, GrandPalaisRmn (château de Versailles) / Michèle Bellot
La Grande-Bretagne fait partie de l’histoire de la reine Marie-Antoinette. Au XVIIIe siècle déjà, la presse et le public britanniques suivaient toutes ses activités et furent, pour la plupart, horrifiés par sa mort. Les collectionneurs anglais ont joué un rôle clé dans la préservation, puis la renaissance de son style au XIXe siècle, par l’achat de biens ayant appartenu à la reine après leur dispersion lors des ventes révolutionnaires de 1793-1794. C’est ainsi que le V&A conserve notamment un portrait par Drouais de la Dauphine en « grand habit », des assiettes du service « à perles et barbeaux » ainsi qu’un fauteuil de son cabinet intérieur au château de Saint-Cloud. L’exposition s’appuie donc sur ces collections, enrichies par les prêts d’œuvres provenant du Royaume-Uni, mais aussi de France et des États-Unis. Le château de Versailles en détient, bien sûr, parmi les plus importantes, et nous lui sommes très reconnaissants de sa générosité. Ces trésors du patrimoine français apparaissent dans la première partie de l’exposition, consacrée au style que Marie-Antoinette a contribué à façonner de 1770 à 1789.

Détail du haut d’un fauteuil du cabinet intérieur de Marie-Antoinette au château de Saint-Cloud. © Victoria and Albert Museum, London
Une exposition sur l’influence artistique et culturelle de Marie-Antoinette
À travers deux cent cinquante œuvres, cette exposition s’attache, en effet, à montrer comment et pourquoi Marie-Antoinette est restée, par sa personnalité, une source d’inspiration dans les domaines de la mode, des arts décoratifs, des jardins, de la photographie ou encore du cinéma. Elle propose d’abord un tour d’horizon des objets et des lieux qui lui sont directement liés pour ensuite traverser les siècles à l’aune de son influence.
« À travers deux cent cinquante œuvres, cette exposition s’attache,
en effet, à montrer comment et pourquoi Marie-Antoinette est restée,
par sa personnalité, une source d’inspiration »
De son vivant, Marie-Antoinette contribua au renouvellement des arts par son goût des motifs floraux et des couleurs pastel, des toiles imprimées ou des biscuits de porcelaine, sans parler de ses toilettes, agrémentées de coiffures extravagantes, qui suscitèrent l’admiration et la controverse. L’exposition débute ainsi avec un tableau important de Versailles : un impressionnant portrait par Vigée Le Brun (MV 4519). Âgée de seulement vingt-deux ans, Marie-Antoinette y est dépeinte comme une reine certes traditionnelle, mais à la mode. Si elle porte une robe de cour et affiche les emblèmes requis de la royauté, elle a choisi un satin de soie blanc uni pour donner à cet ensemble classique un aspect élégant et contemporain.
Tableaux, bijoux, porcelaines et outils de jardinage

Marie-Antoinette, reine de France (1755-1793), par Adolf Ulrik Wertmuller, 1788, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.
L’œuvre phare de l’exposition est, sans doute, celle connue sous le nom de Marie-Antoinette à la rose (MV 3893), du même peintre, qui ouvre un véritable défilé de robes françaises du XVIIIe siècle parmi les plus significatives. Tout aussi spectaculaire est la présentation de la réplique du collier dit « de la reine » (V 3925) ainsi que celle du délicieux coffre à bijoux de Marie-Antoinette par Carlin (V 5807), accompagné de certains bijoux qui lui ont appartenu. Dans une section sur les coiffures, le portrait de la princesse de Lamballe illustrant le goût des années 1770 (MV 3905) s’impose comme un point central. Quant à celui de Marie-Antoinette par Wertmuller (MV 8211), d’allure prérévolutionnaire, il est mis en regard d’une pièce de costume du V&A presque identique à la veste rayée portée par la reine.
Le Petit Trianon et son caractère champêtre sont également présents à travers quelques éléments marquants du service « à perles et barbeaux » (V.2023.32.75 et V.2011.34.2&3) et des outils de jardinage (V.5222.2-6), ainsi que l’imposant tableau de Battaille, d’après Wertmuller (MV 5054), commandé par l’impératrice Eugénie. L’épouse de Napoléon III, en effet, est à l’origine du regain d’intérêt pour le style de Marie-Antoinette au milieu du XIXe siècle, thème développé dans la deuxième partie de l’exposition. Les visiteurs peuvent y admirer une chaise d’un ensemble de Demay que l’impératrice présenta lors de sa célèbre exposition au Petit Trianon de 1867 (T.536.C.4).

Soulier Antonietta inspiré par Marie-Antoinette, créé par Manolo Blahnik en 2005.
Icône du style
Les prêts de Versailles permettent ainsi de revenir aux sources de la fascination que n’a cessé de susciter Marie-Antoinette avant d’en explorer les ramifications au long du XXe siècle. La période Art déco voit la reine servir de modèle à toute une imagerie sur les princesses, suggérant, tour à tour, la beauté, l’artifice, la sensualité, la débauche, l’innocence, la nostalgie ou l’enchantement. Mais c’est depuis les années 1990 que l’héritage de Marie-Antoinette se fait le plus inventif, convié au service de la sophistication et de l’émancipation des femmes. L’exposition culmine avec un grand final sur la mode contemporaine où figurent de superbes créations de Chanel, Dior, Moschino, Vivienne Westwood ou Manolo Blahnik, aux côtés de costumes portés dans des films célèbres.
Sarah Grant,
Senior Curator au Victoria & Albert Museum
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n°27 (octobre 2025 – mars 2026).
À VOIR
L’exposition Marie Antoinette Style, jusqu’au 22 mars 2026, au Victoria & Albert Museum, à Londres.