Les combats à retenir sous Louis XIV, puis sous Louis XV, ont été décrits dans les deux précédents Carnets de Versailles. C’est au tour de l’époque Louis XVI d’être évoquée par François Pernot à travers les champs
de bataille… ou plutôt les mers, avec une flotte déployée
qui contribuera à l’indépendance américaine.

Combat naval devant la Chesapeake, 3 septembre 1781, par Jean Antoine Théodore, baron Gudin, 1848, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
D’un point de vue militaire, le règne de Louis XVI se caractérise essentiellement par la participation de la France à la guerre d’Indépendance américaine, aux côtés des insurgents. Si l’armée et la marine françaises se révèlent modernisées et efficaces, cet engagement marqué par le poids de la diplomatie et des alliances laisse aussi apparaître un roi hésitant, influencé par ses ministres, et contribue à précipiter la crise politique, financière et sociale menant à la Révolution française.

Jean-Baptiste Vaquette Fréchencourt de Gribeauval (1715-1789), par Georges Rouget, 1835-1836, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.
© EPV / Christophe Fouin
L’artillerie devient enfin mobile sur le champ de bataille…
Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, les combats terrestres évoluent sous l’influence des enseignements tirés des précédents grands conflits européens, notamment la guerre de Sept Ans. L’infanterie avance toujours en formation en ligne, mais l’artillerie fait des progrès substantiels, en devenant de plus en plus mobile sur le champ de bataille grâce aux innovations de Jean-Baptiste de Gribeauval.
L’époque voit aussi une rationalisation de l’approvisionnement et de la logistique, et le pays est davantage impliqué dans l’effort de guerre, comme le fait déjà la Prusse, réputée pour son efficacité militaire. Toutefois, la guerre garde des rythmes lents : longues campagnes, sièges sans fin, batailles de rencontre peu fréquentes.
Une marine française combative
Après les revers de la guerre de Sept Ans, la marine française connaît un profond renouveau. Sous l’impulsion de ministres réformateurs tels qu’Antoine de Sartine et le marquis de Castries, la flotte royale est modernisée, tant au niveau des navires de ligne que de l’entraînement des équipages. Les arsenaux de Brest, Toulon, Rochefort et Lorient se développent, permettant à la France de rivaliser enfin avec la Royal Navy.
« À l’aube de la Révolution, la France dispose d’une flotte modernisée, mais dépendante d’efforts financiers colossaux qui pèsent
lourdement sur la monarchie de Louis XVI. »
La guerre sur mer devient plus stratégique : il ne s’agit plus seulement de protéger les côtes ou les convois, mais d’assurer le contrôle des routes maritimes à l’échelle mondiale. En soutenant l’indépendance américaine, la France s’engage dans de grandes opérations aux Antilles, en Amérique du Nord et en Inde. Le blocus, la course, le combat entre vaisseaux de ligne et l’appui aux opérations terrestres deviennent des actions classiques de la guerre maritime. Mais c’est la guerre économique, par l’attaque du trafic adverse, qui devient un élément central de l’affrontement. Dans cette perspective, l’action de la marine, relayée par les corsaires, contribue à affaiblir l’économie britannique et à peser sur le cours des négociations diplomatiques. À l’aube de la Révolution, la France dispose d’une flotte modernisée, mais dépendante d’efforts financiers colossaux qui pèsent lourdement sur la monarchie de Louis XVI.
François Pernot,
professeur des universités en histoire moderne, CY Cergy Paris Université
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

Coiffure à l’Indépendance ou le Triomphe de la Liberté, anonyme, vers 1778, musée franco-américain du château de Blérancourt. © Paris, GrandPalaisRmn (château de Blérancourt) / © Gérard Blot
1. Le combat de la Belle-Poule (17 juin 1778), ou le lancement des hostilités
Le combat de la Belle-Poule est un célèbre affrontement naval qui s’est déroulé au large des côtes de Bretagne. Il marque le début des hostilités entre la France et la Grande-Bretagne lors de la guerre d’Indépendance américaine.
Commandée par le lieutenant Chadeau de la Clocheterie, la frégate française Belle-Poule (30 canons) croise avec son escadre près de la baie de Concarneau quand elle est approchée par la frégate britannique HMS Arethusa (28 canons) du capitaine Marshall, qui réclame le droit de la contrôler, ce que Chadeau de la Clocheterie refuse catégoriquement.
Une bataille s’engage et fait rage pendant près de trois heures. La Belle Poule est escortée par la frégate Licorne et le lougre Coureur alors que l’Arethusa est accompagnée de la frégate Milford et du cotre Alert, armé de puissants canons courts et renforcés. Les Français parviennent à se dégager, non sans subir de lourdes pertes : 45 tués et 57 blessés de leur côté, contre 8 tués et 36 blessés chez les Britanniques. Finalement, la Belle-Poule réussit à rejoindre la côte et mettre ses blessés en sécurité, tandis que l’Arethusa, qui a perdu son grand mât et tous ses gréements, doit aussi se retirer.
Ce combat, très médiatisé, provoque l’enthousiasme des Parisiens : on passe vite sous silence le fait que la Licorne et le Coureur se sont… rendus ! La Belle-Poule devient un symbole de courage national, donne même son nom à une coiffure pour les dames, et la bravoure du commandant Clocheterie est célébrée à Versailles.
2. La bataille d’Ouessant (27 juillet 1778), ou la victoire contestée d’un affrontement manqué
Six semaines après l’affaire de la Belle-Poule, à quelque 100 milles marins de l’île d’Ouessant, l’escadre britannique de l’amiral Augustus Keppel – soit 30 navires de ligne et plusieurs frégates – rencontre l’escadre française du lieutenant-général Louis Guillouet d’Orvilliers, soit 29 vaisseaux de ligne. Le combat s’engage vers 11 heures : chaque camp opère en « ligne de bataille », les vaisseaux se suivant à la file avec leur navire amiral placé au milieu. Des frégates « répétitrices », le long de chaque ligne, en transmettent les signaux aux bateaux situés derrière et devant. Du côté français, une occasion de l’emporter est manquée par l’avant-garde dirigée par La Motte-Picquet et le duc de Chartres – ce qui sera par la suite reproché à ce dernier. Après quatre heures de canonnades acharnées, mais non décisives, les Britanniques battent en retraite et les Français se déclarent vainqueurs. Cependant, les premiers rétorquent que s’ils ont quitté le champ de bataille, c’est parce qu’ils avaient constaté que les Français ne voulaient pas continuer le combat…

Combat naval d’Ouessant [détail], dessin issu de l’Inventaire de la collection d’estampes relatives à l’histoire de France de Michel Hennin, t. 170, Paris, Bibliothèque nationale de France. © Paris, Bibliothèque nationale de France (BnF) / Département Estampes et photographie
En Grande-Bretagne, Keppel et un de ses officiers, Hugh Pallisser, s’accusent mutuellement d’erreurs de commandement. Comme ils appartiennent à des partis différents au Parlement, la querelle devient une affaire politique. En France, c’est le manque de réaction du duc de Chartres qui est pointé du doigt, à tel point que Louis XVI doit envoyer à Brest le duc des Cars pour mener une enquête.
La bataille d’Ouessant est le premier grand combat naval de la guerre d’Indépendance américaine entre les marines française et anglaise. Malgré l’affaire du duc de Chartres, cette bataille est perçue dans l’opinion publique française comme la revanche tant attendue sur les défaites de la guerre de Sept Ans.
3. La bataille de Yorktown (28 septembre – 19 octobre 1781),
ou le tournant décisif en faveur des Américains
Grâce à la participation déterminante de la France, la victoire des insurgents américains contre la Grande-Bretagne devient, à Yorktown, possible.
L’armée franco-américaine, commandée par le général américain George Washington et le général français Jean-Baptiste de Rochambeau, dans laquelle sert également le marquis de La Fayette, compte près de 19 000 hommes – 8 000 Américains et 10 800 Français. Face à eux, les troupes britanniques, menées par le général Cornwallis, sont retranchées, en Virginie, dans Yorktown, une position jugée jusqu’alors imprenable et bénéficiant du soutien de leur flotte.

Siège de Yorktown, 17 octobre 1781, par Auguste Couder, 1836, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
Cependant, l’amiral de Grasse et ses vaisseaux bloquent la baie de Chesapeake, le 5 septembre 1781, empêchant toute aide anglaise d’atteindre Yorktown. Sur terre, les troupes françaises se distinguent par leur discipline et leur efficacité. Leur artillerie joue un rôle essentiel dans le bombardement des positions britanniques.
Après un siège de trois semaines, marqué par des tirs constants et des avancées progressives, Cornwallis finit par capituler. Cette reddition entraîne la fin des grandes opérations militaires en Amérique. Résultat d’une bonne coopération franco-américaine, la victoire de Yorktown accélère les négociations qui aboutissent au traité de Paris, en 1783, et à l’indépendance des États-Unis.

© Château de Versailles / C. Fouin, T. Garnier, C. Milet
À SUIVRE
Les États-Unis et Versailles : 250 ans d’histoire partagée
Journée-rencontre, le vendredi 9 octobre 2026
Auditorium du Pavillon Dufour
Dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire de l’Indépendance américaine, cette journée-rencontre, conçue comme un dialogue « d’hier à aujourd’hui », mêlera éclairages historiques, politiques, institutionnels, culturels ou philanthropiques, témoignages et archives, offrant un regard documenté et vivant sur plus de deux siècles d’histoire partagée.
Avec une approche chronologique, des historiens et des historiens de l’art aborderont la richesse des relations entre Versailles et l’Amérique du XVIIIe siècle à nos jours, à travers l’influence des idéaux des Lumières dans la naissance de la république américaine, le rôle d’acteurs cardinaux tels Lafayette et Vergennes, Franklin ou Jefferson, l’enjeu des visites d’État des présidents américains au château de Versailles, mais aussi l’évocation de l’imaginaire que Versailles suscite dans la culture américaine contemporaine.
Événement ouvert à tout public – Les interventions seront en français avec traduction simultanée en anglais
Accès libre, sur réservation obligatoire.
À LIRE
François Pernot, Guerres et batailles de l’époque moderne. De Marignan à Yorktown, Paris, ministère des Armées / Perrin, 2024.
À VIVRE
Une expérience interactive en réalité virtuelle autour du célèbre tableau d’Auguste Couder : Siège de Yorktown.
Découvrez la stratégie mise en œuvre et le rôle des principaux acteurs de cet événement, Washington, Rochambeau et La Fayette.
Jusqu’au 31 janvier 2027
Pavillon d’Orléans

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