La maison Declercq Passementiers connaît bien le domaine de Versailles. Elle est intervenue sur tous ses grands chantiers de restauration intérieure, depuis les salons d’apparat de Louis XIV – Mercure, Abondance – jusqu’à l’appartement de Louis-Philippe au Grand Trianon, en passant par la chambre de parade du Roi, où régnait l’or. Pour la chambre à coucher du souverain, ce fut aussi une question de couleurs.

Embrasse en passementerie prête pour le lit du roi. © EPV / Didier Saulnier
Comment avez-vous conçu la passementerie de la chambre du Roi ?
J. D. : La passementerie, par la diversité de ses composantes, est très caractéristique pour chaque époque. Ainsi, celle de Louis XVI présente-t-elle, pour les embrasses des rideaux, des glands reconnaissables à leur petite taille, avec un seul moule à bois. Quant aux franges, elles sont typiques, alternant, selon un rythme bien connu, les torsades et les jasmins, formés d’une superposition de tout petits éléments : migrets, miroirs, rosettes…
D’après les recherches menées par les conservateurs du château, la passementerie de la chambre du Roi avait pour base une frange fine, « garnie en or et soie avec torsades d’or1 » et brins « nués », c’est-à-dire avec des jasmins de couleurs vives. Ceux-ci comportent donc beaucoup de « fleurs de remplissage », minuscules cartons dont les couleurs des fils, posés à plat, se perçoivent très bien.
Quelles sources avez-vous pu exploiter pour faire vos choix ?
J. D. : Il ne subsiste pas, pour la passementerie, de dessins anciens, mais les documents écrits, notamment les inventaires, peuvent être assez précis. Notre expérience nous aide à les décrypter, en s’appuyant aussi sur des vestiges conservés dans nos propres archives. Ainsi une passementerie du XVIIIe siècle nous a permis de créer, pour la chambre du Roi, un motif spécifique : une tête de cartisane sous forme de feuille inversée pour border les franges.
Nous en avions conçu une plus simple, dans les années 1950, pour le lit de la reine sur lequel nous avions déjà beaucoup réfléchi. Puis nous avons travaillé, récemment, sur le cabinet de la Méridienne2, d’époque également Louis XVI.
Que diriez-vous, en effet, de cette opération par rapport à l’ensemble du domaine ?
J. D. : Pour la chambre du Roi, notre atelier a été mobilisé durant presque deux ans pour la préparation de la matière, son passage en teinture, son dévidage, puis la mise en bobine des fils, le tissage des franges et des galons et, enfin, la confection des petits apprêts qui permettent de composer les différents éléments : crêtes, griffes, moulinets, etc. J’avoue que m’ont particulièrement touché, à Versailles, des lieux plus intimes, comme les appartements privés de Marie-Antoinette : ils sont moins riches, mais tout aussi sophistiqués… Il faut se rendre compte du niveau d’excellence de ces réalisations, à rapprocher de la haute joaillerie. Pour obtenir toutes ces formes, nous créons nos propres fils à partir de brins de soie qui sont deux fois plus fins qu’un cheveu ! Nous n’utilisons que des techniques à l’ancienne qui ont été transmises de génération en génération, permettant d’intervenir sur de tels chantiers patrimoniaux.
Propos recueillis par Lucie Nicolas-Vullierme,
rédactrice en chef des Carnets de Versailles
1 Livraison du sieur Mahieu par ordre no 189 du 5 avril 1785 (Archives nationales, Maison du roi). Lire « Au fil du temps », par Élisabeth Caude dans Les Carnets de Versailles no 13
2 Lire « Tons de prairie pour la Méridienne », par Élisabeth Caude dans Les Carnets de Versailles no 20
Les broderies et les passementeries du lit du roi ont bénéficié du soutien de la Versailles Foundation.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

© EPV / Christophe Fouin