On a du mal à imaginer l’agitation qui régnait, sous l’Ancien Régime,
en ces lieux où se préparaient les messes, six ou sept par jour.
Rien n’en a subsisté, mais la Chapelle royale a été réaffectée au culte
dès 1806. Des objets de cette époque permettent désormais
d’illustrer ce qui était sa raison d’être.

Objets liés au culte en usage autrefois dans la Chapelle royale et présentés désormais dans ses annexes. © EPV / Thomas Garnier
La restauration de ses annexes a permis de concevoir un parcours de visite idéalement complémentaire de celui de la chapelle. Outre la compréhension de la manière dont pouvait être organisé le culte, les visiteurs sont amenés à découvrir des espaces, pour certains, jamais encore ouverts.
Des collections jamais présentées
La conversion des placards de la pièce du Lavabo en vitrines offre l’opportunité de montrer un pan entier des collections du château de Versailles jamais non plus présenté jusque-là et demeuré méconnu : l’ensemble des objets en usage dans la chapelle du château lors des offices pendant tout le XIXe et une partie du XXe siècle. Celui utilisé sous l’Ancien Régime avait, en effet, disparu avec la Révolution. Il a été reconstitué à partir du Premier Empire, puis largement enrichi jusque sous la Troisième République. Il se compose de pièces d’orfèvrerie, de flambeaux, candélabres et croix en bronze doré, de vêtements, de livres, de bourses de quête, etc., auxquels ont été ajoutés des objets provenant des chapelles des deux Trianon.
« La conversion des placards de la pièce du Lavabo en vitrines offre l’opportunité de montrer un pan entier des collections du château
de Versailles jamais non plus présenté jusque-là et demeuré méconnu : l’ensemble des objets en usage dans la chapelle du château lors des offices pendant tout le XIXe et une partie du XXe siècle. »
La pratique de la foi au sein de la famille royale avant la Révolution est néanmoins illustrée par le bénitier-reliquaire offert en 1674 à la reine Marie-Thérèse d’Autriche par le nonce du pape Clément X à la cour de France. Ce chef-d’œuvre de l’orfèvrerie romaine des années 1660 est constitué d’une grande miniature sur vélin représentant l’Annonciation, comprise dans une somptueuse bordure en bronze doré et argenté.
Objets et parements liturgiques
Parmi les autres pièces d’orfèvrerie, la plus spectaculaire est le grand ostensoir, de près d’un mètre de haut, encore conservé dans son étui d’origine. Exécuté sous Napoléon Ier pour la chapelle des Tuileries, celui-ci fut envoyé à Versailles en 1827. À ses côtés est réuni tout ce qui était nécessaire aux cérémonies : boîtes à onction, ciboires, encensoirs ou plusieurs « chapelles » en vermeil ou argent1. Parmi tous ces objets datant du premier quart du XIXe siècle, on remarquera une croix et deux chandeliers commandés par le Garde-Meuble sous Louis XVI pour l’ambassade de France à Londres, qui furent utilisés pour la chapelle funéraire de Louis-Philippe en Angleterre. Deux vitrines sont consacrées aux vêtements (par roulement à cause de leur fragilité) : parements liturgiques comprenant, à chaque fois, chasuble, étole, corporal, manipule et voile de calice.

Bouquets de fleurs en tissu qui pouvaient orner le grand autel de la Chapelle royale. © EPV / Thomas Garnier
Six grands bouquets de fleurs en tissu, intacts
La grande sacristie a, par ailleurs, retrouvé les grands tableaux des quatre évangélistes et de la Cène qui étaient insérés dans ses lambris depuis l’origine. Sont également revenus les chefs-d’œuvre de la sculpture française que sont les treize bustes en terre cuite représentant le Christ et les apôtres, par Jacques Sarazin, qui avaient été installés sous Louis-Philippe. Des vitrines conçues pour les protéger des méfaits de la lumière abritent les six extraordinaires bouquets de fleurs en tissu exécutés en 1819 pour parer le grand autel ou celui de la chapelle consacrée à sainte Thérèse. Ayant été très peu exposés, ils sont dans un parfait état de conservation.
La dévotion à la cour de France
Dans la pièce des musiciens, le trumeau de cheminée sera à nouveau doté d’un grand portrait en pied de Louis XV en costume du sacre, placé ici en équivalent de celui qui s’y trouvait avant la Révolution. Quant aux pièces sous comble originellement occupées par les lazaristes, elles sont trop petites pour être remeublées à destination du public. Elles servent donc à illustrer la dévotion à la cour de France, à travers les tableaux à thèmes religieux commandés sous Louis XV pour les oratoires de la reine Marie Leszczyńska et la dauphine Marie-Josèphe de Saxe. S’y trouvent aussi deux portraits : celui de Madame Louise, fille de Louis XV, en habit de carmélite, et celui du théologien Nicolas Sylvestre Bergier, qui fut un des confesseurs d’une autre fille de Louis XV, Madame Adélaïde.
Yves Carlier,
adjoint au directeur du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
1 Constituées à chaque fois d’un calice et sa patène, d’un bassin et ses deux burettes ainsi que d’une sonnette.
La restauration des bouquets d’autel a été rendue possible grâce au programme Mécénat des Jeunes Amis du château de Versailles.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).

© EPV / Baptiste Vanbelle
OUVERTURE EXCEPTIONNELLE
Visite libre du 7 juillet au 30 août 2026 de la grande sacristie et de la pièce du lavabo où vous pourrez découvrir la présentation du « trésor » de la Chapelle. Elles seront ensuite accessibles uniquement en visite guidée.
À SUIVRE
La visite guidée intitulée « La Chapelle royale et ses annexes », disponible à partir de la rentrée.
À REGARDER