En bordure du domaine de Versailles, le parc Balbi fut conçu en 1785
par l’architecte Chalgrin conformément à la mode
des jardins anglo-chinois.
Il en subsiste quelques éléments caractéristiques
qui sont, depuis peu, ouverts à la visite.

Vue du petit lac et, au fond, de la grotte du parc Balbi au début du printemps. © EPV / Didier Saulnier
Le domaine de Versailles compte plusieurs lieux qui font directement écho au style irrégulier : les alentours du Petit Trianon et du Hameau de la Reine, bien sûr, mais aussi le bosquet des Bains d’Apollon, en contrebas du château, qui fut dessiné par Hubert Robert. Un peu plus loin, au-delà de ses limites visibles, le domaine comprend le parc Balbi, à l’est de la pièce d’eau des Suisses. Caché au bout d’un long chemin, ce jardin connu des Versaillais a gardé les traces de son élégance passée. En partie ouvert au public, il recelait encore quelques secrets. Des travaux de débroussaillage et de nettoyage ont récemment dégagé sa partie la plus authentique : une grotte artificielle et le belvédère qui la surmonte.
Une grotte spectaculaire et un charmant belvédère
« Caché au bout d’un long chemin, ce jardin connu des Versaillais
a gardé les traces de son élégance passée. »
« Les ronces avaient pris le dessus, et l’on ne voyait plus rien », raconte Béatrice Colombeau, conductrice de travaux chargée du projet au château de Versailles, qui nous entraîne à l’intérieur de la grotte où a pu être dégagé le dallage du bassin dans lequel venait autrefois se déverser une petite cascade. « L’intervention du service des jardins a permis de découvrir une colonne, datée de mars 1791, où sont cités “en reconnaissance de leur bonheur, Louis et Pauline”. Nous n’avons pas pu les identifier1 », regrette-t-elle. Nous montons ensuite au belvédère, éclairé par une série de neuf oculi. Enthousiaste, Béatrice s’empresse de nous faire remarquer son décor intérieur de faux-marbre et les motifs d’étoiles que l’on devine sur la voûte de son plafond : en 1842, le parc a été racheté par le Grand Séminaire de Versailles, qui a fait de l’édifice une chapelle.
Le « pavillon champêtre » de la comtesse de Balbi
Derrière, le réservoir qui alimentait la cascade ainsi qu’un autre édicule, plus petit, ont en revanche disparu. Imposant par ses dimensions, l’endroit donne une idée de l’ampleur du jardin qui agrémentait jadis ce secteur jouxtant également le Potager du Roi. Le terrain a en effet appartenu au frère de Louis XVI, le comte de Provence, qui le fit aménager pour sa favorite, Anne de Caumont La Force, comtesse de Balbi. Logée tout d’abord par le prince dans son palais du Luxembourg, celle-ci avait rejoint Versailles en 1785 où elle avait été installée au premier étage de l’aile du Midi. Mais rapidement, il fut décidé de lui construire un « pavillon champêtre » à proximité du château, comme pour la reine ou Madame Élisabeth, ainsi que l’explique, en 1921, l’historien de l’art Jacques Robiquet2 dans un article très complet.

« Coupe des Pavillons, du Rocher et du Réservoir » dans les Détails du jardin de M. Bouillat à Versailles [Jardin de Balbi], par Alexis Donnet, 1810-1814, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. © EPV / Christophe Fouin
Ce dessin aquarellé offre un relevé très précis des principales fabriques du parc Balbi qui fut la propriété de M. Bouillat entre 1810 et 1828.
C’est l’architecte Jean-François Chalgrin qui fut désigné pour concevoir ce pavillon et son jardin pittoresque. Jacques Robiquet fournit une description des bâtiments orientés au nord, contre la chaleur, qui offraient un panorama imprenable sur le château de Versailles. Il cite « une grande salle à manger octogonale, une galerie, un billard, un salon circulaire, une chambre à coucher, des cabinets de bain et de toilette, un boudoir octogonal “à calotte en treillage avec châssis vitré” […]3 ». Les bâtiments, disposés en longueur, étaient reliés au parc par « quatre escaliers de huit marches ».
Un tracé complexe d’eau et d’allées
Peu, malheureusement, ne subsiste de ces lieux raffinés4, hormis l’assiette générale du jardin paysager et certains de ses éléments comme la grotte et son belvédère, mais également un petit lac qui se prolonge par un bras d’eau. Ainsi est-il décrit, au début du XXe siècle, par Jacques Robiquet : « Un large étang vert mousse, comme tapissé d’une poussière végétale, tranche, de sa surface lisse, sur le rideau des rives feuillues. Il contourne une île, puis s’amincit en rivière pour l’enjambement d’un pont léger, si léger… Un cygne blanc trace son sillage clair, seule lumière et seule vie de ce parc endormi. Perrault n’aurait pas mieux imaginé5. »

Dans le même document, « Profil de la Chaumière, sur la longueur ». © EPV / Christophe Fouin
Ce pont si « léger » s’est malheureusement effondré lors de la tempête de 1999. Existent toujours, en revanche, les deux îlots artificiels qui participaient de ce paysage miniature. Un plan6 daté de juin 1787 montre, avec une grande précision, comment ceux-ci s’inscrivaient dans un système dense d’allées sinueuses, ponctuées de bosquets et de prairies. Il permet de situer une autre fabrique, une « chaumière » à pans de bois qui se trouvait au fond du parc, et indique également un accès à la pièce d’eau des Suisses que le château de Versailles a décidé de restituer pour faciliter l’entretien des lieux. Il est temps, en effet, de réveiller la belle endormie que dessinent quelques rives et chemins oubliés. Avec le printemps, elle s’est égaillée à nouveau et peut désormais être mieux connue des visiteurs auprès
de l’office de tourisme de Versailles Grand Parc.
Lucie Nicolas-Vullierme,
rédactrice en chef des Carnets de Versailles
1 Un aimable lecteur des Carnets de Versailles nous a depuis renseigné : il s’agirait très probablement de Louis Joseph de Caumont la Force et de son épouse Sophie Pauline d’Ossun. Louis de Caumont était le propre frère de la comtesse de Balbi et également filleul du comte de Provence… Le couple, marié en 1784, vivait à Versailles avant d’émigrer en 1791, date gravée sur la colonne de la grotte…
2 Jacques Robiquet, « La Propriété de la comtesse de Balbi et du comte de Provence à Versailles », Revue de l’histoire de Versailles et de Seine-et-Oise, janv.-mars 1921, p. 3.
3 Ibid., p. 6.
4 Après le départ de la comtesse de Balbi en 1791, le bâtiment principal a été détruit en 1798.
5 Robiquet 1921, op. cit., p. 2.
6 Maison et jardin de Monsieur, avec pour mention : « levée militairement par M. Du Caille, l’un de ces gardes », plan conservé à la bibliothèque municipale de Versailles.
Cet article est extrait des Carnets de Versailles n° 28 (mai – décembre 2026).
À PARCOURIR
Le parc Balbi, entrée : 12, rue du Maréchal-Joffre, à Versailles.
Visite guidée « Le parc Balbi et le haut du quartier Saint-Louis », organisée par l’Office du Tourisme et des Congrès de Versailles Grand Parc : informations sur
versailles-tourisme.com ou au 01 39 24 88 88.

© EPV / Didier Saulnier
À VOIR
Exposition Jardins des Lumières, 1750-1800
jusqu’au 27 septembre 2026
GRAND TRIANON, DOMAINE DE TRIANON
Horaires : tous les jours, sauf le lundi, de 12 h à 18 h 30 (dernière admission à 17 h 45).
Billets : accessible avec le billet Passeport, le billet Domaine de Trianon, ainsi que pour les bénéficiaires de la gratuité.
Réservation horaire obligatoire.
Gratuit et illimité avec la carte « 1 an à Versailles ».
COMMISSARIAT
Élisabeth Maisonnier,
conservateur en chef du patrimoine, musée national des châteaux de Versailles et Trianon
AUTOUR DE L’EXPOSITION
Visites guidées de l’exposition sur réservation par téléphone au 01 30 83 78 00
ou en ligne.
Un parcours audio à télécharger gratuitement sur l’application mobile.
Des cartels adaptés aux enfants.
Une visite en famille.
Un livret-jeux gratuit, destiné aux 6-12 ans, en français et en anglais.
Une programmation spécifique pour les abonnés « 1 an à Versailles ».
Un pavillon chinois, aménagé pour l’occasion dans les jardins du Petit Trianon, proposera une restauration légère.
Pendant la durée de l’exposition, le Jardin du Parfumeur, dans le domaine de Trianon, sera ouvert à la visite libre le week-end, gratuitement.
À LIRE
Le catalogue de l’exposition, sous la direction d’Élisabeth Maisonnier, coédition château de Versailles / éd. El Viso 368 p., 22 × 28 cm, mai 2026, 39 €.
Disponible sur boutique-chateauversailles.fr