magazine du château de versailles

Quatre vases
et un Laocoon

Dans la continuité du Buffet d’eau et du parterre des Nymphes, au Grand Trianon, l’esplanade du Laocoon a retrouvé, grâce à la Fondation Bru,
la préciosité des quatre vases qui cantonnaient son bassin.

L’esplanade du Laocoon, avec son bassin central flanqué des quatre vases restitués. Au fond, le groupe sculpté qui lui donne son nom.
© EPV / Medhi Toumi

À la fin du règne de Louis XIV, l’esplanade du Laocoon était l’accès dont disposait la famille royale pour parvenir aux jardins du Grand Trianon. Située dans le prolongement de l’aile de Trianon-sous-Bois et de son perron, elle était organisée autour d’un long bassin à oreilles au centre duquel fut installé le groupe de Satyre et panthère que les frères Marsy avaient créé tout d’abord pour le bassin de Bacchus, dans les jardins de Versailles. Quant au groupe du Laocoon, dont une copie a été remise en place en 2022, il ornait le fond de l’esplanade. En complément, quatre grands vases de marbre blanc marquaient chacun des angles du bassin.

Dessin de l’un des « Quatre vases de marbre faits par le Sr Pierre Mazeline », agence des Bâtiments du roi, vers 1700, Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la photographie. © Paris, Bibliothèque nationale de France (BnF) / Département Estampes et photographie
Dessin de référence pour la restitution des vases de l’esplanade du Laocoon.

À l’image des cratères antiques
Dans la tradition des cratères antiques découverts par Le Nôtre lors de son voyage à Rome de 1679, ces vases furent commandés en 1699 au sculpteur Pierre Mazeline. Leur description est donnée par un inventaire de 1707 : « Quatre vases de marbre blanc de quatre pieds un pouce de haut (soit une hauteur de 134 cm), ornés d’oves et de fleurons sur la moulure d’en haut, avec une gorge au-dessous entourée d’un cordon de coquilles mêlées de fleurs de lys et de feuilles de refend, le bas du vase est orné de feuilles de refend et de feuilles d’eau, et le quart de rond du piédouche de palmettes et de fleurons, faits par Mazeline en 1700. » Portés à Saint-Cloud en 1802 et installés au tapis vert des Trois Bouillons, ces vases furent ensuite placés aux Tuileries, le 29 avril 1872, au pourtour du Rondeau. Depuis un siècle et demi, la pollution parisienne les a malheureusement dégradés, mais deux d’entre eux y subsistent encore et ont pu servir de modèles.

Des sources confrontées
La réfection de ces vases a été menée avec les équipes du Château et avec l’aide de la conservatrice du Louvre chargée des Tuileries, Emmanuelle Héran. Les modèles anciens étaient trop dégradés pour pouvoir être moulés : les marbres étaient fragilisés et leur décor sculpté érodé. En revanche, ils ont livré des précisions formelles et matérielles complémentaires du dessin de Mazeline et la confrontation entre les deux documents les a validés réciproquement. À la suite des expériences menées de 2021 à 2023 pour la réfection des groupes sculptés des grilles de l’orangerie de Versailles, et compte tenu de la vision rapprochée qu’allaient offrir ces vases disposés à hauteur d’œil, il était souhaitable d’avoir recours non pas à des matériaux modernes, mais à du marbre de même qualité que celui d’origine.

Numérisation, modélisation, puis sculpture des blocs de marbre
Leur réalisation a été confiée à l’entreprise SNBR, qui avait participé de manière particulièrement habile à la restauration des groupes sculptés des grilles de l’orangerie. Les modèles des Tuileries ont été numérisés, puis modélisés en y appliquant le décor sculpté originel connu par les descriptions et dessins anciens. Une visite à Carrare a permis de sélectionner des blocs de marbre conformes aux anciens : blancs, très légèrement veinés, pour faire valoir la beauté du matériau et la forme des vases. Enfin, leurs volumes ont été ébauchés par un robot reproduisant très exactement ceux des vases anciens, puis sculptés manuellement par Benoît Mesnier de l’Atelier des Sculpteurs.

© EPV / Medhi Toumi

Parallèlement, les sondages opérés autour du bassin ont permis de retrouver les fondations des vases, très dégradées mais confirmant leur implantation exacte. Celles-ci ont donc été refaites pour porter solidement ces ouvrages lourds, pesant 1 225 kilos chacun. Après un an de travail, les quatre vases ont été installés en juillet dernier autour du bassin. Avec les treillages d’appui chargés de jasmins et la plate-bande abondamment fleurie par les jardiniers, ils contribuent désormais à l’identité foisonnante et précieuse de cet espace.

Jacques Moulin,
architecte en chef des Monuments historiques, en charge jusqu’en 2023 du parc et des jardins du domaine national de Versailles et de Trianon

Cet article est extrait des Carnets de Versailles n°27 (octobre 2025 – mars 2026).


L’esplanade du Laocoon : l’un des rares témoignages à Trianon des jardins conçus par Mansart et Le Nôtre
On l’ignore encore trop souvent : les jardins du Grand Trianon ont été presque complètement recomposés par Richard Mique lors de la grande replantation des jardins et du parc de Versailles, à partir de 1775. Ils perdirent alors leurs dispositions irrégulières, à l’exception de l’esplanade du Laocoon, du jardin des Sources (aujourd’hui disparu) et du jardin du Roi, qui furent conservés dans leur état conçu conjointement par Jules Hardouin-Mansart et André Le Nôtre.


De la fidélité de la Fondation Bru
En 2022, la boucle hydraulique permettant la mise en eau régulière des jardins de Trianon et la restauration du Buffet d’eau avaient bénéficié d’un spectaculaire mécénat de la Fondation Bru. Parallèlement, les jardiniers de Trianon avaient rétabli le parterre des Nymphes dans ses dispositions de la fin du XVIIIe siècle. Le long de ce parterre, ils avaient poursuivi leur intervention sur l’esplanade du Laocoon, replantant la large plate-bande fleurie qui entourait son bassin et agrémentant ainsi cet espace, réduit à de grandes lignes très appauvries. C’est en remerciement de leur travail que la Fondation Bru a proposé de contribuer à l’achèvement de l’esplanade en faisant refaire les quatre vases qui manquaient à sa composition.

© EPV / Medhi Toumi

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