magazine du château de versailles

Louis XIV
« à la bavette »

Loin de l’allure victorieuse qu’on lui connaît, Louis XIV est ici petit enfant, en compagnie de sa mère, Anne d’Autriche. Vêtu d’une robe, il est encore
« à la bavette », selon l’expression du temps.
Ce tableau spectaculaire, peint par les cousins Beaubrun,
vient d’être acquis par préemption en mai dernier.

Portrait d’Anne d’Autriche, régente de France, et de son fils Louis XIV, par Charles et Henri Beaubrun, 1644-1645, huile sur toile, 194 × 155 cm, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, V.2025.15. © EPV / Christophe Fouin

Si la mort de Louis XIII, le 14 mai 1643, transforme automatiquement son fils en roi de France, ce dernier n’en reste pas moins un petit garçon âgé d’un peu plus de quatre ans et demi lors de son avènement. N’ayant pas encore atteint son septième anniversaire, le jeune Louis XIV demeure élevé par des femmes et revêtu d’une robe, comme tous les enfants de son âge. C’est ainsi qu’il se présente devant le Parlement de Paris, et que les portraits envoyés aux cours étrangères diffusent son image. Le château de Versailles, toutefois, ne possédait pas de grande effigie équivalente à celle-ci, tant en qualité qu’en iconographie.

Un petit roi en robe rouge…
Le costume du petit roi permet, en effet, de dater très précisément le tableau d’avant le mois de septembre 1645, moment où le jeune Louis XIV « passe aux hommes », selon l’expression consacrée. Cet événement est d’ailleurs célébré avec faste. La famille royale assiste depuis le Louvre à un grand spectacle nautique et pyrotechnique sur la Seine. Trois vaisseaux illuminés défilent pour illustrer la conquête de la Toison d’or par Jason et les Argonautes, tandis qu’un feu d’artifice est tiré depuis la tour de Nesle, sur l’autre rive, jetant, selon les journaux du temps, « un grand nombre de serpenteaux, d’étoiles, de pluie d’or et de saucissons [sic] », c’est-à-dire de petites fusées.

« Le costume du petit roi permet, en effet, de dater très précisément
le tableau d’avant le mois de septembre 1645, moment où le jeune
Louis XIV “passe aux hommes”, selon l’expression consacrée. 
»

Quelques jours plus tard, et malgré son passage aux hommes, c’est encore en robe que le jeune roi est conduit devant le Parlement de Paris afin d’y tenir un lit de justice, une séance contraignant cette assemblée à enregistrer malgré elle des édits fiscaux : l’avocat général Omer Talon signale, dans ses Mémoires, que « quoiqu’en plusieurs occasions il eût porté un pourpoint, et des chausses mêmes, qu’il eût monté à cheval pour se faire voir au peuple, néanmoins ce jourd’hui il avait une robe d’enfant, ce qui fut diversement interprété ». Ce costume « à la bavette » insiste, en effet, sur l’âge tendre et la vulnérabilité du roi, retenant par là même toute velléité de contestation des parlementaires.

Portrait d’Anne d’Autriche, par l’atelier de Charles et Henri Beaubrun, vers 1644-1645, château de Cadillac.
Le deuil en blanc arboré par Anne d’Autriche sur ce tableau est très proche de celui qu’elle porte sur la nouvelle acquisition du château de Versailles. © Centre des monuments nationaux / Pascal Lemaître

… et une reine en deuil en blanc
L’historiographie rapporte traditionnellement que les reines de la dynastie des Bourbons – Marie de Médicis et Anne d’Autriche – portaient le deuil en noir, tandis que celles qui les avaient précédées, sous la dynastie des Valois, adoptaient parfois le blanc. Un autre portrait d’Anne d’Autriche, conservé au château de Cadillac, en Gironde, nous apprend pourtant que la mère de Louis XIV arborait occasionnellement cette teinte, au moins après la fin de sa période de grand deuil, c’est-à-dire à partir de 1644, l’année suivant la mort de son époux. Le tableau récemment acquis par Versailles le confirme.
Sur celui-ci, la tête de la régente est en effet recouverte d’un léger voile1, qui se poursuit jusqu’au dossier du fauteuil. Le geste tendre qu’elle esquisse en direction de son fils, posant l’une de ses mains sur son épaule et retenant ses doigts de l’autre, met en valeur à la fois son amour maternel et son rôle politique, puisque Anne d’Autriche gouverne le royaume au nom de Louis XIV. Le tableau est antérieur à l’éclatement de la Fronde : en 1647, le souverain est, cette fois, habillé comme un petit homme pour tenir un nouveau lit de justice où la situation avec les parlementaires s’avère plus difficile. La révolte commence véritablement quelques mois plus tard, en janvier 1648.

Les cousins Beaubrun, habiles peintres de cour
Ce tableau relève probablement d’une commande prestigieuse dont l’origine précise, faute d’archives, n’a pu être déterminée. Il est l’œuvre d’Henri et Charles Beaubrun, deux cousins qui se faisaient fort d’être capables d’échanger leurs pinceaux presque à chaque touche : ils en font la démonstration, en 1661, devant Louis XIV et sa cour à Fontainebleau. Très appréciés de leurs contemporains, ils ont l’honneur de représenter Anne d’Autriche pendant sa grossesse – à la demande de l’ambassadeur d’Angleterre –, puis le futur souverain huit jours après sa naissance. Ce privilège se répète, vingt-trois ans plus tard, lors de la venue au monde du Grand Dauphin, dont ils immortalisent l’image à l’âge de dix jours.

Deux tableaux également réalisés par Charles et Henri Beaubrun. Le premier (1663) représente Marie-Thérèse d’Autriche et le dauphin, le second (1664) dépeint le dauphin à l’âge de deux ans. Tous deux ont été prêtés par le musée du Prado dans le cadre de l’exposition sur le Grand Dauphin. © EPV / Didier Saulnier

Les portraits de ces nourrissons de sang royal ont désormais disparu, mais deux des plus insignes tableaux des artistes, aujourd’hui conservés au musée du Prado, sont présentés dans l’exposition que consacre le Château au fils de Louis XIV. Quant à cette nouvelle acquisition, elle est dévoilée au même moment dans les appartements de Madame de Maintenon, après une rapide restauration destinée à améliorer son état de présentation.

Élodie Vaysse,
conservatrice en chef au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

1 Voile porté au moment du deuil.

Cet article est extrait des Carnets de Versailles n°27 (octobre 2025 – mars 2026).


À VOIR

Le Portrait d’Anne d’Autriche, régente de France, et de son fils Louis XIV, par Charles et Henri Beaubrun, dans la salle présentant les nouvelles acquisitions, juste après la salle du Sacre. 

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